Voila ce que j’appelle une bien belle entrée en la matière. En effet, l’ambition du jour est de proposer un tour d’horizon sur la manière dont est traité, abordé et mis en scène le thème de la mort dans les séries télévisées. Ainsi, qui de mieux placé qu’un disparu pour nous l’introduire ?
A la question « Peut-on imaginer une série télévisée basée sur un scénario affranchi de tout meurtre, mort ou même allusion qui en ferait directement référence ? », difficile de répondre oui de manière convaincue. Et pour cause, à moins de vivre dans le monde très rose des Bisounours ou des Barbapapa, nul n’est sans remarquer l’importance excessive qu’occupe à l’heure actuelle la mort dans les productions télévisées, si bien qui lui arrive parfois d’en tenir le premier rôle ! Plus que jamais, la mort nous est aujourd’hui étrangement familière. Ainsi, nous la côtoyons tous les jours, à tel point qu’il semble banal à notre époque d’entendre parler de celle que l’on surnomme La Grande Faucheuse. Alors même si nous avons pris l’habitude de voir des morts dans les journaux d’information, notons néanmoins que les séries télévisées ne sont pas étrangères à ce phénomène, le concourt de ces dernières à cette exposition quotidienne à la mort étant sans contexte monumental.
Pourquoi cela ? Est-ce simplement un effet de mode ou une réelle nécessité ? Faut-il voir un message derrière cet engouement pour la mort ? Le morbide est-il plus accrocheur ? Tant d’interrogations que l’on va s’efforcer d’éclaircir à l’aide de nombreux exemples et à travers une analyse concise de l’emploi de la mort dans les séries télévisées.
C’est un fait, la mort est une réalité inéluctable de la vie. Tout être venant au monde, à moins qu’il ne soit immortel, est ainsi condamné à retrouver son état de poussière. Inutile donc de faire comme si elle n’existait pas ou ne nous concernait pas. Les scénaristes, réalisateurs et autres producteurs de séries télévisées l’ont bien compris, et ont judicieusement instrumentalisé, voire personnifié, la mort de façon à tenir le spectateur en haleine. Plus qu’un simple défi de la vie auquel on doit tous se préparer, il semble donc que la mort soit devenue un sujet d’intrigue des plus redoutables et un outil diablement efficace pour alimenter les séries en action. Mieux, il n’est pas incorrect de considérer la mort comme un personnage récurrent de certaines productions tant celle-ci ne cesse de frapper, à commencer par Plus Belle La Vie en France dont on ne compte plus le nombre de disparus depuis les débuts de la série. Ainsi, de Desperate Housewives à Nip/Tuck, en passant par Brothers & Sisters, Grey’s Anatomy ou encore Lost, la mort est partout où on l’y attend !
Les scénaristes ne se posent sûrement pas autant questions, ou du moins ne cherchent pas à interpréter le pourquoi du comment ils ont pris goût à user de manière quasi systématique de la mort. Peut-être aussi s’agit-il là pour eux d’exprimer leur sentiment face à cette fatalité, comme une sorte de thérapie leur permettant de s’y préparer et d’accepter le destin tragique qui les attend. Quoiqu’il puisse en être, il est aisé de distinguer pas moins de quatre motifs essentiels de recours au thème de la mort dans les séries télévisées.
Dans un premier temps, parlons de l’exploitation épisodique de la mort en qualité d’exutoire ou encore d’échappatoire. Et, à ce sujet, inutile de préciser que les cas sont nombreux… En guise d’illustration, prenons l’exemple de Prue Halliwell dans Charmed, interprétée par Shannen Doherty qui, suite à des tensions avec sa partenaire de jeu Alyssa Milano, se verra finalement remerciée par les producteurs de la série au terme de la saison trois. Même chose pour Nicollette Sheridan, alias Eddie Britt dans Desperate Housewives, dont le contrat ne sera finalement pas renouvelé pour une sixième saison. Pour les deux comédiennes comme pour d’autres, on pense notamment à ceux ayant quitté de manière volontaire la série dans laquelle ils officiaient, leur mort à l’écran apparait comme un moyen efficace de faire disparaitre, pas toujours de manière définitive je vous l’accorde, leur personnage. Une sorte de courbette improvisée dont les scénaristes se délectent dès lors qu’il s’agit d’un protagoniste auquel sont attachés les téléspectateurs. Et pour cause, quoi de mieux que la disparition d’un héros pour proposer au public des moments de télévision poignants, fortement appréciés lors de fins de saison ? Ce qui nous amène à notre second point : l’usage de la mort en tant qu’outil émotionnel.
La mort reste quoiqu’on en dise un sujet grave, parfois tabou, qui nous touche et nous blesse dès lors qu’elle nous concerne directement. Apprendre le décès d’un proche, d’un ami ou d’une simple connaissance n’est jamais chose facile, et nous ramène le plus souvent à notre condition de pauvre mortel. C’est dans cet esprit que d’incalculables séries télévisées ont mis en scène la mort, en tentant de retranscrire le plus fidèlement possible, parfois avec exagération, les sentiments ressentis et les comportements adoptés dans ces moments là. Lors de telles scènes, l’intensité émotionnelle est ainsi poussée à son paroxysme, si bien que l’on frôle parfois même le dramatique. Ainsi, on se souvient tous de la mort bouleversante de Denny Duquette, joué par Jeffrey Dean Morgan, dans Grey’s Anatomy ou encore de celle de Billy Thomas, interprété par Gil Bellows, dans Ally McBeal. Même chose pour ce qui est des décès du docteur Mark Green, alias Anthony Edwards à la ville, dans Urgences et de Keith Scott, incarné par Craig Sheffer, dans la série Les Frères Scott. Cette représentation de la mort souligne le côté austère, froid et cruel de cette dernière par la vision d’un défunt pleuré par ses proches. Malgré la distance que l’on conserve vis-à-vis des séries télévisées, dont on dit souvent qu’elles ne sont que le reflet de la société, il arrive que de pareilles scènes aient un impact sur le spectateur qui se retrouve chamboulé par tant de réalisme.
