En changeant de nom pour devenir Syfy le 7 juillet dernière, l'ancienne chaîne câblée américaine consacrée au fantastique et à la science-fiction Sci-Fi a décidé de se refaire une santé avec une nouvelle production riche de promesses. Warehouse 13 a en effet sur le papier tout pour satisfaire nos envies de fanboys, puisant son inspiration à la croisée d'œuvres cultes et fédératrices issues tant du petit que du grand écran.
Initialement scénarisé par des cadors du genre dont le créateur de
Farscape Rockne S. O'Bannon et la scénariste et productrice Jane Espenson (Buffy Contre les Vampires, Battlestar Galactica, …), Warehouse 13 va très vite mettre en relation deux agents gouvernementaux aux méthodes totalement différentes : carrée et observatrice, Myka Bering (Joanne kelly, Vanished,
The Dresden Files) croisera ainsi le chemin de l'intuitif et acharné Pete Lattimer (Eddie McClintock,
Allumeuses !, Desperate Housewives), ce lors d'une soirée où leurs efforts combinés sauveront la vie du président. Mais en guise de promotion, les deux futurs collègues vont découvrir que leur nouveau poste est loin de leur convenir. Sans plus d'explications, ils sont ainsi conviés dans une région perdue du Dakota du Sud afin de veiller à la sécurité du mystérieux entrepôt numéro 13. Décrit par le gardien des lieux comme le « Grenier de l'Amérique », ce gigantesque hangar abrite une quantité faramineuse d'artéfacts aux propriétés étranges et fantastiques que les sciences actuelles sont incapables d'expliquer.

Autre particularité de ce poste un peu particulier, détecter et rapatrier d'autres objets inconnus entrant dans cette catégorie. Ne désespérant pas un temps de s'affranchir de ce nouveau travail considéré comme ingrat, Bering et Lattimer vont en attendant accepter une première mission qui les portera dans une petite ville de l'Iowa, alors qu'un jeune homme aura agressé sa petite amie sans raisons. Mais ils découvriront que derrière cette agression se cache une ancienne malédiction qui n'est pas sans rapport avec l'illustre Lucrèce Borgia, une courtisane italienne ayant vécu entre le 15ème et le 16ème siècle, et dont l'insensée quête de bonheur s'est transmise dans un dangereux artéfact. Et le spectateur retrouvera ici très vite ses marques, entre les éléments tirés des séries X-Files et
Eureka, ou encore des aventures d'
Indiana Jones.
Si le concept de la série laisse la porte ouverte à tous les délires et à tous les fantasmes, ce premier double épisode souffre malheureusement d'un travail de réécriture maladroit. De nombreux passages semblent en effet forcés, tant au niveau de la découverte de l'univers de la série que de la mise en place des personnages : la structure métronomique des évènements manque de surprises et de naturel (mise en scène plate, rencontre chronométrée, passages obligés revus sans inspiration), et plusieurs dialogues et évènements censés guider le spectateur vont à l'encontre de l'intelligence supposée des protagonistes. On citera par exemple les agissements du personnage de Saul Rubinek (
Impitoyable, Frasier), un certain Artie Nielsen, gardien de l'entrepôt depuis de nombreuses années, mais dont les gesticulations inutiles et le manque de préparation lors d'une descente dans le ventre de la bête nous rendent on ne peut plus circonspects. Quant à la vétusté des équipements utilisés à l'époque du portable et de l'informatique high tech, elle est évidemment là pour préparer la future arrivée d'une petite génie rebelle, et donne à cette caverne d'Ali Baba un aspect plastique et carton des plus regrettables. Conséquences de l'absence de Rockne O'Bannon sur le projet final ? Il ne fait en tout cas aucun doute qu'en l'état actuel, la série a du travail afin d'élever son univers au niveau de ceux de
Sanctuary ou de
The Dresden Files.
Heureusement, tout n'est pas à jeter dans Warehouse 13, à commencer par une galerie de sympathiques interprètes. Si l'alchimie fonctionne plutôt bien entre ses deux protagonistes principaux, Eddie McClintock s'en sort avec les honneurs en affichant un faux air de David Boreanaz (que le monsieur a croisé dans quatre épisodes de Bones) tandis que le reste de la distribution, ce jusque dans les plus petits rôles, rappellera de très bons souvenirs à tous les amateurs de séries (CCH Pounder, mais aussi Gabriel Hogan et les futures participations de Joe Flanigan, Tricia Helfer, Mark Sheppard ou Michael Hogan). Et si la séquence finale rend hommage sans détours tant à
Les Aventuriers de l'Arche Perdue qu'à
Indiana Jones et le Temple Maudit. Les scénaristes ont également très vite pris le parti d'évacuer quelques squelettes dans les placards de nos deux héros afin de très vite passer à autre chose, et d'assurer au plus vite le statut épisodique de la série. N'oublions pas quelques trouvailles intéressantes (une amusante histoire de furets), ainsi que la présence d'une taulière de motel, qui si elle n'est pas sans rappeler la Beverly Marlowe d'
Eureka, a au moins le mérite d'apporter un peu de variété à la base des opérations.
Espérons donc que la mixture prenne vite, car avec de tels ingrédients, il faudrait vraiment être mauvais cuisinier pour ne pas sortir du four un programme à s'en lécher les babines ! Le public américain semble en tout cas s'être régalé, ce premier épisode ayant été suivi par 3,5 millions de téléspectateurs lors de sa première diffusion. Une performance record qui fait de ce pilote le troisième programme original le plus suivi de la chaîne après Stargate Atlantis et
Eureka. On a connu démarrage plus chaotique.