Les productions à caractère historique ont toujours fait les plus belles heures de la fiction TV française... La preuve en deux nouveaux téléfilms étonnants.

Par Vivien LEJEUNE - publié le 06 mai 2010 à 00h01 ,
MAJ le 06 mai 2010 à 07h49 - 0 commentaire(s)

 

Les productions à caractère historique ont toujours fait les plus belles heures de la fiction TV française... La preuve en deux nouveaux téléfilms étonnants.

 

"Quickening : Effet d'accélération ressenti par un immortel lors de l'absorption des pouvoirs et des connaissances d'un autre immortel, après s'être soigneusement escrimé à décoller la tête des épaules de ce dernier".

 

La rubrique qui fait tomber des têtes tout en faisant du bien... se demande cette semaine pourquoi la France est toujours meilleure lorsqu'elle fait le choix de se tourner vers le passé.

 

Vidocq 2010

  

A moins d'une semaine d'intervalle, deux illustres figures de l'Histoire de France se sont retrouvées en Prime Time sur deux grandes chaînes concurrentes... Un bandit repenti pour TF1, un noble torturé pour France 2 ; les deux personnalités n'ayant guère que le contexte de leur période historique (s'étalant de 1768 - naissance de Chateaubriand - à 1857 - décès de Vidocq) pour toute similitude. Une fiction aventureuse d'un côté, une biographie romantique de l'autre... chacune s'inscrivant parfaitement dans la grande tradition des "voyages dans le temps" à la françaises n'ayant jamais délaissé très longtemps nos petits écrans avides de costumes et de décors d'époque. De Thierry La Fronde (1963-1966) à La chambre des Dames (1983), en passant par Les rois maudits (1972 puis 2005) ou Le chevalier de Maison-Rouge (1963), avant d'en arriver aux succès plus récents de Chez Maupassant (2007-2008) et de son spin-off Contes et nouvelles du XIXè siècle (2009), le sentiment d'évasion suscité par ce type de programmes semble ne s'être jamais évaporé... pour preuve : la nouvelle incarnation de Vidocq a rassemblé environ 6 400 000 téléspectateurs sur TF1 lundi dernier, récoltant ainsi 25.3% de parts de marché.

 

Vidocq 2010

  

La rédemption par la Sûreté
Si l'on met de côté les deux versions cinématographiques de 1938 (Jacques Daroy) et de 2001 (Pitof), Eugène-François Vidocq aura déjà connu bien plus d'une heure de gloire télévisuelle à travers les deux séries mythiques de 1967 et 1971 : Vidocq (avec Bernard Noël dans le rôle titre) et Les nouvelles aventures de Vidocq (avec Claude Brasseur). Tel un Jean Valjean en quête de rédemption, le célèbre détective, aventurier et visionnaire, revient donc régulièrement faire un tour dans les foyers français et c'est à présent sous les traits de Bruno Madinier qu'il escalade murs et échafaudages, ou bien se cache dans les égouts comme sous une diligence afin de mieux faire régner la Justice et construire une police d'un genre nouveau... le tout au son récurrent d'un thème musical particulièrement influencé par celui composé par Hans Zimmer pour le nouveau Sherlock Holmes...

 

Vidocq 2010

  

Si le casting est impeccable de romantisme, d'humour et d'authenticité au sein d'une intrigue respectant en tout point les souvenirs laissés par les précédentes productions, ce premier épisode souffre néanmoins d'un cruel manque d'intensité à l'occasion de ses scènes d'action. Les coups sont mous, visiblement non portés, le montage est plat... et l'on ne peut malheureusement s'empêcher de sourire lorsqu'une "bonne" bagarre générale éclate, tant on peine à réellement croire à quoi que ce soit. De fait, même si les différents gadgets utilisés par le groupe apportent à la fois fantaisie et originalité et que le scénario sait fort justement bien mettre en place les prémices de futurs épisodes, l'aspect aventureux de ce premier téléfilm laisse quant à lui une sacrée impression de frustration. Reste qu'on attend la suite... Ne serait-ce que pour s'éviter une nouvelle soirée devant Les experts de tous bords.

 

Chateaubriand

  

Mémoires d'outre-tombe
De l'aventure et de l'évasion, il y en avait en revanche beaucoup à revendre dans l'impressionnant et fort poétique Chateaubriand de Pierre Aknine... Une réalisation digne et soignée (comme il faut bien avouer n'en voir que trop rarement en France), des interprètes investis, réalistes et émouvants - Frédéric Diefenthal et Armelle Deutsch en tête, des décors naturels somptueux, les saveurs du son d'Yvan Cassar, un personnage intrigant et définitivement à part dans un contexte historique que l'on nous invite plus généralement à voir du côté des Révolutionnaires... au final : un vrai grand spectacle télévisuel, aussi dépaysant qu'intime, quoi que pourront très certainement en redire les historiens... Pourtant, le téléfilm n'aura rassemblé que 2,8 millions de personnes le mercredi 28 avril, acculé face à la redoutable double concurrence créée par La nouvelle star sur M6 et New York Section Criminelle sur TF1.

 

Chateaubriand

  

Ainsi, lorsqu'il s'agit de savoir pourquoi la France est toujours meilleure lorsqu'elle fait le choix de se tourner vers le passé, il faut néanmoins se détacher de la notion de succès pour se focaliser sur celle de la qualité (bien que les deux ne soient, bien sûr, pas forcément incompatibles !)... Napoléon, Les Misérables, Balzac... Autant d'exemples de téléfilms aux ambitions et à la maîtrise filmiques indéniables qui auront d'ailleurs permis à leurs productions de se surpasser par rapport au style visuel ultra classique de nos fictions lambda. Il semble donc qu'autant les professionnels que le public français continuent d'éprouver une émulsion toute particulière lorsqu'il s'agit de tourner ou d'être les témoins d'une histoire en costumes. Après tout, ce n'est tout de même pas pour rien que les 6 saisons d'Highlander se sont déroulées à 50% en région parisienne... N'empêche que quand on voit le sort réservé à un météore comme Chateaubriand, on s'interroge sérieusement sur l'avenir de telles entreprises. Dommage, pour une fois que la France pouvait s'enorgueillir d'égaler le rendu des productions anglaises ou américaines...

 

Chateaubriand

  

"Do you want a tombstone that says He lived for century or do you want one that says For centuries He was alive?"
(Byron, Highlander)

 


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