Par David Brami - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 16h49 - 0 commentaire(s)
Le mercredi 6 mai s'est enfin achevée aux Etats-Unis la huitième saison de la sitcom médicale Scrubs. Rescapée de l’annulation sur NBC par ABC qui a sauté sur l'occasion pour en reprendre les rênes, Scrubs s’apprêtait pourtant non pas à relancer la machine pour son nouveau network (contrairement aux désirs de celui-ci), mais à s’achever en beauté. En effet, dès les premiers épisodes, tout sentait déjà la conclusion en bonne et due forme, entre passages de flambeau, regards nostalgiques et séquences graves et touchantes. Cependant, difficile pour la petite équipe, et principalement pour le créateur de la série Bill Lawrence, d’oublier sa nature et les intentions du show. Show qui, dès ses premières minutes, avait tapé dans le délire décomplexé en mettant en scène une bande de docteurs aux fantasmes et aux tics pour le moins loufoques. Toujours au cœur des intrigues, John Dorian (Zach Braff), ou JD pour les intimes, passait ainsi son temps à rêver éveillé dès que l’occasion se présentait (transformation en Hulk et duel à la Star Wars inclus), et partageait ceux-ci avec son ami Turk (Donald Faison, lui aussi semblant débarquer d’une autre planète). Et bien que les amateurs se rassurent, Scrubs a, après quelques saisons essoufflées, retrouvé son énergie pour nous offrir un dernier baroud d’honneur dynamique et jouissif.



Bien sûr, en huit ans, beaucoup de choses se sont passées. Si la « bromance » entre les deux zigotos est, elle, toujours au beau fixe, se sont alternés les naissances, les décès et les mariages qui ont vu les personnages sensiblement évoluer et nos héros crouler progressivement sous le poids de nouvelles responsabilités. Arrivant initialement avec leurs espoirs, leurs tics et leurs illusions, nous aurions pu croire que les internes JD et Turk, rencontrant au passage les belles Carla (Judy Reyes) et Elliot (Sarah Chalke) tout en souffrant les remontrances constantes des docteurs Cox (John C. McGinley) et Kelso (Ken Jenkins), changent du tout au tout et mettent enfin au placard leurs fantasmes pour devenir des docteurs responsables ayant la tête sur les épaules. La magie télévisuelle aidant, l’un n’empêche finalement pas l’autre. Toujours aussi fervents adorateurs de vieilles séries et de chansons qu'ils ne peuvent s'empêcher de chanter à tue-tête, Turk et JD continuent de rythmer les épisodes en les alimentant de digressions rituelles, ce dernier n'oubliant pas de s'adresser au spectateur via une voix off omniprésente. Après une saison précédente très light (seulement 11 épisodes en raison de la grève des scénaristes) et quelques changements subtils (agrandissement de la famille, génériques alternants entre retours en arrière et bêtisiers), il fait bon de retrouver ce petit monde, qui a encore beaucoup à nous offrir.



Mais mis à part cette forme familière, et comme nous l'avion précédemment indiqué, deux grands changements survolent cette nouvelle saison un peu particulière. Tout d'abord, la thématique du passage de flambeau, nécessaire à toute saga se voulant tel un coup d'œil dans un univers donné voué à poursuivre son chemin malgré la future disparition de certains, est ici bien présente. Si les premiers épisodes nous proposent en tant que remplaçante du chef de l'hôpital Bob Kelso (parti en retraire mais hantant toujours les couloirs et vidant la cafétéria de ses muffins), une Courtney Cox aussi charmante et pétillante qu'irascible, il devient vite clair que ce sera finalement au tour de Perry Cox de prendre la relève à la tête du Sacred Heart. Une évolution en entraînant une autre (comme le soulignera le Janitor -Neil Flynn- frustré de voir ébranlé le statu quo), ses docteurs seront également amenés à lui faire face et à s'affirmer plus que jamais afin de combler son absence sur le terrain, Perry croulant désormais sous la paperasse à son grand malheur, et étant désormais contraint à l'économie.


