En général, les noms de Felicity Huffman, Peter Krause et Aaron Sorkin évoquent respectivement Lynette Scavo, Nate Fisher et The West Wing (A la Maison Blanche). Ils ont pourtant eu une vie télévisuelle avant Desperate Housewives, Six Fix Under et les coulisses de la Maison Blanche, tous ensemble, au sein d'un petit bijou de « dramédie » injustement méconnu et nommé Sports Night.
Le sport comme prétexte à tous les sujets.
« Sports Night parle de sport... de la même façon que Drôles de dames parlait de la loi et de l'ordre ».
La nuit est tombée depuis longtemps sur New York, mais l'effervescence règne toujours au sein des studios de CBS, où la productrice Dana Whitaker (Huffman), son assistante Natalie (Sabrina Lloyd) et son nouvel analyste Jeremy (Joshua Malina) tentent de mener à bien les 30 minutes de direct de nuit de Sports Night, émission télévisée présentée par le dynamique duo Dan Rydel - Casey McCall (respectivement intérprétés par Josh Charles et Peter Krause). Mais il est très délicat de parvenir à diffuser l'ensemble du programme sans interruption technique, pression de la hiérarchie ou dilemme éthique insolvable...
Conçue et diffusée un an avant la série politique A la Maison Blanche, Sports Night présente déjà bon nombre des qualités de sa future petite sœur, et fonctionne, en dépit d'un sujet très différent, sur le même principe. Entendez par là que les intrigues se font, se défont et s'entremêlent par le biais... de personnages discutant dans des couloirs (technique dite du « walk and talk »). Il faut dire que produire une émission de télé sportive (justement titrée « Sports Night ») diffusée en direct à 4h du matin sur une petite chaine nationale représente un challenge presque aussi complexe que de faire fonctionner la Maison Blanche, et permet finalement d'aborder les mêmes thèmes. Le sport n'est en effet ici que prétexte à discuter éthique, politique, mécanismes financiers, économie, société, humanité... et bien sûr, télévision.
Abordant d'entée un format sitcom (unité de lieu, de temps et d'action) dans sa dynamique et sa forme privilégiant les dialogues tour à tour incisifs ou absurdes et le comique de situation (tout peut arriver sur le plateau, de la panne de climatiseur à la chute d'une dinde congelée) Sports Night se positionne très rapidement comme une série à plusieurs dimensions et capable d'aborder des sujets très sérieux sur un ton parfois grave ou touchant (les rires enregistrés disparurent d'ailleurs au bout de quelques épisodes). Mais que l'on ne s'y trompe pas, entre parties de ping-pong verbal et déboires amoureux des protagonistes, c'est avant tout une comédie qui nous est présentée
Une série exigeante mais gratifiante
L'autre grande qualité de Sports Night, après son éclectisme dans les sujets et tons abordés, tient à ses personnages, couvrant un large panel de personnalités mais possédant tous un point commun : il est presque physiologiquement impossible de ne pas aimer chacun d'entre eux. Il faut dire que le show s'évertue à les traiter avec un temps d'antenne et des développements d'intrigues personnelles parfaitement équilibrés, offrant à tous des storylines amoureuses, professionnelles, familiales ou les trois à la fois. On aura ainsi droit à l'amitié indéfectible de Dan et Casey, célibataires tout sauf endurcis, de la relation en dents de scie de ce dernier avec Dana, de la complicité unissant Dana, productrice survoltée à Isaac, manager du show et voix de la sagesse, du coup de foudre complexe entre Natalie et Jeremy... Par le biais de ces personnages profondément humains dans leurs failles comme dans ce qu'ils ont, parfois, de très nobles, la série peut toucher absolument n'importe quel spectateur qui se retrouvera bien dans un modèle ou un autre. En définitive, il n'est vraiment pas besoin de se passionner de sport (ici filigrane plutôt qu'autre chose) pour apprécier l'humour et la finesse de ce show.
Malheureusement, ses qualités ont fini par se retourner contre la série. Rapide, vive, nécessitant une grande attention et une certaine qualité d'audience, Sports Night a failli à réunir suffisamment d'audience en dépit de critiques dithyrambiques (la série remporta l'Award du "meilleur show que l'on ne regarde pas") et fut annulée au bout de 2 saisons, abandonnée par son créateur malgré des possibilités de renouvellement notamment sur HBO. Diffusée en 1999 en France sur Serie Club qui la proposait en VOST, Sports Night n'est aujourd'hui disponible qu'en zone 1, mais les fous-rires assurés et l'attachement immédiat à cette petite troupe télévisuelle valent largement l'effort de se mettre à l'anglais intégral. Avis aux amateurs de perles en série.

L'histoire : La nuit est tombée depuis longtemps sur New York, mais l'effervescence règne toujours au sein des studios de CBS, où la productrice Dana Whitaker (Huf[…]
