Au même titre que Boardwalk Empire ou The Pacific, la série The Borgias - dont le double-épisode pilote vient tout juste d'être diffusé sur Showtime - fait partie de ces fictions de prestige qui ont pour ambition de faire date dans l'histoire de la télévision... Il faut dire que sur le papier, cette fresque historique avait de quoi être très alléchante : un sujet sulfureux (la Maison des Borgias, avec ses mœurs scandaleuses) ; une époque exotique (l'Italie du 15ème siècle) ; des moyens dignes d'une superproduction pharaonique ; un casting de choix avec dans le rôle titre le génial Jeremy Irons (Faux-semblants, Die Hard 3) et derrière la caméra le talentueux Neil Jordan (Entretien avec un Vampire)... Avec une telle histoire et une telle équipe, autant dire que la série The Borgias était attendue avec impatience par tous les téléphiles de la planète... Seulement voilà...
Ne tournons pas autour du pot et disons-le tout de suite : à l'issue du premier épisode, les premières impressions sont plutôt décevantes...

Il faut dire que Neil Jordan a su s'entourer de techniciens talentueux et qu'une direction artistique intelligente parvient à faire éviter à The Borgias les deux pires écueils qui planent au-dessus de toute série historique : le cheap et l'ostentatoire... Ici, ni carton-pâte ni vulgarité : c'est au contraire l'élégance qui prime... Il suffit d'admirer le travail de Paul Sarossy, le chef opérateur, pour s'en convaincre. Sculptée tout en clair-obscur - à la manière des peintres de l'époque - sa lumière est magnifique. Les costumes de Gabriella Pescucci - son origine italienne n'y est sans doute pas pour rien - sont eux aussi remarquables... Autant d'atouts qui font de la série un vrai petit bijou... À ce propos, faut-il le préciser ? Afin de profiter pleinement du spectacle, un visionnage en qualité HD s'impose...
Du point de vue de comédien, le constat est le même : chacun interprète sa partition à merveille... Jeremy Irons est excellent dans le rôle de Rodrigo Borgia et les seconds-rôles qui l'épaulent sont tout aussi crédibles. Mention spéciale à Derek Jacobi (Cadfael) qui joue un Cardinal Orsini tout en nuances.
Des moyens utilisés intelligemment... Une direction artistique impeccable... des comédiens qui donnent le meilleur d'eux-mêmes... mais alors d'où vient le problème ?

En matière de scénario, The Borgias était pourtant une série pleine de promesse... À plusieurs reprises, Neil Jordan a relié sa fresque télévisuelle au mythique film Le Parrain de Francis Ford Coppola : "C'est intéressant de remarquer que Mario Puzo a basé son livre sur la Maison des Borgias. C'est un peu comme si Le Parrain était ramené au 15ème siècle à Rome. Sauf que les Borgias étaient beaucoup plus sauvages que la famille Corleone".
Malheureusement, nous sommes encore loin du compte...
Attendue de longue date, la série The Borgias laisse donc sur sa faim à cause d'un scénario plutôt sage et didactique qui manque de surprises et de rebondissements... La nouvelle fiction de prestige de Showtime parviendra-t-elle à rééquilibrer le fond et la forme ? Seule la suite nous le dira...
