Par David Brami - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 17h22 - 0 commentaire(s)
Dernière grande épopée spatiale télévisuelle en date, la nouvelle version de la série culte de la fin des années 70 Battlestar Galactica s'est achevée à la mi-saison aux États-Unis sous la bienveillance de son instigateur et scénariste Ronald D. Moore. Depuis, une question majeure se pose pour les fans de space opéra télévisé : après des années Babylon 5, Farscape, Andromeda et les spin-offs de Star Trek, quelle sera la future série à nous transporter au-delà des étoiles ? Si le téléspectateur averti et amateur d'intrigues de fond puissantes aura rapidement considéré le futur Stargate Universe comme un sympathique pis-aller, le nouveau projet de Moore s'annonçait comme LA série à suivre l'année prochaine, tant au niveau de son casting qu'à celui de ses très nombreuses thématiques. Jugez plutôt.


Au beau milieu de notre siècle (soit dans les années 2050), la Terre, forte de la découverte d'une technologie permettant enfin de voyager à des vitesses inconcevables de nos jours, entreprend de lancer le Phaeton, son premier vaisseau spatial long courrier. Lors d'une mission de dix ans en direction de l'étoile Epsilon Eridani, celui-ci et son équipage devront trouver, sinon une nouvelle forme de vie intelligente, tout du moins une nouvelle planète habitable par nous autres humains. Une mission d'autant plus importante que quelques mois seulement après le lancement de l'expédition, les scientifiques terriens ont fini par réaliser que notre belle planète bleue deviendra prochainement inhabitable. Et l'intégralité des yeux de la planète de se tourner vers le destin du navire, avec d'autant plus de passion que celui-ci est truffé de micros et de caméras, permettant à tous de jouir de cette épopée transformée en programme de télé-réalité (The Edge of Never) aux enjeux planétaires.

Initialement construite autour de l'envie des producteurs Gail Berman (Buffy Contre les Vampires, Angel) et Lloyd Braun (le futur Accidentally On Purpose avec Jenna Elfman) de se pencher sur la première expédition humaine vers Mars, Virtuality a rapidement pris des proportions bien plus dantesques afin de tenter d’égaler le drame se déroulant dans Galactica. Peu à peu, et forts de leur expérience sur la licence Star Trek, Ronald D. Moore et le producteur Michael Taylor ont commencé à introduire des éléments riches de possibilités, ouvrant la voie tant à une belle étude de personnages qu'à l'évolution d'un équipage de douze membres aux priorités et aux origines diverses, reflet parlant de notre société. Dans ce microcosme, nous retrouverons aussi bien des relations d'élève à mentor, que des relations extraconjugales, ou encore les inévitables tensions dues aux opinions divergentes de chacun concernant la marche à suivre ou les simples usages d'étiquette. Pour l'exemple, bien que tout le monde soit au diapason quant au déroulement de la mission, l'électricité est palpable quand le commandant ne consulte pas son équipage avant de lancer le vaisseau dans la suite d'aventures qui impliquera tout un chacun.



Pierre angulaire de ces ajouts au milieu de personnalités complexes et d'anticipations technologiques et sociales, l'implémentation d'une machine ouvrant à tous, via une paire de lunettes hi-tech, l'utilisation d'une simulation virtuelle incroyablement réaliste. Celle-ci leur permettra de relâcher la pression, de vaincre la claustrophobie ambiante et de s'isoler un temps pour faire le point ou se détendre. Ainsi, ils pourront s'imaginer à la montagne, à la plage, ou dans toute une galerie de scénarios fictifs allant de la reconstitution historique au fantasme à la Buckaroo Banzai (chanteuse reconnue internationalement et chasseuse de primes en même temps ? C'est possible !). C'est via cette petite idée, sorte d'ancêtre historique de l'holodeck de Star Trek, que Moore va s'en donner à cœur joie. Lors d'une de ces simulations, le commandant Frank Pike (à n'en pas douter en référence au Christopher Pike de Star Trek) va d'un coup se retrouver face à un protagoniste belliqueux, lui tirant dans le buffet à bout portant en l'appelant par son nom, une donnée qui viole les données du programme de simulation. Et cette figure d'apparaître progressivement dans d'autres simulations, avec des résultats tout aussi virtuellement traumatisants, allant du viol au meurtre.


