Si on l'a vu en serial-killer dans MR73 d'Olivier Marchal, Swan Demarsan a surtout été révélé par Hervé Hadmar dans Les Oubliées en 2007 avant que les deux hommes ne se retrouvent pour Pigalle, la nuit deux ans plus tard. Ils font à nouveau équipe pour Signature, thriller empreint de spiritualité et de violence où l'acteur dégage un charisme débonnaire très attachant et donne la réplique à Sandrine Bonnaire. Loin des tourments de l'ïle de La Réunion, un petit tour du côté de chez Swan...
Propos recueillis et traduits par Nicolas SCHIAVI au 12ème Festival International du film d'Aubagne.
Avant de parler de Signature, j'aimerais faire retour sur Les Oubliées et une scène où vous vendez un téléphone au personnage incarné par Jacques Gamblin. Apparemment vous l'avez totalement réécrite avec l'autorisation d'Hervé Hadmar...
Swan Demarsan) Cette scène est un OVNI. Comme à peu près tout ce que fait Hervé. Dans la vraie vie, j'avais vendu un téléphone à Jacques Gamblin et la séquence était très proche de la réalité ! Hervé a voulu faire une plaisanterie à Jacques en m'a demandé de ne pas lui dire. Seulement, Jacques ne se souvenait absolument pas de cette anedocte et a juste dit : 'Ah bon ?' lorsqu'il a su que la fiction avait rejoint la réalité (rires). J'ai imaginé un geek enfermé dans sa bulle de technologies qui parle à quelq'un qui n'y entend pas grand-chose... Je me suis un peu tiré une balle dans le pied car je m'étais écrit un texte tellement compliqué que j'étais en panique. Autrement, je n'ai jamais retouché à une réplique du réalisateur. J'ai toujours respecté son texte à la virgule près. C'est la seule fois où j'ai été intrusif dans son écriture.
Comment définiriez-vous Hervé Hadmar en tant que directeur d'acteurs ?
SD) Il laisse la place à l'improvisation mais c'est une improvisation contrôlée. Sur Signature, il y avait une scène difficile à réaliser où je me dispute avec Sandrine Bonnaire. C'était le 14 Juillet à La Réunion et le défilé ne durait que quinze minutes. Dans le meilleur des cas, on avait trois prises. Juste avant de démarrer, Hervé m'a prévenu qu'il a changé le texte et m'a demandé de dire ce que je voulais. Il est très en demande de ce genre de choses.
Pour revenir sur votre personnage, Stéphane apporte une caution humoristique et un contraste intéressant vis à vis de Daphné (Sandrine Bonnaire) et de l'atmosphère très pesante de la mini-série.
SD) Je n'ai pas ressenti cet aspect là durant le tournage mais en revanche il est flagrant lorsqu'on est spectateur. Pour revenir sur mon personnage, je pense qu'Hervé s'amuse beaucoup à me voir dans des rôles de con, des protagonistes un peu benêt et premier degré ! C'est une partie de moi qui me plaît mais que je n'exploite pas forcément dans ma vie. Ce qui est logique. Jouer des mecs premier degré, c'est un bonheur. Que ce soit le journaliste naïf, le tueur en série ou le vendeur de téléphone, ce sont des gens qui sont bruts de fonderie.
Combien de temps êtes-vous resté sur le tournage ?
SD) Je crois que je suis resté neuf ou dix jours en tout. J'avais tous mes jours de tournage au début et un jour trois semaines plus tard. Je me suis débrouillé pour rester et j'ai découvert un endroit merveilleux.
Justement, pouvez-vous nous parler de vos ressentis quant à l'île de La Réunion?
SD) En tant qu'acteur et être humain, j'ai été extrêmement touché. Mis à part Toman (Sami Bouajila, ndlr), j'incarnais un personnage né sur l'île. C'était mon point d'ancrage. J'ai demandé à venir un petit peu plus tôt avant le début du tournage pour travailler au journal. J'étais censé être chez moi. J'ai été vadrouiller, discuter avec les gens à droite à gauche. Arrivé à St-Leu, je suis tombé sur des gars à qui j'ai posé des questions sur La Réunion. Ils m'ont invité à boire une bière dans un endroit à la fois sordide et génial. De là, j'ai commencé à rencontrer plein de gens et à me prendre l'île de plein fouet. C'est la France et en même temps, elle a beaucoup de leçon à donner à la France : sur le mélange des gens, des religions, sur la vie ensemble, sur l'intégration. Je ne connais pas un endroit où on trouve autant de respect et de mixité. Il y a un métissage au vrai sens du terme. C'est une leçon de vie.
La Réunion apparaît aussi comme un lieu emplie de violence...
SD) Quand on regarde Pigalle, la nuit, est-ce qu'on se dit qu'on y retournera pas à cause des truands ? A grande échelle, la France est un pays avec des problèmes sociaux et humains importants. La Réunion ne craint pas plus que n'importe quel coin de la Métropole. Quand il y a des creux énormes entre ceux qui gagnent énormément et ceux qui gagnent trop peu d'argent, cela crée des dissenssions évidentes. C'est générateur de violence et ce n'est pas propre à La Réunion. Hervé est sincère avec l'île et la violence n'a rien de sensationnelle dans Signature. Le fait de vivre à côté d'un volcan et de se dire que ce lieu peut être rayé de la carte en un instant impose un état d'esprit qui défie la normalité. C'est une île qui a énormément d'énergie même si le train de vie paraît lent. J'ai beaucoup appris sur son histoire et ses modes de vie.
Quelques mots sur votre travail avec Sandrine Bonnaire ?
SD) Ce fut un grand bonheur. C'est une actrice d'une générosité rare et d'un talent incontestable. Je pense que c'est lié à Hervé car j'avais eu le même ressenti à l'époque des Oubliées avec Jacques Gamblin. Du haut de son immense popularité, elle est d'une simplicité, d'une droiture et d'une vérité absolument magnifiques. Elle a un accès à ses émotions qui est formidable. C'est bluffant. Au-delà de ça, c'est vraiment une belle personne. Elle est toujours au service du film. La preuve, c'est qu'elle a accepté le rôle quand elle a lu celui de Toman. Si l'histoire lui plaît, elle y va. Par ailleurs, elle va devenir une grande réalisatrice.

