Les remakes américains de séries anglaises sont l'une des grandes tendances de cette année 2011. Mais font-ils vraiment le poids face à leurs aînées ? Premières impressions...

Par Geoffrey PLANKEELE - publié le 04 février 2011 à 18h18 ,
MAJ le 04 février 2011 à 10h09 - 2 commentaire(s)

Acteurs trop british, humour trop politiquement incorrect, local et/ou subtil, budget insuffisant, format incompatible : les raisons de lancer le remake US d'un show anglais peuvent être nombreuses... et rarement judicieuses. Résultat, pour chaque réinvention brillante façon The Office ou Queer as Folk US (5 saisons sur Showtime), on trouve en effet pléthore de séries avortées, soit au terme d'une première saison complète (Little Britain USA, Life on Mars US, Touching Evil/Les forces du Mal, Eleventh Hour US), soit après un simple pilote (Spaced/Les Allumés, The IT Crowd US), ou une poignée d'épisodes aux audiences désastreuses (Viva Laughlin, Coupling US, Teachers).

 

Alors que l'on parle d'une adaptation nord-américaine des séries Misfits et Nick Cutter et les portes du temps, dressons un premier bilan des remakes US de la cuvée 2011 :

   

Skins (2007-2011, E4) / Skins US (2011, MTV)

 

- Qu'est-ce que c'est ? Le quotidien et les frasques souvent trashs d'un groupe d'adolescents, entre drogue, alcool, sexe, et amitié.

- Avec qui ? En Angleterre, une distribution changeant régulièrement chaque année, et principalement constituée d'acteurs adolescents inconnus. Exception, dans la cinquième saison débutée ce 27 Janvier, la présence de Dakota Blue Richards, déjà aperçue dans À la croisée des mondes : la Boussole d'Or. Dans la version MTV, là aussi, les acteurs sont en majorité débutants.

 

- Par qui ? Père et fils, Bryan Elsey et Jamie Brittain ont créé la série avec un unique objectif : rester fidèle à la réalité. Pour cela, ils ont mis en place une équipe scénaristique jeune (21 ans d'âge moyen), et bénéficient de la liberté de ton de la chaîne payante E4. Aux USA, c'est MTV qui s'en mèle, en confiant à Elsey et à une équipe de jeunes scénaristes les rênes du remake.

Skins (US). Série créée par Bryan Elsley en 2010.
- Résultat ? Avec ses acteurs attachants, et ses personnages variés, la version anglaise a de quoi contenter tout le monde. Vous n'appréciez pas un personnage, ou une saison ? Pas grave, la saison suivante sera différente. Après une petite poignée d'épisodes, Skins US montre déjà, quant à elle, ses limites : censure inhérente à MTV (insultes bipées, etc), acteurs beaucoup plus faibles et transparents qu'en Angleterre, dialogues maladroits, et surtout un show souvent copie conforme (à la scène près) de son modèle. Seul vrai changement : le sexe du personnage gay de la série, devenu ici une cheerleader lesbienne certainement plus simple à marketer, et paradoxalement unique personnage du remake à se démarquer un minimum.

 

- Intérêt du remake ? Pas très grand. À moins d'un sursaut ou d'un virage rapide et radical de la version US, autant se procurer le show original. D'autant que la série de MTV, au cœur d'un scandale médiatique malgré sa relative fadeur, perd audiences et sponsors à la pelle...

 

 

Shameless (2004-2011, Channel 4) / Shameless (2011, Showtime)

 

- Qu'est-ce que c'est ? Le quotidien excentrique et parfois criminel d'une famille nombreuse et défavorisée d'origine irlandaise, entre drogue, alcool, sexe, et magouilles.

Shameless

- Avec qui ? Une distribution très fournie pour la série anglaise et ses huits saisons, avec notamment James McAvoy (Wanted, Narnia), et surtout David Threlfall, impérial dans le rôle du père de famille alcoolique brutal et dégénéré. Pour la version US, la famille Gallagher gagne en prestige, avec William H. Macy dans le rôle du père, Emmy Rossum dans celui de sa fille Fiona, Justin Chatwin dans le rôle autrefois tenu par McAvoy, et Joan Cusack.

 

- Par qui ? Créateur et scénariste de la série originale, Paul Abbott est un pilier de la tv UK, par ailleurs à l'origine de Touching Evil ou de State of Play. Aux USA, c'est John Wells, mythique showrunner d'Urgences, et des dernières saisons de À la Maison Blanche, qui s'occupe du scénario et de la production.

Shameless

- Résultat ? Ici, comme pour Skins US, on est souvent dans la photocopie du programme original. Mais contrairement à la série de MTV, Showtime permet à Wells de se lâcher : nudité, insultes, violence, politiquement incorrect, la série se permet beaucoup, et fonctionne plutôt bien. Ce que le show perd en cachet prolétaire et en vraisemblance crasseuse, acteurs américains obligent (Macy, notamment, reste un peu déplacé), elle le compense par un capital sympathie indéniable, et par quelques entorses au fil narratif original.

