Si l'adaptation d'un roman en série télé n'est pas nécessairement un exercice évident, celle d'un comic-book semble presque être un processus naturel tant les deux formats partagent leurs caractéristiques de base. A commencer par la mise en image, mais surtout, la diffusion : comme les séries télévisées, les comic-books se déclinent en épisodes avec dates de publications régulières et espacées dans le temps, usant ainsi des mêmes ressorts narratifs plus délicats à retrouver dans un one-shot, qu'il soit papier (roman) ou animé (film, téléfilm).
On trouvera dès lors dans le matériau d'origine des structures narratives idéales au format série : histoire courte, fils rouges sur plusieurs épisodes, retournements de situations, cliffhangers... Sans compter que l'univers du comic se prête à merveille à l'exercice de décompression narrative constituant l'outil numéro 1 de l'adaptation papier / télé. Ajoutez à cela qu'accessoirement, les comics se trainent une impressionnante fan-base, soit la sécurité d'un certain public à l'adaptation... pourvue qu'elle soit bonne.
Guère étonnant donc qu'il y ait eu des séries originaires de comics dès la naissance du format. Suivant à la lettre les scénarios originaux ou ne gardant que le concept de départ, elles ont en tout cas toujours sur marquer le paysage télévisuel (et faire découvrir à un nouveau public les bandes dessinées de départ).
Garder l'esprit
Il y a plusieurs façons de conserver l'identité « bd » d'une histoire... à commencer par en garder les codes graphiques ! Ce fut le cas du Batman des années 1960, (le chevalier noir y était interprété par Adam West), qui en plus de costumes et de décors hauts en couleur, faisait apparaître de véritables onomatopées dès lors que Batman ou Robin (Burt Ward) filait une rouste au super vilain de la semaine. On oubliera ici une vraie volonté de fil rouge, pour une structure qui a fait ses preuves : chaque épisode était découpé en 2 parties. A l'issue de la première, Batman était généralement coincé par le vilain de la semaine (sur le point d'être découpé par une scie à métaux, ou de tomber dans un bassin empli de requins) et il fallait attendre la semaine suivante pour savoir de quelle façon notre héros allait bien pouvoir s'en tirer (comprendre : quel compartiment de sa bat-ceinture allait-il ouvrir ?). Cette version comique ne fit pas l'unanimité parmi les fans de la bd, certains allant même l'accuser d'avoir ruiné le coté sombre du personnage. Pourtant il s'agit bien d'une série respectueuse du Batman dessiné de l'époque : dans les années 40, après l'apparition de Robin, Batman perdit en effet de sa noirceur. Les super-vilains passèrent du statut de meurtriers à cambrioleurs de haut vol, et les histoires, souvent absurdes, étaient en effet pleines de trous narratifs comblés par des gadgets délirants. Les tous premiers épisodes de la série furent même de rigoureuses adaptations d'épisodes du comic.
La meilleure adaptation télé des aventures du chevalier noir reste malgré tout dans le cœur des fans Batman - The Animated Series. Produit par la fox dans les années 90, ce dessin animé (qu'on aurait tort de croire calibré pour un jeune public) conservait en effet la noirceur originale du personnage de Batman comme de ses ennemis. A l'inverse de la série de 1966, Ghotam y est une ville sombre, corrompue, à la limite de la décadence. Le style graphique du à Bruce Timm achevait à donner un excellent ton à cette série d'animation, que l'on retrouvera plus tard dans Justice League.
Au rang des adaptations de l'uniders de Batman, on trouvera aussi la novatrice Batman Beyond (Batman : La relève en vf) et Birds of Prey (en vf : Les anges de la nuit), une courte, un rien kitch mais sympathique série centrée sur le devenir de Batgirl, qui (comme dans le comic original) finit dans un fauteuil roulant et devient l'ambigue Oracle, assurant la relève de son avatar masquée par une collaboration avec une nouvelle Batgirl ainsi qu'Helena Kyle fille de Catwoman... et de Batman lui-même. Une petite incursion télé auquel tout fan se doit de jeter un oeil.

