Le moins que l’on puisse dire, c’est que niveau séries télé, la diversité etait à l’honneur sur les Networks américains à l'automne 2008. Entre remise à jour d’anciennes licences (Le retour de K2000), transposition de séries étrangères (Life on Mars, Kath and Kim, Eleventh Hour…) ou concepts tous plus variés les uns que les autres (Pushing Daisies, Fringe, My Own Worst Enemy, Sons of Anarchy), il y avait vraiment de quoi faire son marché. Malheureusement, et même s’il y en a pour tous les goûts, le grand public n’est pas toujours enclin à donner sa chance à de telles nouveautés et nombreuses furent celles qui se sont ainsi annulées faute de plaire au plus grand nombre. Pourtant, personne n’est à l’abri d’une bonne surprise. Telle l’exception qui confirme la règle, Mentalist a ainsi débarqué sur CBS en s’imposant directement comme un des programmes les plus suivis aux côtés de Les Experts, Grey’s Anatomy et Desperate Housewives, avant d'arriver aujourd'hui sur TF1 pour notre plus grand plaisir.

C'est dans les meilleurs pots...
Un succès dû à un savant mélange d’inventivité et de classicisme. A première vue,
Mentalist pourrait faire figure d’énième cop show voyant chaque épisode s’ouvrir sur un nouveau meurtre à élucider. Et pourtant, la série initiée par l’ancien producteur et scénariste de
Rome Bruno Heller possède un charme hors du commun qui n’est pas étranger à la présence à sa tête d’un personnage aussi sympathique que singulier. Ce personnage, c’est Patrick Jane (Simon Baker,
Le Protecteur). Profession : Mentaliste. Comprendre : le monsieur possède la faculté innée de sonder les individus et de les guider en leur faisant croire ce qu’il veut. Une pratique qu’il utilisa jadis à la télévision pour y officier en tant que médium et qui attira sur lui l’œil de la police. Celle-ci, arrivée à une impasse et prête à tous les recours, lui demanda son aide afin d'alpaguer un dangereux tueur en série. Connu sous le nom de John le rouge, ce dernier n’appréciera cependant guère le portrait que Jane fera de lui aux médias (tourmenté, solitaire et pitoyable), et prouvera son mécontentement en privant cruellement l’imposteur de sa femme et de sa fille. Depuis, Jane a raccroché ses théâtralités et prête désormais ses services à une brigade du CBI (le bureau d’investigation de Californie), aidant ces derniers à résoudre divers crimes.
On pourrait croire en lisant ce pitch qu’à l’image de nombreuses séries du même type (comme par exemple
Esprits Criminels),
Mentalist sombre dans la morosité ou le réalisme cru et macabre, suivant un conseiller hanté et lugubre ressassant sans cesse sa tragédie passée. Il n’en est rien : arborant sans discontinuer un sourire charmeur et une bonne humeur rafraîchissante, Jane semble flotter sur un nuage et maîtrise les situations avec une maestria qui force le respect. A mi-chemin entre le Shawn Spencer d’
Enquêteur malgré lui (pour sa capacité à analyser le moindre détail), et le Charlie Crews de
Life (pour sa jovialité et sa perception décalée de la vie), Jane passe son temps à fureter là où personne ne l’attend. Cette technique, alliée à un culot monstre qui a le don de provoquer tant l’indignation que l’admiration de ses collègues, lui permet de dépasser la surface des choses. Le mentaliste ne se prive ainsi jamais d’aborder frontalement les suspects avec humour, tendresse ou compassion, gagnant leur confiance d’un simple contact réconfortant tout en explorant leurs réactions et leur environnement. C’est grâce à cette confiance qu’ils se confieront et finiront par révéler volontairement l’indicible.
Un concept rafraîchissant pour une série hors du communPsychologue de premier ordre aussi indépendant qu’indispensable, Jane s’impose comme l’idéal consultant d’une brigade qui, malgré ses grandes compétences, pataugerait sans doute dans la semoule sans son aide. Et quelle que soit la situation, Jane s’en sort toujours avec grâce. Qu’il s’agisse de la disparition d’une adolescente faisant partie d’une communauté de surfeurs, d’une mère soupçonnant son mari d’avoir tué leur enfant ou d’une jeune femme retrouvée amnésique et maculée de sang après que sa meilleure amie soit retrouvée morte, Jane arrive toujours à dégainer le bon mot et à trouver la bonne approche pour résoudre l’affaire. Il comprend les victimes, analyse leurs motivations et leur affectif avec précision, et contrairement à, par exemple, la Brenda Lee Johnson de
The Closer : L.A enquêtes prioritaires, possède ce statut d’indépendant qui sublime le principe du bon flic/mauvais flic. Pour le spectateur, il se place comme une sorte de super héros, il est vrai non dénué de faiblesses (ses déductions ne sont évidemment pas fiables à 100%), mais appréciable à plus d’un titre puisque s’imposant comme supérieur aux policiers de part sa logique débridée, tout en servant la même finalité qu’eux.
Évitant habilement la monotonie, les intrigues voient en quelques épisodes notre mentaliste vider les caisses d’un casino en quelques tours de cartes ou affronter une de ses anciennes collègues médium, dont il ne cessera de mettre en question la validité. Autant dire qu’on ne s’ennuye pas. Niveau casting, on retrouve ici avec plaisir la belle Robin Tunney (
Dangereuse Alliance,
Prison Break) en responsable de la petite équipe du CBI, accompagnée des impeccables Amanda Righetti (
Newport Beach), Tim Kang (
New York 911) et Owain Yeoman (
Generation Kill,
The Nine). Le show voit également défiler une belle galerie de guests stars avec les apparitions d’acteurs bien connus des amateurs de séries tels que Tim Guinee (
Stargate SG-1), Xander Berkeley (
24 Heures Chrono), Michael O’Neill (
The Unit), Gregg Henry (
Gilmore Girls) ou bien encore Andréa Parker (
Urgences). Enchaînant avec succès les stand-alones (ou épisodes à intrigue unique permettant aux spectateurs de manquer un épisode sans être perdus), la série permettra toutefois à Jane de se retrouver régulièrement face à l’impressionnant John le rouge, dont les quelques rares allusions réussissent à nous glacer le sang.
Jouant sans cesse sur un contraste évident (l’humeur joyeuse de Jane contraste évidemment avec une douleur intérieure qui, quand elle ressort, est d’autant plus émouvante),
Mentalist semble avoir trouvé le ton juste afin de rester captivante tout en délayant progressivement une touche d’originalité qui la démarque de la concurrence. Accompagné d’une équipe équilibrée dont les personnalités (sensibles, autoritaires ou machos) installent un naturel salvateur dans les rapports et l’évolution des intrigues, Patrick Jane s’intègre ainsi parfaitement et avec classe dans la grande tradition des séries voyant un civil spécialisé servir de conseiller à la police (
Monk,
Enqueteur malgré Lui,
Eleventh Hour). Un avantage certain alors que les chaînes, bien décidées à faire de ce genre une véritable mode, frétillent d’impatience de présenter leurs challengers. Aux États-Unis, la Fox aura apr exemple dévoilé
Lie to Me dans laquelle Tim Roth joue les détecteurs de mensonges vivants, alors que sur ABC,
Castle met en scène un Nathan Fillion auteur de polars à succès dont les meurtres sont mis en scène par un tueur fou. Pas de doute les conseillers ont encore de beaux jours devant eux, et Patrick Jane mène assurément le bal.