La rubrique qui fait tomber des têtes tout en faisant du bien... se demande cette semaine si la France est enfin réellement en mesure de souffrir la comparaison avec les productions anglophones... En tout cas, quelque part entre HBO et la BBC, Canal + semble bien décidée à devenir le fer de lance des œuvres de qualité à la française : entre une campagne promo comme jamais notre pays n'en avait encore été témoin et un sujet tant sulfureux que dramatique, Maison close nous ouvre les portes d'un univers sombre et envoutant, derrière lequel se cache, on l'espère, les prémices d'une révolution télévisuelle attendue depuis si longtemps.
"Quickening : Effet d'accélération ressenti par un immortel lors de l'absorption des pouvoirs et des connaissances d'un autre immortel, après s'être soigneusement escrimé à décoller la tête des épaules de ce dernier".
La télévision sans dessus (ni) dessous
Depuis le temps qu'on l'attendait, Canal + l'a fait. A travers des créations originales comme Braquo, Carlos ou Pigalle la nuit, les amateurs de (bonnes) séries TV peuvent désormais se risquer à s'attarder sur des notions telles que la beauté des éclairages, la qualité et la crédibilité des décors et des atmosphères, les enjeux des scénarios, les mouvements et choix de cadrages... en bref, sur tout ce qui implique un réel sens de la réalisation - et donc - de l'esthétisme enfin appliqué aux fictions françaises. Dire qu'il aura fallu attendre 2010 pour "vivre" ça... En faisant confiance au réalisateur de l'étonnant JCVD, l'éternelle chaîne cryptée s'est même lancée dans une campagne promotionnelle sans précédent ; inondant les moindres couloirs de métro, panneaux d'affichage, abris de bus, ou autres bannières Internet aux couleurs tamisées de sa Maison close - promesse assumée de soirées TV d'un genre nouveau.
Et quoi de mieux pour s'assurer du meilleur que d'aller puiser dans le pire des retranchements de l'humanité ?... Rome, Spartacus, Secret diary of a call girl - pour n'en citer que quelques-unes - comptent ainsi parmi les derniers exemples en date à avoir su créer l'évènement en s'appuyant, avant tout, sur une violence ou une sexualité accrue pour mieux capter et transmettre l'essence de leurs contextes respectifs. Chemin faisant, la télévision pouvait alors progressivement s'enorgueillir d'une parenté toujours plus prononcée avec l'authenticité dont peut faire preuve le grand écran. Loin de toute notion de censure, les excès en tout genre sont dorénavant garants d'un renouveau du sens artistique télévisuel... Pourtant, là encore, Mabrouk El Mechri et son équipe surprennent par des choix finalement bien moins "faciles" qu'on aurait pu le croire.
Entrez, entrez, mes bons messieurs...
Sous ses apparences luxueuses, le Paradis tourne bien vite à l'enfer pour celles qui exercent chaque jour, avec plus ou moins de résignation, le plus vieux métier du Monde... En effet, bien que reconnu à l'extérieur pour ses prestations de qualité, le lupanar le plus huppé de la bourgeoisie parisienne de 1871 redevient vite, dès que ses portes se referment inexorablement une fois le dernier client discrètement éclipsé, le théâtre sinistre de biens des drames pour ses occupantes. Entre ces murs, trois générations de femmes affrontent ainsi les plus sombres recoins de vies trop souvent dictées par les lois (et le dégoût) des hommes : entre Hortense, la "tenancière de fer" (excellente Valérie Karsenti), Véra, la favorite déchue (Anne Charrier), et Rose, la jeune recrue malgré elle voyant sa virginité vendue aux enchères (Jemina West), le quotidien se résume vite en une succession d'échecs et d'humiliations sans réelle issue possible. A leurs côtés, Valentine (Clémence Bretécher), Bertha (Deborah Grall) et Angèle (étonnante Blandine Bellavoir, transfuge de Plus belle la vie !) complètent avec brio le panel de personnalités prisonnières, chacune à leur façon, de ce temple de la débauche.
Mais là où bien des productions en auraient amplement profité pour se laisser aller à une banale succession de scènes sexuelles sans réels fondements, Maison close se paye le luxe de rester le plus soft possible tout en insistant, bien au contraire, sur l'aspect psychologique de ses différentes intrigues ainsi que sur les profondes souffrances de ses "héroïnes". Naïveté, jalousie, drogue, passage à tabac, chantage... les filles passent par tous les tourments et par tous les fantasmes, sans que rien ne vienne jamais dénaturer l'ambiance feutrée d'un sens visuel particulièrement travaillé et toujours digne, y compris lors de l'inévitable scène de fin d'épisode 3. Rose, initialement entrée au Paradis à la recherche de sa mère disparue, ne fait alors qu'entamer une longue descente aux enfers, dont les premiers records d'audience laissent tout naturellement présager du meilleur pour la suite.
Pour ce qui est de savoir si la France est enfin réellement en mesure de souffrir la comparaison avec les productions de la BBC ou de HBO... la comparaison reste peut-être encore quelque peu prématurée. Mais ces productions d'une ambition nouvelle semblent, néanmoins, définitivement être sur la bonne voie. Ne reste plus qu'à masquer certains élans un peu trop théâtraux du phrasé télévisuel typiquement français et à se risquer à des genres tels que le thriller ou le fantastique avant de s'imposer définitivement sur le marché international... car le spectateur, lui, n'attend que ça.
"Speaking of mistakes, there seems to be an inspector who is determined to put my cute little butt in jail"
(Amanda, Highlander)
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L'histoire : 1871. Un bordel de luxe à Paris. Le destin de trois femmes luttant contre la violence quotidienne des hommes. Il y a la jeune Rose à la recherche de[…]
