Dans ce village représentatif du bloc de l’Est, le n°6 incarne les valeurs du bloc de l’Ouest : individuel et libre. La série offre donc un choc symbolique de ces deux cultures pendant 17 épisodes. Certes, je reconnais que cette analyse peut paraître simpliste et ne répond pas aux questions posées dans
Le dénouement mais c’est celle qui me semble le plus en adéquation avec la réalité de la série.
Néanmoins, en la ré explorant à l’avenir, je suis certain que d’autres évidences me sauteront aux yeux.
Le Prisonnier est un puits sans fond d’interprétations, invitant le spectateur à s’y perdre indéfiniment. Elle termine d’ailleurs comme elle a commencé (sa dernière image est aussi sa première) : la boucle est bouclée.
Idées reçuesLe prisonnier est une série d’espionnage.FAUXLe Prisonnier n’a aucune des caractéristiques d’une série d’espionnage et le n°6 est l’opposé de James Bond (un personnage que McGoohan a toujours abhorré). Cette confusion dans les esprits vient du fait que
Le Prisonnier a été tourné dans la continuité de
Destination Danger, vraie série d’espionnage pour sa part, et qu’elles avaient en commun le même interprète principal. Alors, beaucoup de spectateurs ont cru qu’il s’agissait de sa suite directe. Or, Patrick McGoohan a toujours fortement nié cette filiation. En effet, il souhaitait que son personnage soit un héros sans passé pour qu’il soit le plus universel possible. Le n°6 n’est donc pas John Drake, l’agent secret de
Destination Danger.
Le Prisonnier est une série OVNI, un genre inclassable, une « énigme allégorique » selon son propre créateur.
Le prisonnier est une série réservée aux intellos.FAUXC’est vrai qu’à force de l’intellectualiser,
Le Prisonnier est devenu le
Citizen Kane de la télévision : une œuvre qu’il est de bon ton de dire qu’on l’a vue, mais qu’on ne s’embêtera jamais à regarder. Or, à un premier niveau de lecture, le simple divertissement, la série est une vraie réussite et se révèle palpitante. Les scénarios sont surprenants et inventifs, avec leur lots de trahisons et autres retournements de situation, le décor pittoresque et l’univers graphique fabuleux. De ce point de vue là, il est aisé de comprendre la polémique autour de la révélation de l’identité du n°1 dans le dernier épisode
Le dénouement, car foncièrement incohérente et incompréhensible dans le cadre d’un simple divertissement. Quoique voir des fusillades sur fond des
All you need is love des Beatles reste assez savoureux !
Le prisonnier est une série surestimée. PAS TOTALEMENT FAUXCette idée reçue n’est pas totalement fausse et ce pour plusieurs raisons. Déjà dire que l’univers de la série est du au seul génie de McGoohan est faux. Il a repris à son compte de nombreux éléments figurant déjà dans les livres de Kafka, ce n’est pas par hasard si l’atmosphère de la série est souvent qualifiée de Kafkaïenne, et, à moins forte raison, le Village fait fortement penser au
Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (absence de sentiments, des habitants asexués…). Le tour de force de McGoohan est surtout d’avoir su intégrer ses éléments dans le format contraignant d’une série télévisée et d’avoir ainsi dynamité les codes habituels du genre. Par ailleurs, certains fans de la série voient en McGoohan un nouveau Nostradamus, un visionnaire qui aurait tout prévu. C’est vrai que
Le Prisonnier nous montre des téléphones sans fil, des cartes de crédit et la place qu’y ont les chiffres préfigure de notre ère du numérique. Mais l’aspect visionnaire de la série ne lui est pas particulier et s’inscrit dans le mouvement artistique des swinging 60’s où la création britannique était à son apogée. L’autre série culte
Chapeau Melon et Bottes de Cuir a, par bien des aspects, été tout aussi en avance sur son temps, l’évolution de la place de la femme dans la société en est l’exemple le plus criant.