A l'occasion des diffusions conjointes de la Saison 1 (sur TF1) et de la Saison 4 (sur Canal +) de Dexter, la rédaction d'Excessif a vu rouge et s'est saignée pour vous livrer son Top 10 des serial killers. Il réunit aussi bien les tueurs en série ayant sévi au cinéma ou à la télévision, puisque les cousins de Dexter Morgan ont inspiré le grand et le petit écran.
Pour prolonger le plaisir, retrouvez nos dossiers sur la série : Dexter : premier épisode et Dexter - Héros de papier, héros de télé.
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- John Doe dans Seven (David Fincher, 1995) par Vincent Martini
Dire que Seven revient de loin est un euphémisme ; David Fincher, échaudé par l'expérience Alien 3, jurait ses grands dieux qu'il ne réaliserait plus le moindre long-métrage. C'était sans compter la liberté totale dont il put disposer sur Seven, une production New Line qui cherchait alors à sortir des sentiers battus des Freddy et autre Street Fighter. A l'aide d'un script retors signé Andrew Kevin Walker, Fincher donne naissance à John Doe, le tueur aux sept pêchés capitaux. Ce que le spectateur ne sait pas en découvrant le film, c'est qu'il entre pour un voyage sans retour dans un univers poisseux et désespéré n'ayant rien à envier aux écrits de Chandler ou Ellroy. A travers la croisade d'un homme incroyablement ordinaire, l'insaisissable John D. bien avant le Jigsaw de Saw, Fincher met en scène un implacable jeu pervers qui révèle les travers d'une société fatiguée. Aidé par les compositions musicales malades de Howard Shore (sans oublier les génériques, Closer, remixé par Nine Inch Nails), la photographie torturée de Darius Khondji, et les prestations de l'implacable trio Freeman/Pitt/Spacey, David Fincher ré-inventait le thriller macabre, celui du mal à visage humain.
2 - Eugene Victor Tooms dans X-Files (Harry Longstreet, 1993 / David Nutter, 1994) par PitouWH
Renouant avec le principe de la série Dossiers Brûlants tout en gardant à l'esprit le succès du Silence des Agneaux, Chris Carter surprit son monde en lâchant sur les écrans dès le troisième épisode Eugene Victor Tooms (excellent Doug Hutchison), un tueur en série mutant particulièrement terrifiant. Capable de se contorsionner et s'allonger à volonté, il peut en effet attaquer ses proies même quand celles-ci pensent être à l'abri de toute menace et, une fois repu de leur foie, hiberne pour trente ans dans un abri fait de papier mâché et de bile... miam... C'est sûr, le premier monstre qu'eurent à affronter Mulder et Scully laissa une très forte impression aux spectateurs estomaqués, au point d'ailleurs qu'il est l'un des seuls du show à avoir eu droit à un second épisode.
3 - Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991) par Nicolas Houguet
L'agent Starling, jeune recrue du FBI, enquête sur les meurtres d'un serial killer, Buffalo Bill, dont on retrouve les victimes horriblement dépecées. Pour débusquer cet individu passablement détraqué, elle doit prendre conseil auprès d'un psychopathe légendaire, surnommé "Hannibal le cannibale". Etrangement, c'est de leurs entretiens que naît le malaise, non des meurtres en série qui devraient constituer le coeur de l'intrigue. Il s'agit pour le terrifiant Docteur Lecter, psychanalyste dans le civil, de pénétrer les secrets les plus intimes de son interlocutrice. Elle ne peut rien faire contre sa perspicacité. Anthony Hopkins a créé là un personnage magistral, à la barbarie toujours suggérée, glaçant jusque dans ses moindres regards. Face à lui, Jodie Foster est vulnérable, incapable de lui résister. Il joue avec elle comme un chat avec sa proie. Alors que le meurtrier "Buffalo Bill" est une caricature grand guignolesque et un brin pathétique, le rusé cannibale est absolument fascinant. Son emprise est hypnotique, absolue et sublime le film de Jonathan Demme.
