Mais passées les années 80, il a fallu réajuster le tir. Alors que d’une certaine manière, le Sam Beckett de
Code Quantum (1989, avec un mémorable Scott Bakula) pourrait également entrer dans la catégorie (si l’on oublie qu’il est forcé à la tache par une intervention divine et qu’il change les évènements plus qu’il ne les apaise), il faudra attendre 1996 pour que le genre trouve ses nouveaux héros. En pleine période de conspirations gouvernementales, c’est donc 3 ans après le lancement d’
X-Files que
Le Caméléon se lança lui aussi dans le business recommandable (mais peu nourrissant) de bon samaritain. Un business qu’il n’assura cependant pas à plein temps, trop encombré par une mythologie lourde et complexe qui le força la plupart du temps à enquêter sur sa propre personne.
Il faudra donc plutôt compter sur les plus modestes Chance Harper (D.B. Sweeney,
Drôle de Chance, 1995) ou sur Gary Hobson (Kyle Chandler,
Demain à la Une, de 1996 à 2000) pour empêcher les pires catastrophes d’arriver au quidam de passage. Les années quatre vingt dix étant marquées par le fantastique, nos samaritains seront tout de même aidés dans leur quête par des évènements hors du commun qui empêchent leurs aventures de se dérouler dans un monde réaliste et socialement crédible. Là ou Gary Hobson reçoit le journal du lendemain 24h en avance (se démenant alors pour prévenir les catastrophe qui en font souvent la première page), Chance Harper, comme son nom l’indique clairement, est tout simplement poursuivi par une chance incontrôlable qui, à son insu, le pousse toujours à découvrir miraculeusement les problèmes d’autres gens avec qui il n’a pourtant aucun rapport (pour les intimes, un peu comme la Jaye Tyler de Wonderfalls).
Aujourd’hui, et si l’on a la très mauvaise idée de faire l’impasse sur le merveilleux
Pushing Daisies (l’histoire d’un pâtissier qui ne peut s’empêcher de résoudre les problèmes des morts en les ressuscitant une minute pour leur demander les raisons de leur trépas), on constatera surtout que les chaînes câblées américaines se sont données le mot pour concurrencer HBO dans le rayon de la fiction réaliste. Exit donc les gags décalés et sans arrières-pensées, évanouis les avantages surnaturels de ces bienfaiteurs du dimanche. De nos jours, on donne dans le social réaliste et minimaliste. C’est un peu ce qu’avait tenté il y a quelques années le très vite annulé
Johnny Zero (comme souvent chez la Fox quand la série n’est pas un succès immédiat). La série mettait en scène un anti-héros moderne du nom de Johnny Calvo (
Franky G,
Saw 2 et 3 ainsi que la série
Smith), ancien videur fraichement sorti de prison et désormais forcé à aider son prochain. Malheureusement, la série pèche par des intrigues assez pauvres et par un personnage central plutôt mou (malgré une réputation de terreur), et il ne faudra pas compter sur un ensemble de relations dépeintes avec efficacité pour sauver la série. Qu’à cela ne tienne, A&E vient prendre aujourd’hui la relève avec
The Cleaner, le quotidien inspiré d’une histoire vraie d’un ancien prisonnier (encore une fois) bien décidé à secourir les familles mal en point ayant besoin d’une intervention d’urgence.