Par Caroline Baeyaert - publié le 17 octobre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h52 - 0 commentaire(s)
La série The Riches est diffusée depuis mars sur FX et devrait voir le jour cet automne sur Jimmy. La deuxième saison est déjà en route, pas étonnant…


Une étiquette collée sur la chemise, Wayne Malloy (Eddie Izzard) s’apprête à faire le show. L’action, une réunion des anciens élèves de la promo 1981. Sam et Di Di se fondent dans la foule en bons pickpockets pendant que papa s’atèle à sa tache favorite, celle de gros menteur. Des mots plein la bouche et la main dans le sac, les Malloy sont une famille de gitans arpentant les routes du Sud profond à la recherche d’un ou deux naïfs à plumer. Vol de cadeaux de mariage ou usurpation d’identité, ils rivalisent de malhonnêteté quand il s’agit de passer à l’arnaque ou d’éviter les embrouilles. Wayne, le noyau dur de cette famille, traverse une véritable crise existentielle lorsque sa chère et tendre sort de deux années de prison pour escroquerie - « Je ne suis pas née pour manger de la merde. Je ne suis pas né pour suivre les règles. Je suis né pour que ma vie vaille la peine d’être vécue ». Il décide alors de prendre la tangente et de forcer le destin. Une simulation de crise d’épilepsie et quelques kilomètres plus tard, les Malloy se retrouvent impliqués dans un accident causant la mort d’un couple de quadragénaires. Sur le tableau de bord de leur voiture, une enveloppe. Une fois la voiture dépouillée et la carcasse camouflée, les Malloy s’envolent pour une nouvelle vie, celle des Riches…

De larges allées bordent les jardins impeccablement tondues d’Edenfalls, sorte de Wisteria Lane aux allures de quartier sécurisé. Les villas, plus énormes les unes que les autres, dominent le calme de cette paisible résidence de Louisiane où les boites aux lettres sont en forme de maison, la pelouse à 1, 5 centimètre du sol et les poubelles, toujours clinquantes. Armée de systèmes de sécurité dernier cri, chaque résidence dispose d’un hall d’entrée de 200 m², d’un jacuzzi orné de fausses pierres et d’une cuisine toutes options. Pour rester acteurs de l’American Way of Life, les nouveaux Riches vont devoir faire preuve de toute la mauvaise foi et de toute l’hypocrisie dont ils sont capables. Mais prendre la place de morts n’est pas de tout repos... Coups montés et coups d’esbroufes ponctuent le quotidien de cette « zarbi » family décidée à troquer sa vie de nomade contre un semblant de normalité et de quiétude.


Wayne Malloy, dit Doug Rich, est le patriarche et instigateur des plans les plus incertains. Droopy jovial et papa poule, il est passé maître dans la filouterie. Capable de vendre sa mère, il faudrait lui coudre la bouche pour le faire taire. De défis en coups montés et d’entourloupes en mensonges éhontés, Wayne ou l’art de se mettre encore plus dans la m... Ce n’est qu’au bord du gouffre qu’il se rattrape aux branches. Connu pour son parcours de « travelo-comique », Eddy Izzard (Valkyrie, Ocean’s eleven, Blueberry) est déroutant de vérité et de naturel, drôle et dramatique, touchant et mordant, il est excellent.


Wayne partage sa couche, et sa vie avec Dahlia, une jolie brune au caractère bien trempé. Animée par des sautes d’humeur plus ou moins violentes, Dahlia, dit Sherien Rich, sort meurtrie par son séjour prison et rame sans vraiment trouver d’issue. Sa bouée de sauvetage c’est son beau parleur de mari. Imprégnée par sa culture gitane, c’est une manipulatrice confirmée. Elle passe de la maîtresse provoc à la main leste et aux dents dures, à la bourgeoise juive pratiquante et républicaine. Minnie Driver (Le fantôme de l’opéra, Will Hunting, Sleepers) épate, temporairement écorchée mais définitivement dérangée, elle passe du tout au tout avec une facilité déconcertante.


Les enfants Malloy sont trois. D’abord il y a Di Di, la fille aînée et première victime de « Bourgeville ». L’esprit vif et affuté, elle comprend vite les avantages à tirer de la cage dorée dans laquelle ils se sont posés. Promise à son cousin déficient, elle partage les mêmes aspirations que son escroc de père, liberté et sérénité. Tout le contraire de Cael (Noel Fisher, Cold Case, X-Men : Evolution), grand frère et digne descendant de son clan, il a l’arnaque dans le sang. Tout de même l’un des personnages les moins attachants et les plus distants. Enfin, mi fille-mi garçon, Sam est le cadet de la famille. Surdoué au visage d’ange, coiffé d’une barrette ou d’une perruque blonde au carré, il fabrique les fausses pièces d’identité et arnaque les petites dames, entre autre... Aidan Mitchell (The TV set, Simple things) fait partie de cette catégorie d’enfant-acteur impressionnant, simplement juste.

Une série qui passe tout seul ça ne se refuse pas, tout juste deux petites soirées pour en venir à bout et, les doigts dans le nez en plus! Avec ses allures de road movie et son univers familial très proche de Little Miss Sunshine, The Riches promet d’être une série à succès et à rallonge. Les acteurs sont justes, les personnages complices, l’intrigue appétissante et les arnaques, délicieusement amorales. Cette famille incontrôlable, aux réactions improbables brouille les repères. Quant à la suite des événements, dur à parier... Les seules certitudes, ni règle, ni morale, l’amour du risque c’est tout. Et puis, qui n’a jamais rêvé d’une vie qui ne lui appartient pas, d’une maison à 5 salles de bains et d’une piscine olympique en guise de baignoire? D’autant plus lorsqu’on vagabonde sans sécu ni adresse. La problématique de la série ? A force de ne pas vivre le rêve américain, pourquoi ne pas le voler ?


Tous singuliers et attachants, jamais cliché ni moralisateur, une vision simplement décalé et originale. Sauvés in extremis, ils s’en sortent toujours mais pour combien de temps ? En l’espace d’une nuit, les Malloy deviennent les Riches. Le temps de quelques épisodes, les plus curieux deviendront fans. Et puis comme dit Wayne, « la vie est une rivière, tu dois aller là où elle t’entraine »...
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