Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir le Frank Gallagher des Etats-Unis ?
William H. Macy) C'est John Wells qui m'a envoyé le scénario... que j'ai beaucoup aimé. Il avait également joint une copie du premier épisode de la version anglaise originale, réalisé par Mark Mylod. C'est d'ailleurs lui qui a également dirigé notre Pilot. Je l'ai regardé et l'ai littéralement adoré. C'était absolument génial. Mais, j'ai attendu que notre série soit acceptée et que l'intégralité de la première saison soit officiellement commandée avant de me plonger dans la suite du show original. C'était tellement bon que j'ai décidé d'arrêter (rires)... par peur de commencer à faire de la simple imitation. Cette série est excellente... pour le peu qu'on vous la traduise car ils disent qu'ils parlent en anglais... Mais je ne comprends pas un seul mot de ce qu'ils racontent (rires) !
N'est-il pas difficile de se mettre dans la peau d'un tel personnage ?
Non, au contraire... C'est vraiment très simple. Amusant... stimulant... Le principal défi vient plutôt du format télévisuel en lui-même. Lorsque je travaille sur un long-métrage, je bénéficie de toute une journée pour une demi-page de dialogues. Sur un programme classique, c'est généralement deux pages de dialogues... Mais pour Shameless (US), il faut régulièrement compter sur pas moins de huit pages par jour. Et lorsque nous nous rendons à Chicago pour tourner les plans extérieurs, vous pouvez ajoutez deux pages de plus... Je me souviens même d'une fois où nous sommes monté jusqu'à 11. Tout va très vite. Vous devez vraiment bien vous préparer. Nous courons beaucoup... ce que je trouve palpitant. Lorsque je dois attendre pendant des heures dans ma caravane, je me sens vain... je ne sais vraiment pas quoi faire de moi-même. J'aime travailler dur.
Il est vrai que Frank est passé maître dans l'art des grandes élocutions !...
Sur Shameless (US) ; il nous arrive de faire une scène de trois ou quatre pages en une seule et même prise ; en intégralité... et nous devons la jouer une vingtaine de fois. C'est mieux comme ça. Sur un film, elle serait séparée en de nombreux petits morceaux.
Cela fait quelques années déjà que les antihéros se partagent une belle part des écrans américains... et Frank est assurément l'un des plus emblématiques de tous. Si ce n'est le plus irrattrapable... Qu'en pensez-vous ?
Je me sens à la fois chanceux et béni. Je pense que beaucoup d'autres comédiens aimeraient bien mettre la main sur mon rôle... Oui, c'est un antihéros. Il est même tellement anti que je le considère comme un anti-antihéros (rires). Il est... sans honte. Une partie de toutes ces choses que j'ai à faire est tout simplement atroce. Il m'arrive de couvrir mon visage avec mes mains lorsque je découvre le scénario (rires)... Et cela ne va aller qu'en empirant ! J'adore ça et j'ai l'impression d'être le plus chanceux des hommes. L'idée la plus sauvage qui puisse me passer par la tête s'avèrera tout à fait appropriée.
N'est-il pas parfois frustrant de se faire "détester" des téléspectateurs ? Car si d'autres antihéros comme ceux de Californication ou, tout récemment, de Call Me Fitz finissent par susciter une certaine forme d'empathie puis de sympathie... Frank est si extrême et désespérément réaliste qu'il en devient particulièrement difficile de l'apprécier humainement parlant.
Pas particulièrement... J'ai toujours pensé que la principale marque de fabrique d'un bon comédien résidait justement dans le fait de ne pas se soucier de savoir si le public appréciera ou non le personnage. Cela donne un grand pouvoir à l'acteur. Inversement, s'il commence à y pensez, va se dévêtir de ce même pouvoir. Il n'est pas important que les gens m'aiment... Je pense même qu'il faut qu'ils me trouvent parfois repoussant. Ça me libère. Nous essayons de raconter toute une histoire et je n'en suis qu'un maillon. Personnellement, j'aime Frank. Il me fait rire. J'aime sa joie de vivre et je suis sensible aux considérables efforts qu'il peut faire. Même si l'on parle d'un véritable escroc dont le "métier" est de duper les autres, il travaille dur et n'a rien de quelqu'un de morose. Il voit l'humour et l'ironie qui se cachent dans ses actes... Et il "emballe la fille" en fin de compte ! C'est une belle vie.
Et, au final, sa famille tient très fort à lui... L'épisode où Frank simule sa propre mort pour échapper au personnage interprété par Robert Knepper est un parfait exemple : tout le monde est excédé mais finit par faire la fête ! Au bout du compte, sa famille l'aime sincèrement...
Nous ne l'avons pas encore totalement exploré mais il y a beaucoup de choses très compliquées à prendre en compte en matière d'alcoolisme ou d'addiction au sein d'une famille. Tout spécialement lorsqu'il s'agit d'un parent. Je pense que l'on va progressivement en apprendre plus à ce sujet. C'est quelque chose que les chaînes de télévision n'ont pas encore réellement creusé... Nous verrons bien. Je crois effectivement que sa famille l'aime de toute façon, même s'ils sont constamment en colère après lui. Et, de façon très intéressante, il l'aime profondément en retour. A mon sens, c'est LA grande question à explorer... Si jamais nous avons la chance de durer six ou sept ans, nous serons toujours en train d'essayer d'y répondre.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos jeunes partenaires Gallagher ? Le casting est vraiment impressionnant... et Emmy Rossum crève l'écran.
Ils sont fantastiques. Emmy incarne réellement le cœur de notre série. Elle travaille plus dur que n'importe lequel d'entre nous... Elle est là la première et s'en va toujours la dernière. Elle a beaucoup plus de scènes à jouer... Avant de commencer cette interview, nous parlions de Jeremy Allen White, qui est "stupidement" talentueux... Mais ils sont tous formidables. On doit ce fabuleux regroupent de talents à John Wells et John Frank Levey, qui ont supervisé ce casting. Et ils ne sont que des enfants ! Ils sont si jeunes pour la plupart... Je suis fasciné à l'idée de les voir grandir et s'épanouir et de voir à quel point ils vont être bons et jusqu'où ils vont aller. Je repense à mes 22 ans... Si seulement on m'avait proposé une série comme celle-là !? (Rires).
Propos recueillis et traduits par Vivien Lejeune.

L'histoire : Le quotidien de la famille Gallagher à Chicago. Alors que la patriarche est un alcoolique bon à rien et que la mère est partie refaire sa vie avec u[…]
