There is a fifth dimension, beyond that which is known to man. It is a dimension as vast as space and as timeless as infinity. It is the middle ground between light and shadow, between science and superstition, and it lies between the pit of man's fears and the summit of his knowledge. This is the dimension of imagination. It is an area which we call the Twilight Zone.
De son titre original The Twilight Zone - terme qui désignait également un territoire où aucune politique de défense n'était prévue pendant la Guerre Froide - La Quatrième Dimension est sans aucun doute l'anthologie fantastique la plus marquante, portée par l'inoubliable musique de Bernard Herrmann.
Concentré d'horreur, science-fiction et suspense, la première version de la série est composée de 156 épisodes indépendants, présentés par la voix-off du créateur Rod Sterling. L'anecdote veut qu'engager Orson Welles coûtait beaucoup trop cher et que Sterling se soit contenté d'une voix-off en début d'épisode avant de petit à petit vaincre sa timidité maladive. En choisissant le genre de la science-fiction, Sterling était convaincu d'échapper à la censure tout en ayant l'opportunité de s'intéresser à des thématiques sociales et politiques. Dans l'épisode Un matin noir, le soleil refuse de se lever dans une petite ville américaine où un noir est sur le point d'être pendu pour avoir tué quelqu'un en légitime défense. Peu à peu, l'obscurité s'étend à travers le monde, et la voix conclut l'histoire de manière glaçante : « Une maladie appelée la haine ; ni un virus, ni un microbe, ni un germe, mais un fléau. Hautement contagieux, mortel même. Ne le cherchez pas dans La Quatrième Dimension. Voyez le dans le miroir. Scrutez le, avant que la lumière disparaisse dehors. » Comme dans le meilleur de la science-fiction, l'intrusion d'un élément fantastique n'est qu'une image qui nous renvoie à notre propre condition et à nos limites - notons l'allusion des personnages à « une rue à Dallas, Texas, plongée dans le noir » référence évidente à la Elm Street qui a vu les derniers moments de Kennedy.
Et ce n'est pas un hasard si les militaires sont aussi présents dans la série. Envoyé aux Philippines pendant la Seconde Guerre Mondiale, Sterling en est revenu meurtri et abîmé, aussi bien physiquement que mentalement - il a été le spectateur impuissant de la mort d'un de ses meilleurs amis, écrasé par un colis tombé d'un hélicoptère. Hanté par des cauchemars fréquents et des réminiscences de ses expériences, Sterling a logiquement injecté de son vécu dans les histoires de La Quatrième Dimension.
Des personnalités comme Richard Matheson, Ray Bradbury et Charles Beaumont ont participé à l'écriture des scénarios. Annulée trois fois, La Quatrième Dimension renaît de ses cendres à deux reprises avant que Sterling ne décide que la fin était véritablement là. Mais avant cela, son anthologie aura donné naissance à bon nombre d'histoires inoubliables.
Retour sur quelques épisodes mémorables avec un avertissement pour ceux qui voudraient ne pas gâcher leur plaisir de spectateur.
Les trois fantômes (And when the sky was opened, episode 11)
De retour d'un vol expérimental durant lequel ils ont disparu des radars pendant 24h, trois astronautes reviennent sur Terre et réalisent peu à peu que les choses sont étrangement différentes. Notamment un des leurs qui dispraît brutalement, sans que personne ne puisse se souvenir de son existence. Un épisode très perturbant où les frontières entre la réalité et le cauchemar sont très floues.
L'œil de l'admirateur (The Eye of the Beholder, épisode 42)
Dans un monde où les gens physiquement différents sont reclus dans un village, Jane est une femme considérée comme monstrueusement laide. Comme tous ceux de son espèce, elle a droit à onze opérations pour avoir la chance de peut-être vivre parmi les gens normaux. Lorsqu'enfin ses bandages sont retirés et que le spectateur découvre le magnifique visage de la jeune femme, celle-ci réalise que tout le personnel hospitalier est monstrueux. Alors qu'ils laissent paraître leur déception et leur dégoût devant une personne si anormale, Jane s'enfuit dans les couloirs de l'hôpital, découvrant au passage la normalité d'une société où les nez, les lèvres et les yeux sont déformés, un endroit où l'homme au pouvoir ressemble fortement à Hitler. Emmenée de force dans le village réservée aux siens, la jeune femme entendra un de ses compères la consoler. « Tu sais ce qu'on dit, la beauté est dans l'œil de l'admirateur ».
" Maintenant les questions viennent à l'esprit. Où et quand se déroule ceci ? Quel genre de monde considère la laideur comme normale et la beauté comme une déviance de celle-ci ? Vous voulez une réponse ? La réponse est qu'il n'y a aucune différence. Parce que le vieux dicton dit vrai : la beauté est dans l'œil de l'admirateur, aujourd'hui ou demain, sur cette planète ou là où il y a de la vie, peut-être là-haut parmi les étoiles. La beauté est dans l'œil de l'admirateur. Une leçon à retenir... dans La Quatrième Dimension"
Y a t-il un Martien dans la salle ? (Will the real Martian please stand up ? episode 74)
Pendant une tempête de neige, les passagers d'un bus sont contraints de s'abriter dans un café isolé. Parallèlement, deux policiers sont à la recherche d'éventuels aliens dont le vaisseau s'est crashé dans les parages. La paranoïa s'installe lorsque le chauffeur de bus remarque qu'il y a un passager en trop. Chacun commence à accuser son voisin tandis que peu à peu, la tempête se calme. Pressés de quitter les lieux, tous les passagers décident d'embarquer dans le bus en prenant le pont qui est désormais accessible. Quelques minutes plus tard, un passager revient dans le bar, en expliquant que le pont s'est brisé et qu'il est l'unique survivant. Le patron du café s'interroge en voyant qu'il n'est pas mouillé. Le passager, qui ne connaît pas le mot « mouillé », sort alors son troisième bras pour attraper son café en dévoilant qu'il est un Martien, et que les siens sont sur le point de coloniser la Terre. Face à lui, le patron rit. Il retire son chapeau de cuisinier et révèle son troisième œil en expliquant que c'est trop tard, les Vénusiens ont déjà intercepté les Martiens.