D’autres séries encore usent de la mort dans le but d’offrir du spectacle, pour ne pas dire du spectaculaire, aux téléspectateurs en quête de frissons. En effet, nous sommes aujourd’hui particulièrement fascinés par les phénomènes morbides, la vue du sang ou tout autre acte de cruauté. Pas étonnant alors qu’on nous en serve et resserve sur un plateau. Il est ainsi compréhensible que scénaristes et réalisateurs cherchent à satisfaire notre curiosité par la mise en scène de personnages aux tendances obscures, à l’instar de Dexter, ou par l’imagination de scènes plus ou moins violentes, comme dans Esprits Criminels. Dans le même veine, on peut également citer les séries fantastiques Charmed et Buffy contre les vampires qui s’évertuent à combattre la source du mal, c'est-à-dire démons et autres vampires de la sorte, pour notre plus grand plaisir.
Enfin, notons que certaines séries ont fait le pari osé de fonder leur scénario de départ sur le seul thème de la mort, comme une volonté de créer une histoire à forte teneur symbolique. Est alors représenté le côté plutôt doux de la mort, celui qui libère des souffrances que nous inflige la vie ou qui permet à l’âme humaine de se détacher du corps pour son ultime voyage dans l’au-delà. On pense ainsi à Dead like me, la série de Bryan Fuller qui raconte l’après-vie de George, une adolescente de 18 ans fraîchement trépassée qui se retrouve à œuvrer en tant qu’entre-deux pour sauver l’âme des humains destinés à mourir. Véritable apologie de la mort, Dead like me nous offre ainsi une vision particulière, voire personnelle, de cette dernière qui se veut pour le moins optimiste, dès lors qu’on la considère comme une fin en soi qui permet de trouver le repos éternel. Dans un tout autre genre, citons à présent la série à succès Six Feet Under dont chaque épisode s’ouvre sur la mort comique ou tragique d’un personnage, parfois principal, le plus souvent secondaire. Le titre même, savoir « Six pieds sous terre », laisse deviner une intrigue articulée essentiellement autour de la mort et des interrogations qui l’accompagnent. Propriétaires d’une société de pompes funèbres, David (Michael C. Hall) et Nathaniel (Peter Krause) nous présente ainsi leur quotidien au sein de l’entreprise Fisher & Sons, un authentique face à face avec la mort qui ne va pas tarder à les tourmenter…
Dans un monde où la violence règne désormais en maître, on peut finalement se demander si les séries télévisées n’ont pas une grande part de responsabilité quant à cet engouement que l’on voue à la mort. Néanmoins, et après tout ce qui vient d’être dit, on préfèrera admettre qu’il n’est certes pas essentiel d’évoquer et de mettre en scène le thème de la mort dans les productions télévisées, mais qu’il est judicieux de le faire. Malgré l’ignorance que nous en avons, la mort est le dénouement de chaque vie, inutile donc de la mépriser. Sans dire ainsi que le morbide fait plus vendre, accordons-nous sur le fait qu’il participe à notre éducation et à notre acceptation de la mort, que l’on adhère ou non avec les représentations qui en sont faites dans les séries. Ni effet de mode, ni réelle nécessité, l’emploi de la mort dans les séries télévisées s’inscrit donc dans la continuité amorcée depuis un certain temps déjà de percer à jour son secret. Le message est clair, on est tous amené à périr, d’une manière ou d’une autre, que ce soit emporté par la maladie, assassiné dans une ruelle ou seul dans son lit, alors autant s’y préparer. A ce propos, notons que la dédramatisation et la vulgarisation sont deux outils qui permettent d’y parvenir.
Pour finir, nous retiendrons simplement la réplique d’Andy Botwin dans la série Weeds qui présente la grande faucheuse en ces termes : "La mort c'est rien du tout parce que la vie c'est juste bla bla bla. Tu espères le bla et tu le trouves parfois. Mais la plupart du temps, c'est bla. Et t'attends le bla. Tu espères avoir fait les bons bla. Et alors, au moment où tu crois avoir compris tout le bla, et que t'es entouré par les gens que tu bla, la mort se pointe. Et... bla, bla, bla."

L'histoire : Los Angeles. A la veille de Thanksgiving, Nathaniel Fisher, propriétaire d'une entreprise de pompes funèbres, meurt dans un brutal accident de voitu[…]
L'histoire : Charmante, romantique, hystérique, excessive et passionnée, Ally McBeal n'en reste pas moins une brillante avocate qui défend farouchement les intérêt[…]
L'histoire : Bien que la série débute sur le suicide de Mary Alice, une des femmes au foyer en apparence sans histoires de Wisteria Lane, plusieurs indices prouver[…]