Norman Bates se classe dans le panthéon des tueurs en série au même titre que "Hannibal le cannibale". Ces personnages souffrent d'une pulsion inconsciente qu'ils ne dominent pas. Dans Pyschose, Hitchcock signe l'un de ses meilleurs films. Marion s'échappe de sa vie ordinaire avec 40 000 dollars. Sous une pluie battante, elle s'arrête dans un motel où le gérant n'est autre que Norman Bates, un homme solitaire et diablement dérangé. A partir de là, tout va basculer... S'il y a bien une scène à retenir, c'est celle de la douche : sanglante, dérangeante, époustouflante. D'autres le sont tout autant, à l'image de Norman Bates (incroyable Anthony Perkins) parlant avec sa mère décédée. Personnage torturé, Norman Bates s'inspire de l'un des plus célèbres tueurs en série des Etats-Unis, Ed Gein, surnommé le boucher de Plainfield.
5 - Dexter dans Dexter (James Manos Jr, 2007) par Geoffrey Crété Père de famille, époux attentionné, frère omniprésent, collègue agréable, serial-killer implacable, Dexter Morgan est depuis cinq ans le héros de Showtime. Celui qui est décrit comme "Le serial-killer préféré des Américains" sur les affiches promotionnelles soulève bon nombre de questions éthiques. En faisant du personnage principal un homme qui applique sa propre morale et sa justice personnelle sur le monde qui l'entoure, la série a consacré le règne du anti-héros. S'il est toujours un peu regrettable de voir les scénaristes donner une raison psychologique à Dexter pour lui permettre de réellement exister en tant que personnage - il a assisté, enfant, au meurtre sauvage de sa mère avant d'être recueilli par un père adoptif déséquilibré qui lui a inculqué un code de conduite - la perversion et le cynisme des relations entre Dexter et ses proches - la douce et équilibrée Rita, la fonceuse et fragile Deb - en font sans aucun doute une série remarquable. Construites sur le modèle d'un apprentissage de la vie - l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, la famille - les saisons s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Après des prémices fantastiques - notamment une deuxième saison absolument géniale qui mettait immédiatement Dexter en mauvaise posture - la série semble s'assagir, lentement mais sûrement, mobilisant des motifs nettement plus simples et transformant presque Dexter en gentil. Qu'importe, le final de la saison dernière a rassemblé un nombre record de spectateurs sur la chaîne câblée : Dexter est bel et bien un héros, et il devrait l'être encore un petit moment.
Que se passe-t-il quand un homme frustré et asocial se voit doté du plus puissant des pouvoirs ? Dans Heroes, la réponse est simple : il se transforme en psychopathe sanguinaire. Horloger à la petite semaine, Gabriel Gray devient ainsi Sylar quand, au détour d'une éclipse, il se retrouve capable d'accumuler les capacités extraordinaires. Pour se faire, le monsieur doit ouvrir le crâne de ses congénères afin de comprendre le fonctionnement de leurs habilités et de les reprendre à son compte. Une méthode qui pousse ce monstre à gagner en puissance en laissant littéralement derrière lui un chemin bardé de cadavres. Charismatique et redouté de tous avant même d'apparaitre à l'écran (il faudra attendre le huitième épisode pour voir la bête se dévoiler face caméra), Sylar sera malheureusement "victime" de son succès. Initialement considéré comme le grand méchant de la première saison, le personnage campé par l'excellent Zachary Quinto (depuis célèbre pour avoir campé le jeune Spock dans le Star Trek de JJ Abrams) a remplacé les autres héros dans le cœur d'une grande partie du public. Résultat, les scénaristes n'ont pu s'empêcher de le transformer en gentille victime, accablé par les effets secondaires de pouvoirs l'ayant rendu fou. Une astuce décevante à placer au même niveau que l'explication de la force par les midi-chloriens, et qui ruine toute la volonté malfaisante du concept de ce bad guy ultime. Dommage.
