Avec Signature, Hervé Hadmar continue d'explorer des territoires inconnus de la fiction française. Interview d'un réalisateur ambitieux.

Par - publié le 22 avril 2011 à 08h00 ,
MAJ le 26 avril 2011 à 10h44 - 0 commentaire(s)

Les Oubliées avait marqué 2007 et Hervé Hadmar avait transformé ce sublime essai avec Pigalle, la nuit deux ans plus tard. Deux oeuvres singulières au style personnel. La marque d'un auteur à part qui signe avec Signature un thriller sensoriel et mystique, une mini-série atypique nourrit par la spiritualité de La Réunion et un personnage principal animal interprété par Sami Bouajila. Interview.

Signature. Mini-série créée par Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Avec Sami Bouajila, Sandrine Bonnaire, Sara Martins et Jan Hammenecker

Pour commencer, évoquons le titre : Signature...

Hervé Hadmar) Il y a d'abord  la signature du tueur. Ensuite, lorsqu'on parle d'un personnage qui ne sait ni lire ni écrire, ce mot devient signifiant. Graphiquement, cela me permettait de jouer avec le "T" de Toman. C'est comme son logo, son sigle. A un niveau plus personnel, on parle de notre univers, à Marc Herpoux et à moi. Nous avons fait ensemble Les Oubliées et Pigalle, nuit mais Signature est l'objet dont on est le plus fiers. On a réussi des choses que nous avions manqué auparavant, même s'il reste des imperfections. C'est tout simplement un titre accrocheur, très mystérieux.

 

Signature est une mini-série. Etait-ce prévu dès le départ, ainsi que la structure en six parties ?

HH) Tout à fait. On s'est dit tout de suite dit que cette histoire devait être racontée comme cela. On a décidé d'en faire un 6x52' parce que la dramaturgie à laquelle on pensait correspondait. On voulait continuer à explorer ce format dans le cadre d'une histoire fermée, d'aller vers la mini-série à l'anglaise. On voulait que la première phrase soir aussi la dernière. La question n'est pas de savoir comment cela va se terminer mais comment on va y arriver.

 

A la base, le concept original n'était pas celui là... Qu'est ce qui vous a fait changer d'avis ?

HH) Après Les Oubliées et juste avant de faire Pigalle, la nuit, j'avais vu les responsables de France 2. Je leur avais pitché "La Nuit des chiens" : une histoire avec des centaines de chiens assassinés par un serial-killer dans Paris. On retrouve la tête des animaux avec les gueules ouvertes. L'idée c'était que le flic qui enquête s'aperçoit que lorsqu'on fait un flip-book des photos de face, les gueules de chiens s'animent et disent quelque chose. Tout le monde m'a regardé avec beaucoup d'inquiétude et j'ai senti que le projet ne se ferait pas (rires). L'animalité m'intéressait et je voulais aller vers ce thème. Je leur ai donc parlé d'un autre personnage. Un analphabète qui écoute chaque jour les conversations de flics dans un bar proche du quai des orfèvres résout les enquêtes en se servant de son  instinct. Ils ont trouvé cela intéressant. On avait peur de faire trop vite le tour de la ville et comme on sortait de Pigalle, la nuit, on a voulu exploser le concept. On a cherché une arène idéale en se fixant sur Toman et en se basant sur ces éruptions de violence. Voilà pourquoi on a pensé aux volcans et à La Réunion. J'aurais aussi pu tourner à Hawaii et récupérer les décors de Lost ! Il fallait croire à cette histoire et son terrain de jeu devait être sauvage.

Signature. Mini-série créée par Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Avec Sami Bouajila, Sandrine Bonnaire, Sara Martins et Jan Hammenecker

Vous parlez de sortir de la ville et d'aller vers un territoire plus vaste. Pourtant, Signature est votre oeuvre la plus anxiogène...

HH) Pigalle, la nuit c'est un soap déguisé. Signature est un thriller. On est donc très à l'intérieur et surtout à l'intérieur de Toman.

 

Sami Bouajila dégage quelque chose de très enfantin. Est-ce que cela a guidé votre choix ? 

HH) On a très rapidement identifié Toman et on ne voulait pas le traiter au premier degré, comme un brute épaisse. Le thème de l'enfance est très important et Toman devait être sympathique. La première motivation d'un réalisateur, c'est de vouloir travailler avec un acteur et j'avais très envie de travailler avec Sami Bouajila. Je me suis souvenu d'une interview où il disait que s'il n'avait pas été comédien, il aurait aimé être garde-forestier. J'ai tout de suite imaginé Sami dans la forêt ou parlant à sa mère morte depuis trente ans. Il s'est énormément investi dans le projet et j'ai tout de suite senti la mini-série. Il fallait que le reste du casting tienne la route...

 

Heureusement, vous avez Sandrine Bonnnaire !

