"Quickening : Effet d'accélération ressenti par un immortel lors de l'absorption des pouvoirs et des connaissances d'un autre immortel, après s'être soigneusement escrimé à décoller la tête des épaules de ce dernier".
La rubrique qui fait tomber des têtes tout en faisant du bien... se demande cette semaine si, malgré le succès que rencontre la première saison du Doctor Who selon Steven Moffat et Matt Smith, la série n'aurait tout de même pas un peu perdu de sa magie et de son intensité dramatique.
La résurrection de Doctor Who sous les traits de Christopher Eccleston en 2005 relevait du véritable miracle. Sa régénération sous ceux de David Tennant treize épisodes plus tard allait bien au-delà encore. Il est même on ne peut plus évident que son interprétation culte (et désormais irremplaçable ?) du dernier des Seigneurs du Temps - pouvant si brillamment passer du rire aux larmes, comme de la plus improbable des fantaisies à la plus sincère et fragile des émotions -, restera à jamais dans les mémoires comme faisant partie des plus grands moments de télévision de ces dernières années... A tel point qu'une seule issue semblait dès lors possible : la radicalité d'un changement sans précédent dans la franchise. En confiant le personnage au très atypique Matt Smith, le successeur de Russell T. Davies a donc pris le risque de miser sur une nouvelle jeunesse aux allures de "reboot" particulièrement juvénile, créant ainsi une dynamique 100% nouvelle en plus de remodeler totalement le Tardis et ses accessoires. Résultat : une cinquième saison qui ressemble plus à une véritable nouvelle série qu'à une suite directe et qui, malgré un succès toujours aussi mérité, ne se déguste plus tout à fait avec la même saveur...
Il ne voulait pas partir...
Le premier janvier dernier, après qu'il ait fatalement frappé quatre fois, le dixième et le plus émouvant des Seigneur du Temps disparaissait sous les yeux inconsolables d'un public renversé par quatre années d'un talent hors normes, qui auront tout naturellement propulsé David Tennant au rang très convoité des personnages / interprètes cultes... Phénomène renforcé par le caractère international du succès rencontré : un beau tour de force pour cette série pourtant so british, originellement créée en 1963 par Sydney Newman et Donald Wilson. Dès lors, chacun se demandait comment le flambeau allait pouvoir être porté par son successeur... un jeune homme dégingandé au visage et à la chevelure pour le moins singuliers. Une régénération à 360° pour la promesse d'un show "tout nouveau, tout beau" dont la première année s'est achevée, il y a peu, dans la plus grande tradition du genre.
Au regard de ses treize premières aventures, le Docteur selon Matt Smith reste encore une énigme. Costume trop serré (et donc étriqué), tentative (désespérée) de remettre le nœud papillon à la mode, nanti d'un appétit démesuré et plus lunatique que jamais... Ce onzième Seigneur du Temps peine à être véritablement pris au sérieux. Qu'il affronte une famille de vampires aliens, qu'il dirige une opération militaro ecclésiastique contre une armée de statues pas si immobiles que cela, qu'il s'associe à Vincent van Gogh ou qu'il se dresse contre une nouvelle génération de Daleks à tendance Benetton... le Docteur au sonic screwdriver vert apparait souvent comme bien plus burlesque que par le passé et peut, malgré lui, instaurer une certaine distance entre lui et un public plus sensible au regard tantôt émerveillé, tantôt désespéré d'un David Tennant accompagné du prophétique chant des Oods.
D'une rose à un conte de fées
Entre décembre 2008 et janvier 2010, le dixième Docteur a voyagé seul. Et malgré quelques compagnons occasionnels (comme David Morrissey, Michelle Ryan ou encore Bernard Cribbins), cette solitude née de la désillusion, de la perte et du sacrifice, de la souffrance et de la séparation, n'a fait que renforcer l'empathie profonde et sincère que l'on éprouvait déjà à son égard depuis que les murs inter-dimensionnels se sont dressés entre Rose (Billie Piper) et lui... Une déchirure, sublimée dès le final de la saison 2 par la musique de Murray Gold et l'inimitable sens du romantisme dramatique selon Russell T. Davies, qui aura eu des répercussions jusque dans les toutes dernières minutes de The End of Time - Part 2... Une véritable histoire d'amour, comme la SF en a peu connue.
Aussi, la tentative de Steven Moffat à recréer une tension amoureuse entre "son" Docteur et la jolie Amy Pond (Karen Gillan) peine-t-elle à réellement rivaliser avec les évènements passés. Le nouveau duo fonctionne d'ailleurs finalement bien plus sur les bases d'un tandem comique aux antipodes physiques et émotionnels que sur une quelconque notion de romance assumée... Et bien que la question du "choix d'Amy" soit assez souvent remise sur le tapis, rien - malgré les nombreuses altérations du continuum espace-temps - ne semble pouvoir empêcher son mariage avec le sympathique mais peu charismatique Rory (Arthur Darvill).
Et c'est dans cette idée de charisme que réside peut-être d'ailleurs bien la clef pour ce qui est de savoir si la série n'aurait tout de même pas un peu perdu de sa magie et de son intensité dramatique... Car même au terme d'un final aux ambitions dantesque (tout le monde est là : des Daleks aux Cybermen, sans oublier les Sontariens), la comparaison (aussi omniprésente qu'inévitable) ne peut irrémédiablement que faire pencher la balance en faveur de David Tennant. Avec lui et Russell T. Davies, Doctor Who était tout simplement exceptionnelle... Aujourd'hui, force est de constater qu'elle n'a plus tout à fait la même force d'identification et qu'elle n'est malheureusement plus "que" très bonne. Telle est peut-être la pire des injustices : après un tel impact, Steven Moffat et Matt Smith ont beau donner le meilleur d'eux-mêmes... pouvait-il réellement en être autrement ?
"No, there is an answer. But the real question is whether you're ready for it."
(Methos, Highlander)
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L'histoire : Extraterrestre de 900 ans, le Docteur est un aventurier qui voyage à travers le temps et l'espace à l'aide de son vaisseau, le TARDIS (Time And Rela[…]
