Disponible en DVD depuis début Juillet sous la bannière des Editions Montparnasse,
The Staircase (
Soupçons) est une mini-série documentaire diffusée pour la première fois en 2004 et réalisée par Jean-Xavier de Lestrade, qui avait déjà remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2001 pour
Un coupable idéal /
Murder on a Sunday Morning. Dans cette nouvelle œuvre, le réalisateur a choisi de s’intéresser au procès de Michael Peterson, un écrivain américain accusé du meurtre de sa femme. Jean-Xavier de Lestrade a bénéficié d’un accès total à Michael Peterson lui-même, à sa famille, à sa défense et au procès. Il a tourné plus de 850 heures de films en 18 mois de tournage, et en a tiré six heures de documentaire divisées en huit épisodes. Le résultat est d’abord un véritable thriller au suspense magistralement orchestré, mais
The Staircase est également un fascinant hybride entre réalité et fiction, doublé d’une critique saisissante du système judiciaire américain.
Même si les évènements relatés sont réels, <
The Staircase se suit presque comme une série de fiction au suspense haletant : le montage est fait de telle manière que de nombreux rebondissements dans l’affaire ne cessent de relancer l’intérêt du spectateur pour ce qui se passe à l’écran. L’histoire n’est par exemple pas racontée de manière chronologique mais plutôt thématique, de telle sorte que chaque épisode se concentre sur un aspect particulier de l’affaire, et comporte son lot de retournements de situation. De plus, on se surprend à vraiment s’attacher aux différents protagonistes de l’affaire, comme Michael Peterson et sa famille. Presque comme des « personnages », leur caractérisation est particulièrement bien faite : de telles personnalités se détachent qu’on se dit qu’un auteur de fiction n’aurait pas pu inventer des personnages pareils (la substitut du procureur, notamment, est un vrai régal !). L’avocat roublard, le procureur acharné, le juge intransigeant, … Autant de figures imposées de la fiction procédurale qui se retrouvent dans cette tranche de réalité.

D’où le trouble qui naît pendant le visionnage de
The Staircase : tout ce qui est représenté ressemble tellement aux fictions dont les Etats-Unis nous abreuvent que nous sommes sans cesse obligés de nous rappeler que nous regardons un documentaire et des faits réels pour ne pas l’oublier. Cette confusion assez fascinante entre fiction et réalité est à mettre au crédit du talent de Lestrade, qui sait rendre la réalité documentaire aussi attrayante (voire plus) que la fiction (il faut dire aussi que l’affaire en elle-même est également particulièrement intéressante et riche en rebondissements). Mais les similitudes entre ce documentaire et la fiction témoignent également du souci de réalisme des Américains dans leurs productions. En France, il est évident en comparant par exemple le documentaire
Instants d’audiences de Depardon et la série
Avocats et Associés que fiction et réalité ne sauraient être plus éloignées. Dans
The Staircase, pour peu qu’on ait suivi la série
The Practice, par exemple, on se sent en terrain connu. Le documentaire de Jean-Xavier de Lestrade témoigne donc en filigrane des rapports plus qu’étroits entre réalité et fiction aux Etats-Unis. La fiction américaine est en effet toujours prédiquée sur la réalité car dans ce pays qui se construit à partir de l’immigration de populations étrangères, les médias ont un rôle de transmission des valeurs américaines et d’éducation.