HH) C'est la magie de ce métier. Elle ne connaissait pas vraiment mon travail. On lui a beaucoup parlé de Pigalle, la nuit. Je pense que les choses se font en très peu de temps. Je l'ai rencontré dans un bistrot et nous avons accroché tout de suite avec un bonjour et un sourire.

 

Vous en parlez comme d'une histoire d'amour...

HH) Ce sont toujours des histoires d'amour, consommées sur pellicule. Il faut du désir quand on propose à quelqu'un de partir trois mois à La Réunion. Il faut du désir ou énormément d'argent ! J'ai besoin d'avoir envie de faire plaisir à Sami Bouajila ou Sandrine Bonnaire pour bien les filmer.

 

D'où sont nés les prénoms des personnages principaux ?

HH) J'ai fait le tour des héros de bande dessinée style Tarzan, Rahan, Blake... J'ai imaginé "Toman dans la jungle". C'est surtout phonétique. Pour Daphné, on est partis dans la mythologie grecque. Ca n'a pas de signification particulière pour la mini-série. C'est une proposition au côté romanesque.

 

J'ai été assez surpris par le traitement suggéré de la violence. Il n'y a qu'un plan sanguin. Est-ce que c'est de l'auto-censure ou une volonté artistique ?

HH) Un peu des deux. Le terme auto-censure est un peu péjoratif. Je suis simplement responsable et il m'a semblé que ce n'était pas nécessaire. On est dans un conte, une fable. La suggestion est souvent plus forte que l'hémoglobine gratuite, même si parfois j'adore voir ça. On a travaillé la violence au son, de façon brutale. Marc et moi avons eu conscience très tôt que plus on montrerait du sang moins on aimerait Toman. J'avais besoin qu'on l'aime. Il y avait des choses que je n'avais pas envie de montrer sur France 2 à 20h30. On n'écrit pas de la même façon pour France 2 ou Canal+. Personne ne m'a rien dit sur le plan où Sandrine fume un joint...

Signature. Mini-série créée par Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Avec Sami Bouajila, Sandrine Bonnaire, Sara Martins et Jan Hammenecker

Le thème de l'enfance est central et à travers, les flashbacks, on voit un Toman très jeune erré dans la forêt. Comment avez-vous géré ces retours dans le passé en termes de rythme et comment avez-vous diriger cet enfant ?

HH) Au  niveau quantitatif, le nombre de flashbacks a très peu bougé depuis le script. Plus le projet a avancé, plus ils ont été traités de façon sensorielle. Visuellement, je ne voulais pas d'effets. On l'a juste marqué par un étalonnage différent. Il y avait plusieurs étapes narratives qui montraient la décomposition de l'enfant. Il nous fallait un enfant très jeune, complètement perdu. On ne dirige pas un enfant de quatre ans. J'ai réécrit tous les flashbacks en fonction de l'acteur que j'avais choisi. Il pense que ces parents sont endormis. Je lui parlai constamment pendant le tournage : "Regarde à gauche, à droite, essaye de réveiller ta maman, dis lui que tu as soif.." C'est un long processus.

 

Vous avez un personnage qui parle peu et pourtant vous choisissez d'utiliser une voix-off. C'est un matériau très diffcile à manipuler...

HH) Elle était là dès le départ. On est fans de voix-off. On voulait quelque chose de sensorielle et un peu cérébrale. C'est toute l'ambiguité de ce personnage. Toman est un animal et en même temps il nous raconte une histoire, il nous rassure et il est mentalement structuré. Je voulais hypnotiser le téléspectateur. J'ai été influcencé par la voix off monocorde de The Barber des frères Coen et celle de Max Von Sydow dans Europa de Lars Von Trier. Modestement, j'ai essayé de jouer sur les mêmes effets. Il y avait beaucoup plus de voix off au départ et j'ai élagué lors de la version finale du script.

 

Toman est attiré par le maternelle. Pourtant , il tombe amoureux d'Hélène qui n'a rien à voir avec ce type de perosnnage féminin...

HH) On ne voulait pas que Toman fasse un transfert. Il est attiré par l'animalité, la sensualité, la sexualité d'Hélène. Il est aussi séduit par l'idée de la famille. Mais Hélène n'a rien d'une mère pour lui.

 

Entre l'utilisation de la steadycam et le fait que Toman voit des enfants de manière spectrale, il y a quelque chose de très flottant dans la mise en scène. Est-ce que Signature est aussi une histoire de fantômes ?

HH) Oui et c'est vrai de beaucoup de choses que Marc et moi faisons. J'ai un rapport au passé très marqué. Je suis très mélancolique et dans la conscience du temps qui passe. Il ne faut pas s'y complaire car c'est un sentiment très doux.

 

Propos recueillis par Nicolas SCHIAVI


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