Par David Brami - publié le 19 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 19 octobre 2009 à 13h16 - 0 commentaire(s)
Rares auront été les spectateurs qui ne se seront pas passionnés, ne serait-ce que le temps de quelques épisodes, pour les aventures de Michael Scoffield, ingénieur bardé de diplômes ayant risqué le tout pour le tout afin d'éviter à son frère Lincoln Burrows de succomber à tort sur la chaise électrique. Série de la Fox née du succès de 24 Heures Chrono, Prison Break a fait sensation à sa sortie en 2005 grâce à la présence à sa tête de Dominic Purcell (John Doe, Blade Trinity), son mélange de genres et son pitch accrocheur, et a d'ailleurs propulsé aux cimes du succès son acteur principal Wentworth Miller, le sombre inconnu devenant en passant le chéri de ces dames. Mais après trois saisons d'évasions planifiées, de courses-poursuites haletantes et de retournements de situations à s'en faire péter le cerveau, le show de Paul Scheuring semblait avoir finalement usé son concept jusqu’à la moelle l'année dernière. Seule solution pour continuer l'aventure : arrêter de fuir, faire volte-face, et affronter l'ennemi chez lui. Attaquer sa forteresse, lui arracher le cœur et exposer ses entrailles aux yeux de tous pour enfin couler des jours paisibles, les doigts de pied en éventail et le cocktail à la main.



A l'inverse d'une seconde saison en forme de fuite en avant, la quatrième saison de Prison Break semblait donc se présenter comme un bon gros blockbuster déjanté et désabusé. Notre héros avait perdu sa bien-aimée, décapitée par une icône SM peau de vache, et le Michael comptait bien rendre la monnaie de sa pièce à la fameuse 'compagnie', cette organisation qui lui cherche, à lui et à son frère, des poux dans la tête depuis le début. Seulement voila, Prison Break est un véritable comic book télévisuel, avec tout ce que cela comprend de révélations chocs et improbables. Et fidèle à cette optique, la production livra peu avant la reprise des tournages une nouvelle qui dégonfla tous nos espoirs d'assister à une vraie revanche badass : Sarah Tancredi, la jolie donzelle du monsieur, n'est pas morte. Pourtant, et contre toute attente, si Michael retrouve sa sainteté et sa morale, le show a réussi à se renouveler une dernière fois en endossant les atours d'un célèbre formula show du milieu des années soixante : Mission Impossible.



Toute la première partie de cette quatrième saison ressemble en effet à la série qui voyait Peter Graves mener à bien des missions top secrètes en dirigeant à la baguette une équipe de spécialistes d'élite. Cette fois, c'est à la botte d'un agent du FBI (Don Self, campé par Michael Rapaport) que notre amusante équipe d'évadés (un voleur à la manque, un ancien maton, un ex-agent du FBI…) va répondre, augmentée d'un spécialiste en informatique récidiviste à qui on aura également promis la liberté. Mais si la série évite la routine en multipliant les endroits et les situations tendues, notamment grâce à l'arrivée d'un bad guy impressionnant (Cress Williams, impeccable et implacable), le spectateur attendra patiemment, sinon avec ennui, que l'équipe collectionne les six clés nécessaires pour entrer dans la forteresse gardée par un général qui a toujours bien la tête de l'emploi (Leon Russom), et mettre la main sur Scylla, une base de données au potentiel incroyable.


Et peu à peu pour Prison Break de perdre les derniers bastions de son originalité. Fini le tatouage gadget (effacé en trois secondes, même s'il ne servait plus depuis deux ans), fini l'impression de menace à chaque coin de rue. Les intrigues sentent le réchauffé, les ficelles sont aveuglantes, et si l'on excepte quelques bonnes surprises venues de nulle part (le sacrifice inattendu d'un des membres de l'équipe, quelques guests dont l'excellent Mark Pellegrino, ancien petit ami violent dans Dexter et rôle pivot de Lost cette année), il ne reste à la série que ses acteurs (Robert Knepper cabotine toujours à merveille, Jodi Lyn O'Keefe nous fait sauter au plafond en tenue d'écolière, William Fichtner éblouit) et la promesse que cette saison sera la dernière. Ce premier objectif atteint avec brio, même si d'autre séries l'auraient sans doute fait en trois fois moins d'épisodes, le show reprend alors son habitude d'aligner les trahisons surprises effarantes et les alliances les plus improbables (ennemi un jour, compagnon d'infortune le lendemain et inversement), le tout surplombé d'un dernier compte à rebours quasi inaltérable : Michael est atteint d'un mal supposé incurable et fera tout pour laisser la liberté en héritage à ses proches.



C'est alors, lors d'une dernière ligne droite qui fait office de mini-saison à elle toute seule, que débarque une double révélation, sans doute celle sous-entendue par les scénaristes depuis le début de la série : la mère des deux héros est bel et bien vivante, et se révèle être une figure d'importance au sein de la compagnie. Second twist, celle-ci tente de ranger Michael à sa cause en lui révélant une vérité crasse : Lincoln n'est finalement pas son véritable frère. D'une part le choix est douteux (Linc est trop idiot et impulsif pour être le frère de Michael ?), de l'autre, inutile de se poser nombre de questions moralisatrices puisque ce nouveau tournant se noie dans l'immense masse de cliffhangers et de dénonciations abracadabrantes coutumières du programme. Qu'importent donc ces considérations de bas étage pour notre génie de l'évasion. Si les frangins sont enfin ennemis le temps de quelques épisodes en raison d'objectifs contradictoires (Lincoln veut remettre Scylla au général qui lui a promis la lune, Michael reste droit en toutes circonstances), la confrontation fraternelle bourrée de testostérones n'arrivera jamais, les bad guys ayant la bonne idée de les mettre généralement dans le même panier malgré leurs divergences d'opinion.



Alors oui, au final, Prison Break remplit une partie de son contrat initial : la boucle familiale est bouclée, les personnages sont fidèles à eux-mêmes, les méchants se tirent dans les pattes en vils imbéciles égoïstes qu'ils sont, et le final est somme toute relativement satisfaisant. Michael sera qui plus est confronté au choix ultime de sauver sa petite amie ou son frère (choix dont il se sortira à nouveau par une entourloupette dont il a le secret, réussie grâce à quelques trous scénaristiques complaisants et à l'incompétence d'ennemis dont on se demande encore comment ils ont acquis tant de pouvoir). Mais l'on regrettera toujours qu'un show si prometteur au départ se soit à l'arrivée transformée en une simple fiction de plus, vite vue, vite oubliée. Et ce n'est pas un téléfilm final, produit pour déflorer et expliciter l'ellipse finale en plaçant cette fois Michael non pas en évadé, mais en libérateur, que cela y changera quoique ce soit. Dommage, le générique va nous manquer, mais il était grand temps que cela s'arrête.
Vos réactions


logAudience