Et nous voilà arrivés au vif du sujet. Ce n’est un secret pour personne, depuis que Steven Spielberg a en 1998 lancé la mode de la fiction à la caméra portée, tout le monde y est allé de sa petite contribution. Pas que la technique n’existait pas avant, mais le
Soldat Ryan du maître a fait l’effet d’un tel électrochoc que même les films d’horreur se sont fendus de leur représentant avec le fauché mais efficace
Blair Witch dès l’année suivante. Résultat, les expérimentations et les films concepts du style continuent de pulluler tandis que récemment, pas moins de trois longs métrages fantastiques d’importance ont, non pas utilisé la chose comme un outil de narration original, mais carrément basé leur scénario sur l’utilisation de ce concept. J’ai nommé les déjà connus
Cloverfield,
Rec et
Diary of the Dead.
Mais alors que ces projets mettent généralement une bonne année à se monter, se tourner et passer de la post production au grand écran, la télévision nous prouve une nouvelle fois non seulement son inventivité mais sa réactivité aux évènements. C’est ainsi qu’en réaction à cette déferlante,
Supernatural, actuellement sorte de maître étalon du supernaturel traitant de tous les monstres et autres concepts possibles et imaginables comme l’avaient fait dans une certaine mesure Buffy contre les vampires et X-Files à leur époque, la série va non seulement traiter avec aisance du sujet, mais également offrir bien plus qu’une petite histoire qui fait sursauter parce que filmée par trois branquignoles qui courent partout.
Ainsi, l’épisode, scénarisé et tourné après une grève des scénaristes hollywoodiens qui a paralysé toute la production télévisuelle pendant plus d’une centaine de jours, prend celle ci pour prétexte tandis que lors de l’arrêt des programmes scriptés, les chaînes américaines ont fait subir une boulimie de téléréalité à leurs téléspectateurs. On retrouve alors les personnages de Harry Spangler (Travis Wester) et Ed Zeddmore (A.J. Buckley), déjà aperçus dans l’épisode 17 de la première saison (
A force de volonté/Hell House) et dont les patronymes font évidement référence aux Egon Sprengler et Winston Zeddmore de
S.O.S. Fantômes, tandis que l’épisode s’ouvre sur un monologue des deux bonhommes. S’adressant à d’éventuels producteurs TV susceptibles de les engager après la vision du présent montage, les deux zozos ouvrent d’entrée les hostilités : « Qui a besoin de scénaristes quand vous avez des types comme nous ?» et « Nous allons révolutionner le genre de la télé-realité !». Rien que ca.
Et alors que leur aventure commence camera à la main, l’épisode se pose comme une parodie jouissive d’une autre série,
Ghost Hunters, programme populaire mettant en scène une équipe d’enquêteurs du paranormal à la
Mystère chassant les phénomènes surnaturels lors d’épisodes dont le point culminant se résume parfois à un cadre qui bouge de 7 centimètres dans le noir ! Une preuve scientifique évidente ! Renommée pour l’occasion Ghost Facers, cette parodie met ainsi en scène avec humour, une véritable équipe de bras cassés, avançant faussement au ralenti après un générique tout bidon, et proposant les présentations bouffies d’orgueil d’acteurs pétris par un professionnalisme de pacotille. Poussant le concept aussi loin que possible, il faudra bien attendre une douzaine de minutes avant de voir débarquer Sam & Dean, déconfits d’avoir une nouvelle fois affaire à ces clochards de la caméra pendant une affaire qui, au final est tout ce qu’il y a de plus sérieuse.
On bascule alors dans l’action proprement dite tandis que, contrairement à
Rec ou
Cloverfield, la série va mettre en scène non seulement des personnages sachant réellement à qui ils ont affaire (et donc capables de réagir autrement qu’en gueulant dans tous les sens), mais va utiliser à bon escient son matériel afin de l’inclure sensitivement dans la narration. Exit les passages inutilement filmés (
Cloverfield et sa séquence des 50 étages d’escaliers) ou les effets de sursauts gratuits (j’te saute dessus en criant façon
Rec). La caméra est ainsi non plus un simple œil témoin ou un moyen d’archivage, mais un objet entièrement soumis aux évènements présents tandis que les perturbations surnaturelles altèreront son fonctionnement (même sans présence humaine) et prévient même de par ces interférences, de l’arrivée d’un danger imminent. Bien sûr, on argumentera (avec justesse) que les deux métrages suscités ont leurs avantages et traitent (plus ou moins selon les avis) bien de leur sujet. Mais force est de constater qu’ici, la caméra ne cherche pas à s’imposer comme un personnage dont on doit ressentir l’implication émotionnelle, mais réellement comme une caméra, à savoir un objet qui filme et qui témoigne froidement d’évènements non plus physiques, mais mystiques (un écho de mort, une disparition en direct lors d’une perturbation électromagnétique imperceptible venue de l’au-delà…).

Bien évidemment l’épisode ne cherche pas à faire sérieusement peur, et de nombreux éléments sont là pour en témoigner : on a ainsi droit au fantôme gay, à l’utilisation appuyée plus que de raison de certains poncifs du genre (la vision nocturne entre autres), à l’habituelle décontraction des professionnels que sont Sam et Dean, à la balourdise de l’équipe d’amateurs et de leur montage hilarant (chaque gros mot est bippé tandis que les bouches sont affublées de vignettes ridicules et que le programme est découpée par des jingles grotesques) et on arrive ainsi à être à la fois divertis, amusés, et pris encore une fois dans une intrigue pleine d’action.
Un second degré salvateur donc, tandis que les œuvres du genre affichent généralement un sérieux impartial qui a parfois pour conséquence d’exclure les sceptiques ou ceux qui attendent trop de telles expériences. Bien évidemment, cet « épisode à l’envers » (les précisions pré génériques (les noms des guests, réalisateur etc... sont placées pendant l’ultime séquence afin de souligner ce qui fait réellement partie du show et ce qui est considéré comme une vaste blague) remet les pendules à l’heure tandis que Sam et Dean déclareront d’un geste salvateur que de telles aberrations télévisuelles n’ont pas lieu dans leur monde (on se demande d’ailleurs s’ils agissent pour protéger le public de l’existence des phénomènes ou pour leur épargner l’irritant spectacle) et repartent vers le soleil couchant.

Par cet épisode, la série nous démontre ainsi que le format télévisuel arrive à traiter aussi bien que son grand frère un sujet pourtant difficile d’accès. Bien entendu, elle n’est pas la première à le faire et cela fait longtemps que nombre de programmes principalement policiers usent (au hasard The Shield) et parfois abusent (au hasard,
24 Heures chrono) du procédé. Mais à l’image des épisodes de
Mariés deux enfants (
22 vla le sergent Bundy de la 11ème saison) ou de
Earl (
Vu à la télé de la seconde saison) qui parodiaient joyeusement le programme
Cops, Supernatural propose une alternative réjouissante à la chose, s’insérant dans l’air du temps tout en arrivant à garder une identité inégalable et à ne pas perdre de vue sa narration et sa lisibilité. Bref, du grand divertissement télévisuel.
On termine comme promis par des photos du tournage du season final de la seconde saison d’
Ugly Betty, avec au programme une demande foireuse, des bisous et plein de Lindsay Lohan ! Enjoy, et comme dirait Tyler Durden : «
To see you next week ».