7 - Ben dans C'est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux / André Bonzel / Benoît Poelvoorde, 1992) par Nicolas Lemâle
Bricolé avec les moyens du bord par trois amis d'enfance, l'histoire, absurde et forcément belge, de C'est arrivé près de chez vous suit pas à pas, avec un style assez visionnaire, la vie sadico-burlesque du dénommé Ben, un serial-killer complètement cintré, qui pourchasse les petits enfants dans la forêt, dégomme son facteur et philosophe face caméra tout en composant des odes au canari. Bref, du délire, sauf que Belvaux (malheureusement décédé quelques années après cette révélation), Bonzel et Poelvoorde, pas dupes de leur farce, maquillent leur gaudriole en chronique réaliste et sordide d'une société rendue folle par sa misère sociale et son absence de valeurs. Ben devient l'amalgame de toutes les déviances et paradoxes du monde moderne, tandis que les sketches irrésistibles du jeune Poelvoorde se teintent au fil des minutes d'un malaise perceptible, qui culminera avec une scène de viol traumatisante. Presque vingt ans après, dans le genre "culte de chez culte", C'est arrivé près de chez vous reste une valeur sûre, qui n'a pas pris une ride.
8 - Dr Charles Walker dans Medium (3 épisodes, Glenn Gordon Caron, 2005 & 2006) par Vivien Lejeune Dès l'avant-dernier épisode de la première saison, « Une âme maléfique », les énigmatiques rêves d'Allison Dubois (Patricia Arquette) la confrontent au plus insaisissable des meurtriers en la personne du Docteur Charles Walker (Mark Sheppard) : violeur et assassin de 14 jeunes femmes au début du siècle dernier et bien décidé à remettre ça depuis l'au-delà via la bonne vieille technique de la possession des esprits... et donc des corps de complices (presque toujours) involontaires. Un petit jeu du chat et de la souris version fantastico-psychotique qui prend des proportions plus personnelles encore dans « le grand méchant loup », en milieu de saison 2, lorsque le fantôme s'en prend directement à Ariel, l'aînée de la famille Dubois... Diaboliquement charismatique et joueur sournoisement morbide, le Docteur Walker - vision moderne d'un croquemitaine humanisé - reste aujourd'hui encore le plus redoutable Némésis qu'ait eu à affronter Allison durant ces six dernières années et son ultime (double) apparition dans « démons intérieurs » continue d'en faire l'un des meilleurs personnages de cette série aussi atypique qu'addictive.
9 - Zodiac (David Fincher, 2006) par Anne-Louise Echevin
Après le génial Seven, David Fincher réalise un nouveau film de serial-killer. Le réalisateur serait-il obsédé par ces hommes-là ? Et, étrangement, Zodiac est avant tout un film sur l'obsession. Celle du tueur, qui n'arrive à exister qu'en tuant et en provoquant la police. Celle du jeune journaliste, qui ne pourra pas avoir une vie normale avant d'avoir trouvé qui est ce fameux Zodiac. Celle du policier, dont le devoir lui impose de traquer cet individu, et qui mène avec acharnement son enquête malgré les multiples obstacles. Pendant plusieurs années, le Zodiac massacre et provoque ceux qui le pourchassent. Tueur de génie, il laisse beaucoup d'indices pour que la police continue de le traquer, pour pouvoir exister aux yeux du monde. Mais il sait aussi suffisamment brouiller les pistes pour ne pas être démasqué. Finalement, le Zodiac ne révèlera pas sa véritable identité. Le pire dans tout ça ? C'est qu'il s'agit d'une histoire vraie.
10 - The Carver dans Nip/Tuck par Nicolas Schiavi
Au pays des apparences, The Carver joue de sa lame pour lacérer les rêves de jeunesse éternelle. Au sens propre, il n'est pas un serial killer. Plutôt un violeur en série qui aime décorer le visage de ses victimes d'un sourire façon Joker après les avoir paralysées. Sean McNamara et Christian Troy feront les frais de cette silhouette noir au masque de porcelaine durant des épisodes éprouvants et un cliffhanger glacial à la fin de la deuxième saison. Aux premiers abords, le Découpeur ressemble à une création inavouée de Dario Argento, un maniaque qui viendrait visiter Gucciland pour souiller la ville avec du sang et du sperme. Ensuite, il y a un véritable problème : la résolution de la saison 3 et l'identité du tueur/violeur tombent vite à plat. Ryan Murphy, créateur polémique d'une série protéiforme, ne sait plus trop quoi faire de sa monstruosité et au bout de 15 épisodes, on trouve le temps long. Toutefois pas assez pour oublier le traumatisme vécu par les deux chirurgiens esthétiques et qui a laissé son empreinte dans notre esprit sériephile.

