Le vent souffle sur le comté de Durham dans l’Ontario. Telle une respiration morbide, il amène avec lui son cortège de nuages épais, empêchant peu à peu telle une épaisse couette cotonneuse, le soleil de percer. La clarté laisse alors place à des teintes grises violacées, seulement perturbées par l’ombre d’imposantes lignes électriques dont l’énergie semble faire doublon avec la tension électrique ambiante qui anime petit à petit les habitants de ce coin de Canada. D’habitude calmes et paisibles, les eaux de la rivière locale sont désormais la dernière demeure d’anges terrestres innocents, victimes de la monstruosité grandissante cachée dans le recoin de cette grande banlieue malade. Et avec ce cortège de cadavres, reviennent les esprits du passé.

Série de 6 épisodes diffusée en 2007 au Canada, Durham County est la preuve flagrante que le pays des caribous continue régulièrement de produire des perles télévisuelles n’ayant rien à envier aux programmes câblés de la grande Amérique. Inspecteur de police dans la ville de Toronto méthodique et talentueux, Mike Sweeney décide de revenir dans la petite ville de son enfance après que son partenaire soit tué dans une fusillade. Une tragédie qui achève de le l’ébranler mentalement après que celui-ci se soit lentement détaché de la dure réalité, prenant une maîtresse pour supporter l’impact de la récente chimiothérapie de sa femme atteinte d’un cancer du sein. Ne trouvant plus ses marques dans la grande ville et toujours sous l’effet de l’électrochoc, Mike et sa famille arrivent donc dans le comté de Durham, afin de retrouver un peu de stabilité et de repos dans une bourgade plus calme.
Mais le policier est loin de se douter qu’en lieu et place de son futur voisin, il retrouvera en fait son ancien meilleur ami du lycée, avec lequel il s’était violemment brouillé à la fin de ses études. Ray Prager, c’est son nom, avait à l’époque couché avec la petite amie de Mike, et celui-ci lui avait rendu la monnaie de sa pièce en lui rentrant (accidentellement ?) dedans en voiture, brisant sa jambe et par là-même ses chances de faire carrière dans le hockey sur glace. 20 ans plus tard, Ray est devenu le patron aisé d’une entreprise de plomberie, ami charitable et respecté de la communauté. Une carte de visite citoyenne qui contraste avec sa véritable nature puisque, récemment témoin silencieux d’un double viol conclu de façon morbide, Ray va peu à peu sombrer dans une spirale de violence alimentée par ses soudains changements d’humeur et ses fréquents accès de rage jusqu’ici difficilement réprimés.

D’entrée de jeu et contrairement à beaucoup de shows faisant durer leur suspense de façon inconsidérée, Durham County a pour elle le dévoilement immédiat de ses enjeux afin de s’attarder plus longuement sur une galerie d’ambiances sombres et de psychologie tortueuse. Passé un générique particulièrement travaillé, valse magnifique illustrée d’un mix entre l’introduction de Six Feet Under et l’imagerie lynchéenne, le show voit Ray assister, voyeur impuissant, à un jeu de séduction entre un homme et deux lycéennes, pique-nique au fond des bois faussement innocent qui s’achèvera cruellement. Perturbé par cette vision mais cédant à une curiosité malsaine, Ray va confidentiellement revenir sur les lieux du crime et profiter du spectacle immonde pour satisfaire ses plus bas instincts avant de réaliser qu’une des victimes n’est pas encore morte. Pris de panique, il va céder à la facilité promise par sa nature et achever la pauvre demoiselle. Un meurtre qui va lui ouvrir un monde de facilités puisqu’il lui sera désormais plus simple de résoudre ses différents problèmes de cette manière, en commençant par l’institutrice de son fils, désireuse de voir ce dernier intégrer une université de renom coûteuse.