1976. Si les années « Buffy » et leur féminisme coloré sont encore loin, les femmes d'action commencent, depuis une bonne décennie à se faire une place de choix à la télévision. Dans Chapeau Melon et Bottes de Cuir, les partenaires successives de John Steed prouvaient en effet qu'un personnage féminin pouvait ne pas être une victime, une demoiselle en détresse ou une ravissante gourde.
Puis le célèbre producteur Aaron Spelling lança une révolution du petit écran avec Drôles de Dames, série aussi sexiste que féministe. Paradoxe impossible ?
Un succès sexiste...
« Il était une fois trois filles superbes, qui avaient décidé de s'engager dans la police. Mais on les avait cantonnées à des travaux bien peu passionnants... Alors moi, Charlie, je les ai engagées. »

Drôles de Dames est un formula show, qui voyait chaque épisode réunir les filles autour d'un interphone via lequel leur employeur leur communiquait la mission de la semaine. Le générique et le pitch de la série narré par l'invisible Charlie contient en lui-même la dualité de l'image de la femme véhiculée par la série. Les 3 anges de Charlie, originellement Sabrina Duncan, Kelly Garrett et Jill Monroe, sont loin d'être des idiotes. Elles sont indépendantes, débrouillardes et capable aussi bien de mener une enquête que de courser les méchants. Mais parce que ce sont des femmes, l'institution policière les confine au standard ou au planton des carrefours. Charlie apparaît donc comme un mâle plus progressiste que la moyenne capable de reconnaître leurs qualités et de leur confier de véritables missions. Le souci, c'est que Spelling pour sa part, continue d'utiliser ces femmes en incarnant en elles d'intemporels clichés sexistes : leur absence de soutien-gorge donna même naissance à un nouveau sous-genre nommé « jiggle tv », de la télévision basée sur « une forme de gratification sexuelle ». Ne le nions pas : une grande part de la mise en scène de Drôles de Dames était construite pour permettre au spectateur masculin de se rincer l'œil. La preuve : Farrah Fawcett (Jill) demeura la plus célèbre et la plus populaire des anges de Charlie alors même qu'elle quitta la série au bout d'une seule saison... mais rendue inoubliable et intemporelle par un célébrissime poster où elle posa dans un maillot de bain mouillé très révélateur de son anatomie.
Drôles de Dames assura donc son succès publique en vendant du sexe. Pour autant, c'était loin d'être la seule chose que la série avait à offrir, et si c'est ce qu'elle donna à son audience masculine, elle apporta en revanche beaucoup plus à son public féminin de l'époque.
... mais de vrais personnages de femmes fortes.
Car l'habit ne fait pas plus la fille facile que le moine. Certes les demoiselles étaient parfois légèrement vêtues. Certes leur brushing demeurait toujours impeccable et elles avaient des talons même pour courir. Mais au-delà de cette apparence, on avait là des personnages féminins forts, indépendants. Les filles demeuraient célibataires, se débrouillaient seules et ne comptaient que sur elles-mêmes et l'amitié indéfectible qui les unissait. Outre leur aptitude au tir et à la bagarre, elles étaient éduquées et intelligentes et mettaient en déroute aussi bien des cambrioleurs de haut vol ou des arnaqueurs que des tueurs en série. La même année et sur la même chaîne apparaissait Wonder Woman, et ce n'est sans doute pas un hasard.

En somme la série offrit aux femmes des modèles bien moins superficiels ou honteux qu'il n'y paraissait au premier abord. Hélas, la qualité intrinsèque de Drôles de Dames déclina sur les dernières saisons. Si Farrah Fawcett fut remplacée par la charmante Cheryl Ladd venue incarner la petite sœur du personnage (Kris Monroe), le départ l'année suivante de Kate Jackson introduisit sa remplaçante de façon beaucoup moins naturelle en la personne de Tiffany (Shelley Hack), ange bien peu charismatique elle-même remplacée ensuite par Julie (Tanya Roberts, James Bond-girl de Dangereusement Votre). La série se termina sur un épisode composé de flashbacks, donnant un aperçu accéléré de 5 années de télévisions très, très propres à leur époque. Mais dont on se souvient toujours aujourd'hui, en attestent deux adaptations grand écran et un futur reboot du show... Les Anges de Charlie ont indubitablement un sexe, mais pas d'âge.

L'histoire : Dirigées et guidées par l'invisible Charlie, trois jeunes femmes s'engagent dans diverses mission gouvernementales top secrètes. Assitées par le ser[…]
