1. >
  2. >
  3. >
  4. >La fin Lost : les cinq étapes du deuil

La fin Lost : les cinq étapes du deuil

En finir avec Lost, c'est être confronté au processus de deuil selon Kübler-Ross. Négation, colère, tristesse, marchandage et acceptation.

Par - publié le 24 juin 2010 à 02h00 ,
MAJ le 27 juin 2010 à 18h25 - 0 commentaire(s)

Alors que le public américain a d'ores et déjà découvert la fin de Lost il y a un mois, TF1 vient de diffuser le dernier épisode de la série créée par JJ Abrams, Damon Lindelof et Jeffrey Lieber il y a six ans pour ABC. Au bout de 114 épisodes de mystères, d'amour, de science, de foi et d'ours polaire, l'une des séries phares du 21ème siècle s'est achevée dans la tourmente. Avec quelques semaines de recul, les rédacteurs d'Excessif ont souhaité s'exprimer sur The End, dernier chapitre clôturant une saga qui n'a pas fini de faire débat.

 

Lost

 

En finir avec Lost, c'est être confronté au processus de deuil selon Kübler-Ross, à commencer par la négation. D'abord, on refuse de voir partir un show tentaculaire qui a transcendé nos rêves les plus fous et a su amener une quête de réponses inégalable chez le spectateur. La frustration devenait le moteur du périple. Le moindre indice était source de débats incessants. Après 24 heures chrono et Jack Bauer, la télévision nous laisse une nouvelle fois orphelins. Un cycle s'achève, c'est certain. Qui viendra pallier l'absence de ces deux programmes cultes ? Comment vivrons-nous sans elles ? Ensuite vient la colère : Damon Lindelof et Carlton Cuse ne savaient manifestement pas où ils allaient. Ceux qui comme moi ont suivi fébrilement Lost depuis six ans, accepté en bloc les interférences narratives, les morts trop soudaines, les épisodes stériles, les "Nous devons y retourner" et autre "Ne me dites pas ce que je ne peux pas faire", ont été confrontés à l'impensable. Difficile d'accepter ce requiem cul-cul la praline, ce melting-pot ésotérique et rasoir où Sawyer et compagnie se prennent dans les bras pour un une réunion câlin. Rien ou presque sur la mythologie. Exit les liens entre flashsideways et réalité de l'île. La route a dévié. Rendez-moi ce qui a crée les palpitations viscérales de cette série monstre : la science-fiction mêlée de mysticisme. L'amertume se mêlant à l'injustice, la colère éprouvée est légitime.

 

Lost

 

Elle laisse place au marchandage, espace-temps où les idées se remettent en place, où l'on espère à nouveau que Lost est toujours le fabuleux divertissement né un jour de crash. On négocie son mal-être en se disant qu'un futur épilogue (The New Man In Charge) verra le jour dans l'édition DVD et Blu-Ray. Onze minutes de plus avec Number 1 Hurley et Number 2 Linus au pays de Dharma, des champs magnétiques et des spirales spatio-temporelles. Une maigre consolation. La tristesse nous interpelle alors. En disant adieu aux passagers de l'Oceanic 815, nous avons perdu un peu de nous-mêmes. Même si le chantage émotionnel était réel, ils vont terriblement nous manquer. Les souvenirs en mode image flash se succèdent avec nos larmes. Les rendez-vous sur l'île et à travers le temps son terminés. Il ne reste que la solitude et... l'acceptation. A l'image de ce qu'éprouve Jack, il y a une forme d'accomplissement dans ce dernier acte. Il faut se rendre à l'évidence : nous ne serons plus jamais les mêmes spectateurs. Lost nous a formés à la série multi-genre où l'on s'interroge sur ce que l'on voit, même si le voyage valait plus que la destination finale. Un genre d'éducation absolument excitante à l'image et au son. Après la lumière blanche, quel futur nous réserve le petit écran made in America ?

 

Je terminerai en disant que la force de Lost venait du fait qu'elle filmait l'invisible, alors que nous devenions des miroirs à fictions. Jamais une série Tv (à part X-Files peut-être) n'a su mieux se servir des peurs intestines et des démons intérieurs de son public. Il n'y a rien de plus obsédant que d'être effrayer par soi-même. C'est ce que le cinéma et la télévision ne cessent d'oublier au fil de ces années marquées par le perfectionnement numérique et l'abattage systématique d'effets appelés spéciaux. Cet audiovisuel là, à force de tout montrer, ne démontre plus rien...

Nicolas SCHIAVI


Vos réactions


logAudience