Par David BRAMI - publié le 22 novembre 2009 à 04h27
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En quatre ans, les chasseurs de démons Dean et Sam en ont vu des vertes et des pas mûres sur la CW. Toujours à la poursuite de fantômes et autres démons pour sauver la veuve et l'orphelin, les frères Winchester ont parcouru l'Amérique du nord au sud et de l'est à l'ouest, non sans déclencher des évènements aux conséquences désastreuses. Pour mémoire, la seconde saison du programme s'achevait sur l'ouverture temporaire des portes de l'enfer d'où s'est échappée une quantité non négligeable d'esprits malfaisants. Afin de sauver l'âme de son frère, Dean ira jusqu'à conclure un pacte avec l'ennemi, pacte qui l'envoya directement en enfer à la fin de la troisième saison. Mais le pompon vint à l'issue de la quatrième saison quand, sans le vouloir, nos héros ont brisé le soixante-sixième sceau permettant à Lucifer de revenir sur Terre et de déclencher l'Apocalypse. C'est ce qu'on appelle se mettre le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate. De retour pour une cinquième saison, Sam et Dean arriveront-ils à prévenir le pire ?

 

 

Supernatural - Saison 5

 

 

Bienvenue à la fin du monde

Toujours portée par cette délicieuse tonalité rock et un second degré qui donne tout son sel au programme, la nouvelle saison de Supernatural retrouve nos héros là où elle les avait laissés : face au réveil de la bête. Sauvés in-extrémis par une entité inconnue, les frangins vivent désormais dans un monde où les tornades, tremblements de terre et autres catastrophes naturelles sont monnaie courante (malheureusement, le budget de la série ne permettra pas de voir quoique ce soit). Dans cet univers désenchanté, l'ange Castiel, banni par ses pairs, va tenter de les aider à résoudre la situation. Il décidera de partir à la recherche d'un Dieu absent, seul capable de donner une raclée à des enfants lassés de venir en seconde place après les humains. Mais Sam et Dean ont tout d'abord des problèmes de confiance et de respect mutuel à régler avant d'aller plus loin. Très vite, nos héros vont donc temporairement jouer au loup blanc solitaire pendant que le diable gagne déjà du terrain et s'apprête à retrouver ses amis, les cavaliers de l'apocalypse.

 

"Demander à Supernatural de proposer une mythologie sans faille, c'est un peu comme demander à Steven Seagal d'arrêter de faire des moulinets dans le vide ou à Kenny d'arrêter de mourir dans chaque épisode de South Park : une hérésie allant à l'encontre du concept de la série"

 


L'an passé, beaucoup de spectateurs suivant la série de loin se sont demandés si le petit frère bâtard de Buffy contre les vampires n'était pas allé trop loin en faisant intervenir les anges et la notion du divin dans ses intrigues. Les démons, le diable et les fantômes, pourquoi pas. Mais le saint des saints ? A cette interrogation, le créateur de la série Eric Kripke répond par la bouche d'un de ses personnages : "Ce n'est pas aller trop loin si l'on ne revient pas en arrière". Si l'on regarde en arrière, force est de constater que Supernatural s'est toujours placée à mi-chemin entre le drame déchirant et la comédie potache décérébrée. Il faut voir Dean (Jensen Ackles) ne jamais manquer l'occasion de placer un bon mot ou de faire une tête d'ahuri dans les situations les plus critiques, tandis que le point de départ de certains épisodes suffit à faire pouffer de rire les plus pincés d'entre nous. Cette année, les scénaristes vont encore plus loin dans le drame et le non-sens, alignant les concepts tordus sans pour autant perdre de vue leur ligne directrice.