 

- Intérêt du remake ? Pour le moment, le jury délibère toujours. Le potentiel est là, reste à voir s'il sera exploité sur la durée.

 

 

Being Human (2009-2010, BBC 3) / Being Human (2011, Syfy)

 

- Qu'est-ce que c'est ? Les mésaventures comico-dramatiques d'un trio de colocataires atypiques : un vampire, un loup-garou, et une revenante.

Being Human S2

- Avec qui ? Seul rescapé du pilote initial recasté avant diffusion, Russell Tovey (exceptionnel loup-garou) est accompagné d'Aidan Turner, vampire aux allures de rock-star, et de Lenora Crichlow, l'agaçante Sugar de Sugar Rush. De l'autre côté de l'Atlantique, ce sont Sam Huntington (Superman Returns), Sam Witwer (Smallville, Battlestar Galactica) et Meaghan Rath qui reprennent les rôles, en compagnie de Mark Pellegrino (Dexter, Lost).

 

- Par qui ? Scénariste régulier sur Torchwood et Doctor Who, Toby Whithouse a créé la série pour BBC 3, et en a écrit la majorité des épisodes. Pour l'adaptation, c'est la maison de production canadienne Muse qui prend la relève, en confiant le show à Jeremy Carver (scénariste sur Supernatural) et à son épouse Anna Fricke (Men In Trees, Privileged).

Being Human, un remake de Syfy (2011) avec Sam Witwer, Sam Huntington, Meaghan Rath, et Mark Pellegrino.
- Résultat ? Being Human n'a jamais été une série exceptionnelle, ou exploitant pleinement son potentiel. À ce titre, le remake part sur des bases assez similaires : si l'on y perd le talent de Russell Tovey (remplacé de manière honorable par Huntington), l'on y gagne l'absence de Lenora Crichlow, qui dans la version UK pouvait se montrer polarisante. Quand à Sam Witwer, il délaisse le look rock-star torturée de son modèle pour un personnage plus monolithique et distant, ce qui pose parfois quelques problèmes d'alchimie avec le reste du cast.

 

- Intérêt du remake ? Rien d'exceptionnel, mais rien de honteux non plus. En somme, une quasi-copie de la première saison anglaise, mais plus terne, éteinte, et avec une illustration musicale assez envahissante. Un remake était-il vraiment nécessaire ?

 

 

Et impossible de parler de remake à l'américaine sans mentionner le cas un peu particulier de Torchwood : Miracle Day, prévu pour une diffusion simultanée sur la BBC1 et la chaîne cablée Starz.

En effet, alors même que ce bon Doctor Who est parti aux États-Unis pour tourner plusieurs épisodes de sa saison à venir, Russell T. Davies, son ancien showrunner, a mis les voiles pour l'Amérique, afin d'y continuer l'aventure Torchwood, en coproduction avec l'Oncle Sam.

Torchwood - Miracle Day - Logo - Une série BBC/ Starz avec John Barrowman, Bill Pullman et Eve Myles.

Au programme, dix épisodes écrits par un groupe de scénaristes britanniques - Davies, mais aussi John Fay (Torchwood s3 : les enfants de la Terre) - , et américains - Doris Egan (Smallville, Dr. House), John Shiban (X-files, Enterprise, Supernatural) et Jane Espenson (Buffy, Angel, Dollhouse, Firefly, Battlestar Galactica, Caprica...) - , mettant en scène une distribution toute aussi internationale : outre John Barrowman, Eve Myles et Kai Owen, qui reprennent leurs rôles originaux, on y retrouvera Bill Pullman (Independance Day), Lauren Ambrose (Six Feet Under), Dichen Lachman (Dollhouse), etc...

 

Bref, une extension américanisée de la série de BBC 3. Cependant, surprise : après deux premières saisons très inégales, et une troisième extrèmement sombre (mais à l'écriture et au rythme polarisants), l'on aurait légitimement pu supposer que le passage de Torchwood outre-Atlantique s'accompagnerait d'un ton plus léger, plus accessible à un nouveau public. Que nenni ! On nous promet une saison encore plus noire, désespérée, et choquante, au thème très adulte : si l'humanité n'avait soudain plus à faire face à sa propre mortalité (probablement suite à une intervention extra-terrestre, comme toujours chez Davies), comment gérer alors les maladies incurables et la surpopulation ?

 

Un potentiel certain qui, au vu des noms engagés à l'écriture, pourrait aussi bien donner lieu à une réussite qu'aller droit dans le mur... Réponse à l'été 2011.


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