Daniel Grou, alias Podz, a réalisé les trois premiers épisodes de Xanadu avant de devenir le directeur artistique de la série. Interview.

Par - publié le 30 avril 2011 à 08h00
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Dès ses débuts sur la série Les Prédateurs, la talent de Daniel Grou, alias Podz, avait impressionné. Restant proche de la télévision de genre, il a fait son expérience sur Le Loup-garou du campus et Vampire High avant de s'imposer en France avec Minuit, le soir. Après plusieurs longs-métrages de cinéma, le réalisateur québécois impose son style sur Xanadu, série aussi singulière qu'onirique. Interview.

 

Propos recueillis par Nicolas SCHIAVI
Xanadu - Saison 1. Série française créée en 2011. Avec : Julien Boisselier, Vanessa Demouy, Jean-Baptiste Malartre et Gaia Amaral

Le style visuel de Xanadu est très accrocheur. Je pense notamment à un dialogue en champ contre champ en contre plongée entre les deux frères Valadine. Est-ce que votre mise en scène est instinctive ou êtes-vous du genre à tout storyboarder ?

Podz) Je ne fais pas de storyboard. J'aime voir ce que font les comédiens sur le plateau même si j'ai toujours un plan en tête. J'observe leurs déplacements, leurs comportements. A partir de là, ça se met en place pour moi. Je ne veux pas prévoir quelque chose et utiliser les comédiens comme des marionnettes. Dans le plan dont vous me parlez, les deux frères sont en train de parler de trahison, ils sont dans un rapport de force et je voulais montrer l'absurdité de leur conversation. Quand on les connaît, on sait que ni l'un ni l'autre ne vont aller au bout. Au niveau visuel pur, j'ai travaillé avec des filtres qui m'ont permis d'enlever le côté cru de la HD, surtout dans les blancs. Le reste, c'est de l'étalonnage. J'ai beaucoup travaillé en amont avec le directeur de la photographie pour faire naître le style de Xanadu.

 

A quel point laissez-vous de la liberté aux acteurs ?

Podz) Tous les acteurs ne peuvent pas improviser. Je leur dit toujours de noter les intentions de jeu et de se mettre les dialogues en bouche. Si leur improvisation garde le sens, ça me va. En général, au moment des répétitions du texte, je leur donne des indications de mouvements. S'ils veulent tenter des trucs, ils sont libres de le faire. J'ai l'impression que lorsqu'ils sont dans un cadre, ils peuvent mieux s'exprimer.

 

"Il y a un regard très féminin sur le sexe. C'est pour cela que c'est peut-être un peu plus froid. Les hommes ont tendance à romancer le sexe, les femmes sont plus franches avec le sujet."

 

Le scénario était-il très descriptif ?

Podz) J'ai surtout beaucoup discuté avec Séverine Bosschem. J'avais un bon sens de ce qu'elle voyait quand elle écrivait.

 

Il y a un plan hallucinant, quelque chose que l'on voit rarement à la télévision. Un plan séquence de quatre minutes qui clôture le premier épisode avec une fusillade. On retrouve le Gus Van Sant d'Elephant... Pouvez-vous nous parler de la construction de cette scène ?

Podz) Tout le monde me parle d'Elephant et c'est tout à fait vrai. Je n'avais pas encore vu le film mais je comprends la ressemblance. Je voulais que cet acte soit un coup d'éclat. Nous sommes allés sur le lieu de tournage et j'ai dessiné un genre de parcours. Un plan séquence est toujous stressant. C'est une chorégraphie. Je voulais qu'on vive cette fusillade en direct, en même temps que les personnages.

Xanadu - Saison 1. Série française créée en 2011. Avec : Julien Boisselier, Vanessa Demouy, Jean-Baptiste Malartre et Gaia Amaral

Comment le compositeur Get Well Soon est-il arrivé sur le projet et pouvez-vous nous parler de votre travail avec lui ?

Podz) On a écouté beaucoup de bandes démo. J'aimais Get Well Soon et j'ai eu la chance de le rencontrer. Je lui ai montré des images puis demandé des esquisses. C'est exactement ce que je voulais. La musique a été dans un premiers temps utilisée de manière traditionnelle, pour faire entrer le téléspectateur dans l'univers, pour les aider. Ensuite, elle vient renforcer la psychologie des personnages ou donner une autre information sur le sous-texte. Quand la musique supporte l'action, elle dit la même chose que l'image. Ce n'est pas intéressant.

 

Avez-vous discuté avec la scénariste, les producteurs et les acteurs de l'aspect dérangant de la série et des limites que vous deviez vous imposer ?

Podz) Arte a émis le souhait de ne pas édulcorer le scénario. Les scènes de sexe de Xanadu ne sont pas gratuites. Tous les acteurs savaient qu'elles véhiculaient un autre genre d'émotions. Tout le monde était à l'aise, juste un peu nerveux.

 

Les réalisateurs parlent souvent des histoires d'amour avec leurs acteurs et de la notion de désir à leur encontre. Comment ces deux aspects sont-ils présents dans le monde du porno ?

Podz) Je pense que c'est ce qu'Alex (Jean-Baptiste Malartre) revendique pour Elise (Gaia Amaral) dans la série. C'est pour cela qu'il n'aime pas le gonzo. Il n'aime pas la direction prise par le porno parce que le désir entre le réalisateur et les acteurs n'existe plus. Il y a du désir chez Lapo (Swann Arlaud). Il  aime ses acteurs, à sa façon un peu fêlée. Moi, je suis toujours amoureux de mes comédiens. J'ai tendance à m'adapter à leur humeur, à être triste quand ils le sont. J'ai besoin de les aimer.

Xanadu - Saison 1. Série française créée en 2011. Avec : Julien Boisselier, Vanessa Demouy, Jean-Baptiste Malartre et Gaia Amaral

La série parle de l'impuissance masculine à travers Laurent Valadine (Julien Boisselier)...

Podz) Il y a un regard très féminin sur le sexe. C'est pour cela que c'est peut-être un peu plus froid. Les hommes ont tendance à romancer le sexe, les femmes sont plus franches avec le sujet. C'est sur le plateau que les choses se sont souvent décidées avec Julien. Nous avons beaucoup parlé de son timbre de voix. Il fallait savoir sur quels mots il devait monter le volume.

 

Y a-t'il un personnage de Xanadu qui soit finalement épanoui ?

Podz) Non. C'est une famille brisée qui essaye de se reconstruire. Ils tissent à nouveau des liens. Chaque personnage est dans la frustration, la trahison, la déception. Ils n'ont pas pu vivre leurs rêves.

 

Est-ce que le conflit entre le cinéma porno traditionnel et le gonzo vous semble réfléchir la société actuelle ?

Podz) Totalement. Les gens ne veulent plus prendre le temps d'absorber. Ils veulent se remplir, pas se nourrir. On a intérêt à prendre le temps dans l'écriture et de regarder autour de nous. Le gonzo est juste un remède pour cinq minutes. J'ai aussi du mal avec les gens qui regardent les films sur un portable.

 

Une saison 2 ?

Podz) Cela dépendra des audiences ! Si cela arrive, j'aimerai co-écrire la série avec Séverine Bosschem.

 

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