Le Soleil de Minuit (The Midnight Sun, épisode 75)
L'orbite de la Terre a été modifiée. Notre planète se rapproche inexorablement du soleil tandis que les températures augmentent intensément. Cloîtrées dans leur appartement, deux femmes observent leurs réserves d'eau s'évaporer tandis que leur solidité mentale se fragilise. La première peint des paysages carbonisés, la seconde perd pied pour finalement s'évanouir et mourir. En voyant ses peintures à l'huile fondre, la première s'effondre à son tour. Lorsqu'elle se réveille, c'est la nuit noire. Dehors, un froid glacial. Tout ceci n'était qu'un rêve : l'orbite de la Terre a bien été modifiée mais la repousse dans les tréfonds du système solaire, loin de la chaleur de notre étoile. « N'est-ce pas merveilleux ce froid et cette obscurité ? » s'écrit-elle. « Si ma chère, c'est... fantastique. »
Cinq personnages en quête d'une sortie (Five characters in search of an exit, épisode 79)
Un clown, une danseuse, un soldat, un clochard et un musicien se réveillent dans une pièce blanche circulaire. Aucun ne se souvient de comment il est arrivé ici. Certains pensent que c'est un vaisseau spatial, d'autres, simplement l'Enfer. Après avoir cherché une raison, ils se décident à trouver une sortie. En s'aidant les uns les autres, ils parviennent à faire monter le soldat jusqu'au sommet de la pièce. Celui-ci tombe au sol et une main d'enfant le ramasse. Comme ses quatre amis, le soldat n'est qu'un jouet rangé dans une boîte.
« Juste une boîte, un coin sombre où sont gardés les contrefaçons, pièces pensantes de plastique et tissu, fruits d'un esprit humain déréglé. Mais une note d'espoir : peut-être ne sont-ils délaissés que lors d'un court instant. Dans les mains d'un enfant, ils ne peuvent être qu'amour. Un clown, une danseuse, un clochard, un musicien et un soldat. La distribution de ce soir sur l'étrange scène de La Quatrième Dimension ». Cette histoire aussi fascinante que déroutante sera le point de départ de Cube dans l'esprit de Vincenzo Natali.
Cauchemar à 20 000 pieds (Nightmare at 20,000 feet, episode 123)
Lors d'un voyage en avion, un homme voit sur l'aile de l'appareil une horrible créature en train de détruire les moteurs. Celui-ci tente d'avertir les gens qui, à chaque nouveau coup d'œil, ne voient absolument rien. Convaincu de l'existence du monstre mais effrayé à l'idée que sa femme ne le croie fou alors qu'il sort à peine du sanatorium, il décide dans un dernier élan de courage de voler l'arme d'un policier et ouvre une sortie de secours pour abattre la bête. Quasiment aspiré par le vide, il se retrouve en camisole de force tandis que l'avion, posé à terre, porte des traces inexplicables sur l'aile en question... Un des segments les plus connus de la série, tiré d'une nouvelle de Richard Matheson, dont l'épisode est un de ses favoris. L'histoire sera réadaptée dans le long-métrage.
Les envahisseurs (The invaders, épisode 51)
Une femme vit enfermée dans une vieille cabane, coupée du monde et de la technologie. Envahie par deux minuscules aliens, elle décide de les traquer pour s'en débarrasser. Comme dans beaucoup d'épisodes de La Quatrième Dimension, tout repose sur un twist terrifiant. Ici, alors que la femme vient de tuer un des envahisseurs, le second retourne à son vaisseau estampillé US Air Force en expliquant que les habitants de la planète sont géants. D'un coup de hache, la femme détruit le vaisseau.
Revenue sur les petits écrans dans les années 80 sous le nom de La Cinquième Dimension - avec derrière la caméra les jeunes Wes Craven, John Milius, William Friedkin ou Joe Dante - la série a également été adaptée sur grand écran par Steven Spielberg, John Landis, Joe Dante et George Miller sous formes de quatre segments. Le film est tristement célèbre pour avoir causé la mort de trois acteurs. Le crash d'un hélicoptère survenu pendant le tournage du segment de John Landis a tué deux enfants vietnamiens - illégalement engagés - et de Vic Morrow, père de Jennifer Jason Leigh.
Récemment, une nouvelle variation est passée inaperçue. Appelée La Treizième Dimension, elle est racontée par Forest Whitaker et a vu défiler devant la caméra bon nombre de comédiens connus dans le monde des séries - Katherine Heigl, Gil Bellows, Elizabeth Berkley, Rob Estes. La musique du générique a été composée par Jonathan Davis, membre du groupe Korn. Quelques scénarios de Sterling ont été repris, mais après une saison relativement mal reçue, la série a été annulée.
Depuis, La Quatrième Dimension est partie intégrante de la culture populaire. Sous forme de livre, de jeu vidéo ou d'attraction de Disney, la série est toujours dans les esprits et continue d'inspirer discrètement, de Futurama - qui parodie le célèbre générique - à The Good Wife -qui utilise le thème de Bernard Herrmann comme sonnerie de téléphone.

