PRESENTATIONDouche froide ou patate chaude, l’humour grinçant est la marque de fabrique de nos voisins « british » depuis Niven (
La panthère rose), Atkinson (
Mr Bean), Sellers (
Docteur Folamour) ou les Monty Python. Raffiné, subtil, efficace et corrosif, le monopole n’est plus réservé aux amateurs de thé mais s’exporte aux pays des burgers.
Weeds se jette dans l’histoire des séries « trash » et terrorise les démons tapis dans les recoins artificiels de la middle class américaine. « Little boxes on the hillside, little boxes made of tickytacky »… Aimer Dirt ou
Dexter revient à « kiffer » Courtney Cox ou Mickael C. Hall. Et bien, pour craquer sur
Weeds , il faut s’enflammer pour Marie-Louise Parker, sa nonchalance teintée d’accès de folie douce. Quand Nancy Botwin se retrouve seule à subvenir aux besoins de ses deux fils, Shane et Silas, elle opte pour un nouveau plan de carrière : la vente d’herbe. Agrestic, ça se mérite ! Alors, Nancy investit les quartiers chics, l’air de rien comme d’habitude…

Agrestic, Los Angeles. Les maisons sont en carton, les joggers courent à l’unisson et les petites filles se balancent en cœur avec la même blondeur, la même tête et la même fadeur. Dans la suffocation ambiante, la population aseptisée d’Agrestic (« caractéristique d’un lieu, d’un pays ») est à l’affût du moindre instant d’évasion, de détente et de réconfort, un remède contre la médiocrité et la tristesse de leur existence. Soucieuse du bien être de ses concitoyens, Nancy se lance à corps perdu dans le commerce des paradis artificiels et des éléphants roses. Plus que du beurre dans les épinards, ses activités s’avèrent être une véritable thérapie. Apprentie dealeuse dans les premiers épisodes, Nancy se vautre dans les codes de l’illégalité. Autant d’évasions procurées que de joie et de satisfaction retrouvées. C’est sur la vieille balade folk - « Little boxes » - de Malvina Reynolds que débute chacun des déboires de Nancy. Excursions chez son dealeur, réunions de parents d’élèves et escapades de femmes sont rythmées par le nombre colossal de
smoothies ingurgité et la multitude de « fuck » prononcée. S’hydrater, s’insulter, cultiver et dealer.
Jenji Kohan (Le prince de Bel Air,
Dingue de toi, Sex and the City) – la sœur de David Kohan, scénariste de
Will and Grace – créatrice et scénariste de
Weeds , met la perte d’identité d’une Amérique javellisée par des diktats quasi métaphysiques en parallèle avec les réalités insensées et travers « tartignolesques » de l’humanité. L’entourage azimuté de Nancy respire cette contradiction. Flanquée d’un profil presque chic de
cheerleader délavée, Célia n’hésite pas à subtiliser les chocolats de sa fille pour les remplacer par des laxatifs. Doug, personnage notoire d’Agrestic, tue le temps en fumant des pétards, accumule les délits d’initiés et détournements de fonds.
Weeds dépeint autant de personnages qu’il existe de contradictions, tournant en dérision toutes sortes d’extrémismes. Racisme, intolérance, indifférence, religion, politique, tout est prétexte à multiplier les degrés de lecture. Flic perverti ou voyou corruptible, latino ou afro, à l’endroit sur le capot ou à l’envers sur le bureau, les mamans aussi ont une libido les enfants ! L’aliénation la guette, la folie s’empare d’elle et la frappe, douce et inquiétante. Mais il y a toujours une limite, un bout de sagesse, un filtre anti démence qui la préserve des méfaits de la fumette et de la société. Au bord de la fracture, un dernier excès de sang-froid décontracté sauve la « case » et la smala. Si les situations dégénèrent, Nancy et Parker ont plus de force que toutes les petites frappes réunies. Soudoyer la bonne, s’allier aux pourris, cajoler les flics, rassurer les politicards ou justifier son commerce par l’assurance d’une vie confortable ou d’un bonheur absolue. Qu’importe ?
Weeds doit être appréhendé comme une succession de leçons de tolérance - absurde ou pas - ou comme les clefs d’un esprit
olé olé à la menthe poivrée. Et si c’était pour le fun, tout simplement ?
Weeds c’est comme un joint, un moment de détente forcément ponctué de dilatements de rates compulsifs.
Weeds c’est comme la vie, presque pas caricaturée. Une satire, mais toujours humaine.