Difficile de faire son trou dans le créneau surpeuplé des “forensic” (les séries sur les équipes spéciales de police, style Les Experts ou NCIS : enquêtes spéciales) et pourtant, la première création de Hart Hanson (qui a déjà officié sur
Amy ou Le monde de Joan) semble y être parvenu non sans mal. Lancé en 2005, Bones avait tout d'un nouveau plagiat des
Experts à la sauce adolescents : le pitch ressemble à s'y méprendre à la série avec William Petersen (il s'agit encore une fois des enquêtes menées par des scientifiques) et le ton affiche une légèreté qui renvoie plus volontiers à la dramédie d'un Grey's Anatomy. Néanmoins, il convient de souligner les origines atypiques de la « création » de Hart Hanson.
A l'origine, il y a une série de romans policiers écrits par l'anthropologiste Kathy Reichs mettant en scène le personnage de Temperance Brennan, elle aussi anthropologue. Cependant, Hanson préfère s'inspirer des cas rencontrés par l'auteur (ce qui confère au show, de manière inattendue, des allures de biopic) tout en reprenant le personnage de Brennan (surnommé Bones), au lieu de faire une simple adaptation de la série littéraire. A cela, on ajoute la volonté de resserrer les intrigues autour des personnages au détriment de la rigueur de l'enquête.

En raison de l'expérience de l'auteur, on remarque le réalisme apporté aux corps en décomposition, auquel viennent s'ajouter les multiples descriptions scientifiques de Bones et de ses collègues de l'institut Jeffersonian. Cette précision, a priori en contradiction avec l'apparente frivolité du show, n'est en fait que le reflet de la profondeur inattendue des personnages, ceux-ci passant leur temps à analyser leurs contemporains au risque de s'analyser eux-mêmes. Une psychologie qui nous est dévoilée au détour des dialogues obéissant au tempo de la comédie, avec des disputes dues aux antagonismes des protagonistes, soit la lutte récurrente entre l'émotionnel et le rationnel, parfaitement représentée par le duo vedette Booth/Brennan. Ce ton dramatique émerge de la comédie (d'où l'aspect lisse de l'ensemble), et confère pour le coup toute sa saveur à la série, offrant finalement une singularité devant des shows comme NCIS : enquêtes spéciales ou Numbers où la comédie (au détour d'une réplique ou d'un plan) émerge, elle, du drame.