A n’en pas douter une des sitcoms les plus vieilles encore en activité avec
According to Jim (et le champion animé toutes catégories de la Fox,
les Simpson), Scrubs avait bien failli ne jamais avoir droit à une huitième saison. Déjà au bord de l’annulation lors de sa sixième année après une baisse de rythme et une certaine lassitude du public, le show était tombé en dessous de la barre des sept millions depuis déjà trois ans quand la NBC décida l’année dernière d’arrêter les frais. Les rapports se sont alors envenimés entre le Network et le créateur de la série Bill Lawrence, d’autant que malgré la grève des scénaristes, la chaîne poussa l’équipe à continuer le travail et à achever la production d’épisodes supplémentaires dont une partie ne verra jamais le jour (d’après certaines rumeurs, Lawrence poussa même les manifestants à « ampouler » le tournage). Heureusement pour les fans et pour la production, ABC se décida à reprendre les rênes du show et à commander une nouvelle saison. Et c’est finalement ce 6 Janvier que les deux premiers épisodes tout frais de Scrubs firent leur apparition sur la chaîne d’
Ugly Betty et de Desperate Housewives.

Après une courte saison de 11 épisodes, c’est donc plein d’espoir que l’on retrouve la petite bande de l’hôpital Sacred Heart, alors que le créateur de la série a annoncé une saison revenant aux sources, et donc plus dans le ton des premières saisons ayant fait le succès du show. Première constatation, il n’y a pas tromperie sur la marchandise : Scrubs reste Scrubs. On retrouve bien le docteur JD Dorian (Zach Braff), rêvant éveillé les trois quarts du temps et sans cesse obnubilé par ce que les autres, du concierge (Neil Flynn) dont on ne sait toujours pas le nom, à son irascible mentor Dr Cox (John C. McGinley)) pensent de lui, rythmant l’épisode par des préoccupations geeko-métaphysiques du meilleur aloi avant une conclusion fédératrice. Toute la petite équipe est à ses côtés, du meilleur ami déjanté Turk (Donald Faison) à la belle et égocentrique Elliot Reid (Sarah Chalke) en passant par l’infirmière à la poigne de fer Carla (Judy Reyes), l’avocat Ted (Sam Lloyd) et même le Docteur Kelso (Ken Jenkins), pourtant à la retraite depuis la saison dernière. On retrouve la bonne humeur ambiante, faite de clins d’oeil complices, de visions hallucinées, de charriages en règle, et tous les travers habituels du show sont bien présents.

Quelques petits nouveaux internes font cependant leur apparition afin de remplir le quota de fraîcheur nécessaire à toute nouvelle saison. Nous découvrirons Kathy, bien décidée à mettre tout le monde dans le pétrin afin de se faire bien voir et d’hériter d’une promotion, Denise, complètement apathique et socialement inepte, et Ed, un geek indien fan de Lost et véritable éponge de pratiques débiles. Parfaitement dans le ton, les trois zigotos vont vite mettre Dorian sur les nerfs et le pousser à bout, exactement comme lui, Turk et Elliott l’avaient fait avec Cox au début de la série. Coutumière des guests de marque, la série accueille également la délicieuse Courtney Cox, débarquant ici pour prendre un temps la place du Docteur Kelso en tant que chef de l’établissement. Pourtant adorable au premier abord (on aura droit à une belle scène au ralenti pour « vanter » la plastique de la miss), celle-ci se révèle également rapidement insupportable pour tout le monde, puisque imposant sa loi dans un univers déjà très codifié. Rabat-joie, elle est un peu comme le Kelso des débuts : bouffée par l’envie de tirer sur les assurances des patients pour changer l’équipement de l’hôpital et les jetant dehors s’ils n’en ont pas (au point de pousser JD à l’imaginer en train de tuer un patient pour s’en débarrasser plus vite), elle aime que rien ne dépasse malgré un petit grain de folie indéniable. Une attitude qui vaudra la porte au concierge, surpris en plein attentat de croche-pied contre JD.
Un changement dans la continuité donc ? Pas exactement. Tout semble en effet sonner comme un début de conclusion. D’emblée, la thématique de la passation de pouvoir et de l’héritage sonne étrangement comme une fin de boucle, à l’image de cette séquence dans laquelle JD et Cox « partagent » un café dans une cafétéria vide et baignée dans les lueurs oranges et sombres d’un soleil couchant. Le second épisode, lui-même massivement articulé sur la mort inévitable d’un patient désireux de profiter de ses derniers instants, sonne également comme le début d’un départ général. Quand on sait de plus qu’une partie des acteurs et que le créateur de la série lui-même font leurs valises à l’issue de la saison, difficile d’y voir autre chose. Lawrence ne cache d’ailleurs pas ses intentions : «
Afin que le final signifie quelque chose, il faut qu’il porte une résonance réaliste pour que le public s’y intéresse. Nous nous dirigions dangereusement dans une zone où tout le monde avait l’air si faux que plus personne n’en aurait rien à faire à la fin ».
Un ton plus sérieux, donc, souligné par une petite nouveauté : les génériques de fin prennent une forme pour le moins étrange, ou du moins inhabituelle. A l’issue du premier épisode, JD débarque ainsi devant ses collègues et s’adresse à eux de but en blanc : « On en est à la huitième année. Beaucoup de personnes comptent encore sur nous chaque semaine et il est de notre devoir de ne pas les décevoir […] Je suis sûr que nous sommes encore aussi bons que bien d’autres ». Sans doute écrit pour rassurer les studios et le public, difficile de ne pas voir dans cet aparté une dernière motivation de troupes soulagées de voir la quille arriver à grand pas ! Heureusement, le programme reste toujours aussi appréciable, et ne se prive pas de mettre en avant des séquences toujours délirantes, et des passages pour le moins émouvants.

Une chose est certaine : ABC croit en Scrubs cette année et va tout faire pour l’imposer comme un des programmes phares de la chaîne (la campagne de promo américaine est impressionnante. «
Du côté de la Warner, il y a une affiche grande comme ma maison » confiera Lawrence). Un programme qui, s’il s’avère populaire sur la chaîne de l’alphabet, serait un calcul appréciable puisqu’il coûtera bien moins cher à produire pour une neuvième saison qu’une série toute neuve, ses gros cachets allant visiter d’autres horizons. Bill Lawrence bien sûr, mais également les acteurs Zach Braff (qui embarquera le chien empaillé en cadeau de fin de tournage), Judy Reyes (décidée à reprendre sa carrière sur les planches) et même Neil Flynn, déjà engagé sur une autre série pour la chaîne. Reste donc à voir si la comédie réussira à séduire à nouveau et bénéficiera d’une rallonge, tandis que les guests (Matthew Perry ?) et les retours se bousculeront au portillon pour fêter ce qui sera de toutes façons la fin d’une ère. Et si le renouvellement arrive, il n’est pas exclu, comme il le dit lui-même, que Zach Braff revienne pour tourner et apparaître dans quelques épisodes. Scrubs, même en changeant de crèmerie, ça reste une affaire de famille.
David Brami