Par David Brami - publié le 16 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 16 octobre 2009 à 18h41 - 2 commentaire(s)
Difficile de nos jours de traîner ses guêtres dans le monde des séries et d'ignorer qui est Steven Bochco. Capable du meilleur comme du pire (ceux qui l'ont vue se souviennent encore de l'insupportable série musicale Cop Rock), le monsieur, qui a commencé sa carrière de consultant et de scénariste à la fin des années soixante, aura en grande partie été à l'origine de monuments de la série policière et procédurale que furent entre autres Hill Street Blues, New York Police Blues et La Loi de Los Angeles. Disparu des écrans depuis quelques scripts sur Commander in Chief en 2006, le monsieur a décidé de faire son grand retour sur la TNT l'année dernière, et n'a pas raté son coup, tout du moins au côté du grand public. Nouvelle plongée dans les méandres de l'appareil judiciaire, Raising the Bar avait ainsi réussi à rassembler 7,7 millions de téléspectateurs pour son pilote, battant le record du meilleur démarrage pour une série du câble jusqu'ici détenu par Les 4400 (7,4 millions de spectateurs). Mais Raising The Bar, de quoi ca parle ?



Quand une bande de potes fait la loi
Le principe de la série est très simple, faire une nouvelle fois s'affronter les avocats de la défense et ceux de l'accusation face à des juges imprévisibles lors d'affaires au bien fondé évident : homme accusé à tort car soumis à des préjugés raciaux séculaires, meurtre d'un jeune garçon à qui l'on aura fait subir les derniers outrages, condamnation d'un séropositif pour avoir craché sur un policier avec « intention de l'infecter »… Tout un tas de cas d'école admirablement traités, mais qui ne révolutionnent malheureusement pas le genre, d'autant que le héros de la série, un certain Jerry Kellerman, forcément un idéaliste forcené, passe son temps à lutter contre des moulins à vent. Un brin trop classique, la série aurait sans doute étonné ou surpris il y a quelques décennies en soulignant à quel point il est facile de se faire incarcérer pour un rien infondé en attendant son procès des mois durant, ou en mettant en exergue des cas qui soulignent la vétusté du système judiciaire américain. Malheureusement, le show arrive après toute une plâtrée de séries de ce type (dont celles de son propre auteur), et peine à renouveler le genre face aux tribunaux.



Heureusement, Raising The Bar ne compte pas uniquement puiser sa force de ses plaidoiries (encore une fois réussies mais bien trop classiques). En effet, David Feige (co-créateur de la série et avocat dont l'ouvrage semi autobiographique Indefensible : One Lawyer's Journey into the inferno of American justice a inspiré le programme) Bochco et leurs scénaristes ont eu la bonne idée de creuser un concept relativement original : tous les avocats mis en scène (qu'il s'agisse de l'accusation ou de la défense) sont d'anciens potes d'université et ont tous fait leurs classes ensemble. Une bonne façon d'instaurer immédiatement une sorte de complicité et de connivence qui apporte un sel bienvenu aux affrontements devant les tribunaux (tout le monde se retrouve d'ailleurs au bar en fin de journée). C'est également une bonne manière de brouiller les relations de couple puisque la petite amie de Kellerman se retrouvera souvent face à lui, le couple arrivant rapidement à une impasse.


Autre grand point fort de la série : ses acteurs. Si certaines têtes feront la joie des connaisseurs, comme celles de J. August Richard (le Charles Gunn de Angel), Jonathan Scarfe (Madison), Natalia Cigliuti (Sauvés par le Gong : La Nouvelle Classe) ou le très bon Currie Graham (Boston Justice, Desperate Housewives, New York Police Blues), le grand public accueillera à bras ouverts Gloria Reuben (Urgences), Jane Kaczmarek (en juge peau de vache, un rôle qui colle parfaitement à l'ancienne mère de Malcolm !), et surtout Mark-Paul Gooselaar, décidément bien loin des bancs du lycée de Sauvés par le Gong, armé d'une tignasse improbable qui fait inévitablement penser à celles de Nicolas Cage. Ce sera bien ce dernier qui incarnera avec un beau mélange d'énergie de jeune premier et de flegme à la cool, défendant ses clients (toujours innocents) face à la rigidité d'un système fou et de juges trop terre à terre, quitte à faire régulièrement quelques tours en taule pour outrage.



Munie de quelques amourettes latentes et de personnages forts et attachants qui gagneraient cependant à être un peu plus développés (seul l'assistant du juge joué par Kaczmarek aura droit à son étude, ayant de plus en plus de mal à cacher son homosexualité à une patronne amoureuse de lui), Raising The Bar s'avérait distrayante sans casser trois pattes à un canard. Un point qui risque d'évoluer cette année puisque le show semble se diriger vers un délire n'étant pas sans rappeler ceux de Boston Justice, malheureusement annulée cette saison. Si les tenants et les aboutissants des affaires présentées restent toujours aussi graves et lourdes de sens, on ne se serait pas attendu l'année dernière à voir deux petits retraités poursuivis pour avoir arnaqué les caisses de retraites en présentant un cadavre déguisé, un juge sortir un 357 Magnum pour calmer l'audience ou faire autant de ronds de jambe pour annoncer la nouvelle coupe de cheveux de son héros.



Symbolique, cette dernière séquence accompagne le show dans une autre dimension. Pas que la série n'ait pas eu ses bons moments de détente l'année dernière, mais sa nouvelle propension au délire semble désormais en faire la somme toute timide mais désignée relève des aventures d'Alan Shore et Denny Crane. Il ne lui manque qu'à affirmer cette singularité en ajoutant quelques avocats déjantés et continuer à présenter des clients toujours surprenants, même si en l'état, Raising The Bar reste quoiqu'il arrive un des fleurons de TNT. A suivre donc avec attention !
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