Second changement majeur (pouvant également être vu comme l'évolution du point précédent), l'arrivée d'une belle brochette d'internes, aux caractères et aux personnalités bien trempés et reconnaissables. Nous accueillerons ici Katie (Betsy Beutler, The Black Donnellys), jeune fille à l'apparence aussi fragile que son esprit est calculateur, Howie (Todd Bosey), un binoclard en manque de confiance, Ed (Aziz Ansari, également cette saison dans Parks & Recreation), un geek outrancier et fan de Lost doué mais paresseux, Sunny (Sonal Shah), version médicale de la Kelly Kapour de The Office et Derek (Lee Thompson Young), un jeune chirurgien musclé que Turk prendra sous son aile. Tout cela bien sûr sans oublier la magnifique Denise (Eliza Coupe, Flight of the Conchords), interne apathique à la limite de l'asociale, mais incroyablement douée qui donnera du fil à retordre à JD. Un beau panel de personnages pensés, écrits et mis en avant de manière appuyée que la chaîne a qui plus est repris dans une série de 10 webisodes intitulés Scrubs : Interns. Inutile d'être devin pour comprendre que ces derniers pourraient bien devenir la relève de la série si celle-ci se voit renouvelée pour une saison supplémentaire, tandis que la grande majeure partie du casting a déjà fait ses valises vers d'autres horizons.



Car effectivement, pour beaucoup, si cette huitième et inventive saison de Scrubs s'inscrit aisément dans la lignée des meilleures années de la fameuse sitcom avec ses nouveaux protagonistes tarés (dont un Jimmy touche à tout), ses intrigues tordues (une interne est condamnée tout un épisode à attendre d'une patiente pète) et ses relations iconiques (Cox est magnifique de muflerie face à ses grands enfants de docteurs), elle sera vraisemblablement la dernière. D'une part, nombre d'acteurs se sont déjà engagés sur d'autres projets (Neil Flynn joue dans le futur The Middle pour ABC, Sarah Chalke a rejoint Lifetime pour la mini-série Maneater, John C. McGinley figure dans Back sur CBS…), et d'autre, l'intrigue touche magnifiquement à sa fin pour John Dorian, qui en fin de saison décide de quitter le Sacred Heart pour vivre plus près de son fils. Heureusement pour nous, Bill Lawrence n'a pas fait les choses à moitié sur cette dernière année potentielle. En plus de nous livrer quelques passages obligés (les docteurs contre les infirmières), des sucreries charmantes (Ted se trouve enfin une merveilleuse petite amie assortie, une improvisation musicale au goût de Spaced) et quelques épisodes thématiques du meilleur goût (un spécial Sesame Street, ainsi qu'un double épisode de mariage aux Bahamas pour le Janitor et ses invités indésirables), le créateur de la série pose enfin la dernière pierre à l'histoire d'amour de JD et d’Elliot. S'étant tournés autour, séparés, déchirés remis ensemble sept saisons durant, les deux tourtereaux partageront enfin leur romance sans détour, fort de leurs expériences précédentes dans le domaine, avec enfin une maturité et une lucidité nécessaire.



Si le budget du show a été réduit cette saison (certains acteurs s'absentant d'un couple d'épisodes à tour de rôle), la série n'en oublie pas de nous réserver quelques guests de choix comme Tim DeKay (La Caravane de l'Étrange), Scott Foley (The Unit) ou Bill Lawrence lui-même en prêtre des îles, tandis que le final en propose pas moins d'une bonne cinquantaine ! Et il fallait au moins cela pour faire honneur à cette marque de fabrique lors des quelques minutes qui enverront JD loin de ces murs. Traitant en long en large et en travers la thématique du départ, cet épisode final comble toutes nos attentes, entre une discussion sur le nom du Janitor et dernière pirouette jouissive entre Cox et Dorian, avant que l'adieu, incroyablement émouvant et juste au son du bouleversant Book of Love de Peter Gabriel, ne prenne place. C'est de plus un double adieu qui nous est fait ici. En plus de celui, scénarisé, de JD au Sacred Heart, la production conclut la saga avec un montage des dernières heures de tournage et d'un bêtisier qui, s'il désamorce légèrement l'effet larmoyant réussi du final, n'en est pas moins touchant. En ce qui concerne la suite, rien n'est impossible sur le papier, puisque Zack Braff et ses collègues ne seraient pas contre quelques apparitions et tours de manivelle, et que ce départ n'est pas si perturbant. Mais on se demande tout de même au final s'il est vraiment nécessaire, après une si belle apothéose, de ramener le show pour une nouvelle saison comme ABC semble le désirer, la boucle étant bouclée de si belle manière.

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