Quelques mois après Glee, Huge continue d'imposer un gros changement des codes de popularité hollywoodiens...
"Quickening : Effet d'accélération ressenti par un immortel lors de l'absorption des pouvoirs et des connaissances d'un autre immortel, après s'être soigneusement escrimé à décoller la tête des épaules de ce dernier".
La rubrique qui fait tomber des têtes tout en faisant du bien... se demande cette semaine ce qui a bien pu inverser la tendance "Beverly Hillsienne" des codes de beauté et de popularité américaines en faveur des loosers, freaks et autres boucs émissaires XXL qui occupent aujourd'hui fièrement le devant de la scène télévisuelle.
Avec les premiers épisodes de Huge, dernière née des séries décalées comme peuvent l'être la désormais incontournable Glee ou la récemment achevée Ugly Betty, ABC Family contribue à élargir l'éventail de personnages habituellement exclus, sur fond de compréhension et d'acceptation, qui semblent décidément faire les beaux jours d'une télévision US aux codes sociaux totalement repensés, ou plutôt, enfin rééquilibrés. Alors... simple effet de mode ou investissement réel pour la cause de ceux qui ont trop longtemps (et dans le meilleur des cas) été relégués au rang de l'éternelle bonne copine ou de l'amoureux transi sans aucun espoir d'intégration ? Quoi qu'il en soit, et à cent lieues des archétypes proposés par les héroïnes de 90210 ou de Gossip Girl, celles de Huge profitent de l'été pour tenter leur chance en puisant, justement, l'essentiel de leur force à la source de leur différence...
Vers la victoire
Le camp Victory n'a rien d'un simple camp de vacances. Encadré de façon quasi militaire par des éducateurs sveltes, sportifs et apparemment infatigables, il offre à ses jeunes recrues un ensemble d'activités et d'épreuves aussi physiques que psychologiques, dont le but premier reste de leur faire perdre du poids tout en prenant conscience des risques médicaux que peut engendrer leur "condition" de personnes fortes. De prime abord particulièrement réfractaire et révoltée, la déroutante Willamina (Nicole Blonsky, déjà géniale dans le Hairspray de Adam Shankman) devient vite le personnage central référent de ce nouveau drama à mi chemin entre la comédie dramatique et le teen show régulier, fort logiquement accompagné de son lot d'intrigues amoureuses et de bons sentiments, et qui permet par ailleurs de retrouver Gina Torres (Firefly, Angel) en directrice de centre plus fragile qu'il n'y parait et en proie à plus d'un traumatisme.
Face à ce duo qui peine à trouver un terrain d'entente se dressent inévitablement les personnalités les plus diverses : de Becca (Raven Goodwin) - la bonne copine qui rêve de pouvoir s'affirmer face au Monde comme le fait Willamina -, à l'habituée des lieux, Chloe (Ashley Holliday), en passant par l'ultra sportif Trent (Stefan Van Ray) et celle qui fait vite taire tous les préjugés tant elle est jolie malgré ses rondeurs... Amber (Hayley Hasselhoff). Depuis un mois déjà, tous participent progressivement à faire de Huge une étonnante leçon de courage et d'humilité, sachant exposer le "problème" de l'obésité avec tact et authenticité, sans jamais - ou presque - chercher la larme facile ; pas plus en tout cas que ne le ferait une série aux héros répondant aux "normes" physiques traditionnelles...
Grosso modo
Très vite, les malaises moraux ou familiaux relatifs au vécu de chacun prennent, avec une réelle justesse, le dessus sur la simple caricature... si bien que la série se détache passablement de toute impression de condescendance ou de démagogie facile. Huge s'impose même avant tout comme une belle et riche galerie de personnages réalistes et attachants, dont le téléspectateur est invité à découvrir les coups de blues autant que les coups de cœurs autour d'un thème central, comme peut le faire, par exemple, Friday Night Lights dans un tout autre registre...
Car contrairement à Glee, la série créée par Sasha Paley et écrite par Winnie Holzman (à qui l'on doit notamment l'inoubliable Angela, 15 ans) n'est pas conçue comme une comédie à proprement parler et ne cherche pas à faire exister ses héros à travers des artifices émotionnelles tels que peuvent l'être le chant ou la danse ; pas plus d'ailleurs que par une succession de répliques "sitcomesques" à la Roseanne... Dans Huge, chacun apparaît tel qu'il est et tant mieux si, dès lors, ils parviennent à séduire le plus grand nombre tout en offrant la possibilité aux personnes plus concernées de se sentir - enfin ! - un peu mieux considérées à la télévision ; et donc dans l'opinion publique.
Pour ce qui est de savoir ce qui a bien pu bouleverser ainsi les codes de beauté et de popularité américaines... la réponse tient certainement dans ce besoin grandissant de vouloir tendre, de plus en plus, vers une télévision réaliste et multiculturelle, y compris en terme de fiction. Fini le temps des "blondasses anorexiques" hyper friquées qui font semblant d'avoir des "vrais" problèmes existentiels et qui, par chance, commencent à ne plus intéresser grand monde : grâce à l'humour des geek de The Big Bang Theory ou au talent des freaks de Glee, Huge peut à présent continuer l'ascension d'une télévision en laquelle chacun pourra prétendre à se reconnaître un peu...
"I was raised a warrior. I choose battles I believe to be just"
(Duncan MacLeod, Highlander)
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