 

 Supernatural - Saison 5


Niveau mythologie, Supernatural continue de faire fort en plaçant ses protagonistes principaux au cœur d'une prophétie qui, si elle ne surprendra personne, a le culot de remettre en perspective les fondements du programme : depuis la nuit des temps, les deux frangins sont ainsi destinés à servir d'enveloppes charnelles aux anges Michael et Lucifer dans un ultime combat à mort. De quoi achever en beauté un premier cycle de cinq saisons que le créateur Eric Kripke avait, selon ses dires, prévu de longue date. La manœuvre est grossière, mais elle sied bien à un programme qui ne s'est jamais vraiment posé en profondeur la question de la cohérence de son arc narratif. Demander à Supernatural de proposer une mythologie sans faille, c'est un peu comme demander à Steven Seagal d'arrêter de faire des moulinets dans le vide ou à Kenny d'arrêter de mourir dans chaque épisode de South Park: une hérésie allant à l'encontre du concept de la série.

 

Des épisodes concept à la pelle
En lieu et place d'une densité à couper au couteau, le programme préfère revisiter plusieurs figures de style, ayant trait tant à l'apocalypse qu'à la mise en abîme. Dean ira faire un tour dans un futur dévasté conquis par les démons et y croisera tant son double désabusé qu'un chaste Castiel devenu baba cool polygame. Un autre épisode mettra un démon sanguinaire dans la peau d'Abraham Lincoln, de Gandhi et de Paris Hilton (cette dernière opérant un caméo bancal mais amusant), un sorcier joueur de poker transformera Dean en simili-Clint Eastwood vieillissant, et un jeune enfant surpuissant donnera corps à des superstitions enfantines  dangereuses mais hilarantes. Cerise sur le gateau, les dernières trouvailles du trickster plongerontle duo dans un éventail de séries télé (de Grey's Anatomy aux Experts),tandis qu'une cnvention dédiées aux romans de leurs aventures les verra rencontrer leurs fans.

 

Supernatural - Saison 5


Avec un tel festival, nous pourrions croire que l'apocalypse passe à l'arrière-plan. Mais à de rares exceptions près, les scénaristes arrivent toujours à relier ces intrigues aux enjeux en cours, dévoilant par petites touches l'état d'un monde au bord du précipice. Les démons se livrent sans honte à leurs occupations favorites, les anciens alliés de Sam (Jared Padalecki) veulent désormais sa peau, et les anges, désabusés et persuadés que Dieu est mort, veulent simplement que le monde explose pour que tout s'arrête enfin. Malheureusement encore une fois, le budget de la série l'empêche d'avoir l'envergure qu'elle mérite. On se retrouve souvent avec des épisodes mal rythmés, faisant durer les situations plus que de raison en arborant des dialogues larmoyants, tandis qu'un montage plus énergique aurait été nécessaire. Certains effets choquants sont contrebalancés quelques minutes plus tard par des séquences à rallonge, tandis que le programme ne cesse de promettre des séquences qu'il ne montrera jamais. On attend d'ailleurs toujours de voir la guerre ouverte et l'invasion de démons des saisons précédentes à l'écran, et rien ne laisse supposer que l'apocalypse en cours bénéficiera d'un sort plus appréciable.


Passées ces quelques contrariétés auxquelles nous sommes habitués depuis le début de la série, il serait tout de même dommage de se priver d'une telle bouffée d'air frais, alors que tant de séries passent leurs saisons à aligner les épisodes identiques, vides de la moindre inventivité. Le show semble en tout cas avoir inspiré les producteurs de longs-métrages puisque Jared Padalecki et Jensen Ackles sont dorénavant abonnés aux œuvres horrifiques, chacun ayant joué cette année dans les remakes marketing de classiques du genre (respectivement les nouvelles versions de Vendredi 13 et Meurtre à la saint Valentin). Gageons que la seconde moitié de la saison s'avèrera aussi réjouissante, d'autant qu'avec une fin du monde programmée et un centième épisode à l'horizon, les occasions ne manqueront pas de proposer quelques épisodes mémorables. A ce titre, le show reviendra le 21 janvier avec un épisode voyant nos deux héros enfermés dans un asile de fous. Réminiscence d'un épisode similaire de Buffy ? Reste à savoir si Eric Kripke lâchera véritablement le programme à l'issue de cette cinquième saison, ou reviendra en compagnie de ses acteurs ouvrir une nouvelle trame narrative l'an prochain. Pour l'heure, on a surtout hâte de voir comment cette année va se finir.


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