Comme vous pouvez le constater, Virtuality joue sur tous les tableaux et s'annonçait comme une œuvre riche et dense. D'une part, les possibilités sociales sont nombreuses, tant entre les membres de l'équipage que dans leur rapport à la Terre. Cette dernière délivrera-t-elle en effet la vérité à ses spectateurs lorsque les évènements tourneront à la catastrophe ? Manipulera-telle les masses pour les focaliser sur les détails insignifiants du quotidien (qui a vidé le dernier pack de lait ?) comme elle le fait déjà de nos jours ? Quant à l'apparition de la figure mystérieuse suscitée dans le monde virtuel, elle aussi ouvre de larges horizons : Intelligence artificielle née d'un virus inopportun ? Passager revanchard ayant changé d'apparence ? Ou carrément projection extraterrestre ou divine destinée au choix à ouvrir les yeux de la race humaine ou à protéger une destination ne devant pas être découverte ? Et ce pilote de travailler sa filiation avec 2001, L'Odyssée de l'Espace et sa suite, tant sur le plan visuel que sur son rapport à l'inconnu et à l'étrange. Seuls les férus scientifiques viendront crier au scandale en entrant dans des considérations de relativité spatiotemporelle rendant ou non caduque l'aventure.



Sous la direction de la caméra de Peter Berg, qui nous a prouvé son aisance tant sur divers blockbusters (Hancock, The Kingdom) que sur les drames sportifs intimistes (Friday Night Lights), Nicolaj Coster-Valdau (New Amsterdam) s'impose en capitaine d'équipage souple mais confiant, seul à pouvoir gérer les petits soucis et les petites colères de chacun, tandis que Cléa DuVall (La Caravane de l'Étrange) retrouve son attitude d'adorable garçonne, tout en arrivant à nous tétaniser de détresse en un seul plan. Se joignent à eux une distribution tout aussi envoûtante (entre autres Joy Brant -Spider-Man 2-, Jimmi Simpson -Zodiac- et James D'Arcy -Rise-), donnant autant que possible du corps à cette entreprise qui varie entre le whodunit, la fable initiatique matinée de mystique et de SF (le final est lourd d'implications et de suppositions diverses) et le conte d'anticipation écologique et social.

Une belle réussite sur le papier et à l'écran, donc, mais qui ne connaîtra sans doute pas de suite : non retenu par la Fox afin de figurer l'année prochaine sur les grilles de programmation, Virtuality aura tout de même vu son pilote diffusé à l'antenne, mais dans des conditions pour le moins étranges. Tout d'abord programmé au début du mois de juillet, celui-ci fut avancé pour être proposé dès la fin juin. Mais ce qui aurait pu être une opportunité salvatrice pour la série s'est transformé en guet-apens puisque celle-ci fut diffusée un vendredi soir dans une case surnommée la Friday night Death Slot, une case qui valut déjà l'annulation à nombre d'autres séries, débutantes ou non (Fastlane, John Doe, Wonderfalls, Standoff, Firefly, Drôle de Chance, Terminator : The Sarah Connor Chronicles ou encore Mariés Deux Enfants et Malcolm, pour ne parler que de la Fox).



Comment s'attendre donc à ce qu'un simple pilote, diffusé qui plus est à la veille des vacances, arrive à dépasser les maigres 1,81 million de spectateurs ? Un score qui ne poussera vraisemblablement pas la chaîne à produire de nouveaux épisodes et à poursuivre l'aventure, pourtant incroyablement prometteuse. Sans doute que le show aurait connu plus de succès sur une chaîne plus adaptée (Sci-Fi ?). Reste donc à faire son deuil du programme la mort dans l'âme en attendant la suite du futur spin-off de Battlestar Galactica, Caprica, qui partage avec Virtuality une grande quantité de points communs. Quant aux grandes épopées spatiales blindées de questionnements métaphysiques, il faudra probablement prendre son mal en patience pendant encore un petit moment. Dommage !
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