Rappelez-vous, nous avions la semaine dernière abordé l’actualité télévisuelle en Grande-Bretagne. Et alors que nous pensions en avoir fait le tour, la BBC nous sort un nouvel As de sa manche. Nouveau programme à apparaître cette semaine, Wallander est un ensemble de trois épisodes d’une heure trente chacun, disposés à narrer les enquêtes d’un inspecteur de police suédois du nom de Kurt Wallander. Ce n’est pas la première fois que l’œuvre de l’écrivain Henning Mankell se voit adaptée pour la télévision puisque plus d’une vingtaine d’aventures ont été réalisées en Suède (9 furent des adaptations de romans), mais c’est bien la première fois qu’elle l’est dans la langue de Shakespeare. Un des gros points forts de cette adaptation : l’acteur Kenneth Brannagh incarne lui-même le rôle titre sous la direction de Philip Martin (
Bloodlines). Première chose qui frappe à la vue de l’œuvre, la direction artistique est absolument fabuleuse. Tournée à l’aide de caméras Red One (réputées pour être l’équivalent numérique du super 35mm au format 16:9), la série jouit de la direction artistique du directeur photo Anthony Dod Mantle (
Le Dernier Roi d'Écosse,
28 Jours Plus Tard) et nous présente l’inspecteur dans une première séquence fourmillante de tonalité riche et joyeuse, à mille lieues du drame qui va se dérouler sous nos yeux. Appelé afin de venir en aide à une jeune fille déboussolée, Wallander brandit son badge pour rassurer la demoiselle qui, effrayée, n’hésite pas à s’immoler en plein champ.

Commence alors une descente aux enfers qui plonge le spectateur dans un univers où de jeunes enfants atterrissent à l’hôpital après avoir voulu s’arracher les yeux des orbites, et où Wallander, perdu entre ses enquêtes sordides et une vie de famille en chantier, ne prend même pas le temps de s’arrêter pour stopper une agression se déroulant en pleine ville sous ses yeux alors qu’il traverse nonchalamment la ville en voiture pour rentrer chez lui. Une vision proprement apocalyptique du monde, servie par une photo léchée et la magnifique partition electro omniprésente de Martin Phipps qui ne jurerait pas, tantôt légère et entêtante, tantôt oppressante et haletante. Au milieu de ce travail d’orfèvre, Brannagh est impérial. Séparé de sa femme, affublé d’un paternel perdant progressivement la boule et d’une vie professionnelle qui l’empêche d’avoir une relation idéale avec sa fille, Wallander ressemble à une épave. Visiblement fatigué, bougon et au bout du rouleau, Brannagh porte sur ses traits la vie d’un homme blessé mais toujours debout. Comme un semblant du David Mills de
Seven ayant réussi à refaire surface et arborant inlassablement ses cheveux hirsutes et sa barbe blanche de trois jours.
Quant à l’intrigue de ce premier épisode, tirée du roman
Sidetracked (
Le Guerrier Solitaire chez nous puisque les romans existent en français), elle passionne et inquiète la première heure, poussée par une tension palpable et assommante (un serial killer insaisissable tue de hautes figures sociétales à la hache), avant de se révéler plus classique dans sa dernière partie, désamorçant de ce fait cette tension. A ce titre, Wallander vaut donc plus pour la peinture de ses personnages («
plus importants que l’intrigue elle-même » comme le soulignera le journaliste David Chater du
Times) et pour son exposition que pour sa résolution, éventée dès qu’un certain acteur bien connu des amateurs de teen-drama british apparaît à l’écran. Mais ne serait-ce que pour retrouver la performance de Brannagh et ses dilemmes intérieurs, ainsi que pour son ambiance et ses visuels bouleversants, Wallander vaut largement le détour. Pour le moment, deux autres épisodes (d’une heure trente également) seront diffusés à raison d’un chaque Dimanche soir ces deux prochaines semaines sur BBC One, avant que la production ne reprenne pour une seconde saison. Celle-ci ne devrait cependant pas voir le jour avant 2010, l’acteur ayant gelé tous ses autres projets pour s’occuper du tournage de l’adaptation du comics
Thor. L’occasion de redécouvrir en long et en large la série suédoise originale dont la première saison devrait ressortir dans une nouvelle édition le 1er Janvier 2009.