Par Rafik Djoumi - publié le 19 avril 2008 à 13h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h22 - 0 commentaire(s)
Durant les années 70 et début 80, la France entre dans une crise paranoïaque à l’égard du Cinéma américain. Il devient très mal vu de citer ostensiblement le Western, et même difficile d’utiliser le Cinémascope ou le travelling sans éveiller des soupçons de connivence avec « l’ennemi ». Malgré tout, certains comédiens populaires savent toute la richesse d’évocation qu’ils perdent en tournant le dos à ce genre, et se débrouillent comme ils peuvent pour glisser des évocations westerniennes dans leurs films. L’affiche du Marginal, où Jean-Paul Belmondo porte le colt à la mode Rocco Siffredi, est un exemple amusant de ce genre d’évocation. Mais son polar Le Professionnel, bien que réalisé par un Georges Lautner en mode « téléfilm », pousse encore plus loin l’astuce : sur les accents de la musique d’Ennio Morriconne, Belmondo et Robert Hossein s’offrent un duel de quelques longues minutes intégralement emprunté à Sergio Leone. Comme prévu, la critique de l’époque s’acharne sur l’inoffensif objet.



Au milieu des années 80, le réalisateur Gilles Béhat tente de réveiller la verve populaire d’un Cinéma français anesthésié par des années de repli identitaire. Après avoir réalisé Rue Barbare sur un script de Jean Herman, il reprend à son compte les leçons de José Giovanni et part en Amérique latine, avec Bernard Giraudeau sous le bras, pour y réaliser Les Longs manteaux. Le titre est déjà bien évocateur ; l’imagerie l’est encore plus. La Cordillère des Andes remplace Les Rocheuses, mais on y porte tout aussi bien les santiags qui font « cling cling », et les fusils résonnent avec force. Les bad guys, affublés de costumes de généraux limite mexicains, parcourent leur territoire dans des trains tout droit sortis de la fin du XIXème. A la même époque, Robin Davis (déjà auteur d’une Guerre des polices sous influence) s’essaie au survival à la française en réalisant Hors-la-loi, et dans lequel des jeunes de banlieue (déjà) en plein fugue dans la campagne française, sont pris en chasse par des péquenots et des flics à peine plus aimables que la 17ème de cavalerie face à des sioux chahuteurs. Mais ni Les Longs manteaux ni Hors-la-loi n’attireront les foules en salle, et une nouvelle décennie de dèche s’abattra sur le Cinéma français.

L’amateur de westerns en sera pour ses frais, et il lui faudra attendre 2002 pour enfin goûter à la french touch éprise de « westernitude ». L’artisan du renouveau s’appelle Florent-Emilio Siri et son film a pour titre Nid de guêpes. On y chante en chœur le thème principal des Sept Mercenaires, et l’on y résiste, au cœur de forts métalliques, à l’assaut éreintant d’indiens tout droit débarqués des pays de l’Est. Inspiré par le Assaut de Carpenter, qui lui-même s’inspirait du western Fort Bravo de Sturges, Nid de guêpes rappelle à tous que certaines figures de style, certaines poses, certaines gestuelles, ont beau nous avoir été léguées par les yankees ; il serait idiot de ne pas en profiter et d’en faire quelque chose qui nous ressemble. Récemment, l’échec de Bluberry a, semble-t-il, condamné d’autres projets français qui gravitaient autour de l’ouest (dont le Dark Guns de Eric Valette). Mais il serait vraiment dommage que les producteurs s’en tiennent à un seul échec pour fermer la porte à plus de cent ans d’héritage cinégénique. La chanson française a parfaitement su intégrer le jazz à ses fondements. On espère que le Cinéma français aura cette même intelligence.


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