Les grandes vacances sont souvent l'occasion de traîner nos guêtres vers des contrées qui nous semblent bien loin tout au long de l'année. C'est donc le moment idéal pour visiter quelques bourgades tordues et autres métropoles en danger, cœur de menaces touchant parfois le reste de la planète. Après les Hamptons (Royal Pains) et Detroit (Hung) ces dernières semaines, nous avons donc cette fois rendez-vous au Pays de Galles pour y visiter la belle ville de Cardiff et son célèbre institut Torchwood. Mais avant de poser nos valises dans la capitale galloise, faisons un petit détour du côté de
Psychoville, une petite bourgade typiquement anglaise dont les murs pourraient bien sembler très familiers à certains.
Il y a un (tout petit peu) moins de dix ans, la chaîne comédie nous avait fait l'honneur de diffuser sur ses ondes une série anglaise totalement déjantée, nous introduisant à un monde aussi tordu et torturé que coloré de mornes couleurs et de grossiers personnages. Ce « monde », c'était celui de la petite ville de Royston Vasey, perdue aussi bien géographiquement dans le nord de l'Angleterre, que culturellement, entre les responsables d'une boutique de souvenirs chauvins et déviants, son chauffeur de taxi en attente d'un changement de sexe qui peine à venir, son vétérinaire tuant invariablement les petites bêtes qu'il tente de soigner, ou sa conseillère de l'ANPE locale, prête à tout pour imposer son incompétence comme modèle à suivre. Trois saisons durant,
Le Club des Gentlemen (
The League of Gentlemen en v.o., absolument sans rapport avec ceux, extraordinaires, d'Alan Moore) nous a traîné joyeusement dans la fange et la décrépitude autarcique d'une population de dégénérés congénitaux dont le pire cauchemar se réalisera quand un projet d'autoroute s'implantera à côté de chez eux. Une aventure qui s'achèvera via un final apocalyptique très justement intitulé
The League of Gentlemen's Apocalypse et un série de représentations théâtrales (
The League of Gentlemen are behind You) de sinistre et tordante mémoire.
Franc succès en Angleterre, la série a vu par la suite trois de ses quatre créateurs, interprètes et scénaristes se balader dans tout un tas d'œuvres à succès, de
H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique à Doctor Who en passant par
Shaun of the Dead et
Bienvenue au Cottage. Mais c'est peu de dire que l'esprit déglingué des créations originales de Jeremy Dyson, Reese Shearsmith, Steve Pemberton et Mark Gatiss nous manquait horriblement. Ô joie ! Cet été,
Psychoville viendra enfin nous sustenter de vannes débiles et de mise en scène outrancière. Si
Le Club des Gentlemen s'était focalisé sur la banlieue paysanne et ses déviances, c'est cette fois sur une galerie bien plus vaste et variée que trois de nos quatre trublions vont s'attarder (Dyson ne participant pas à l'aventure), et ainsi donner naissance à
Psychoville, diffusée depuis le 18 juin sur BBC Two.
Collectionneur fou de peluches enfantines, nain doté de superpouvoirs et ancien acteur porno, serial killer attardé vivant chez sa mère, clown manchot et vengeur ou infirmière/sage-femme persuadée que son poupon en plastique va enfin prendre vie, tous vont animer une nouvelle galerie de saynètes uniques, reliées par une atmosphère passablement morbide, et par l'intérêt d'un corbeau anonyme les menaçant de révéler un terrible secret au grand jour : tous auraient supposément participé à un meurtre d'envergure. Blagues à deux balles, réalisation bien trop travaillée pour être honnête, pas de doute, l'équipe est de retour. Et si
Psychoville souffre encore lors de ses premiers épisodes d'un rythme qui pêche parfois par volonté de trop en faire, ce zèle généreux mais balourd est compensé par la présence d'interprètes de choix comme Dawn French du duo
French & Saunders ou de Daniel Kaluuya (Skins). Du bon délire choral comme on aimerait en voir plus souvent.