Pourtant en 2001, HBO (True Blood, Entourage) avec l'aide de Tom Hanks (Forrest Gump) et Steven Spielberg (E.T), décide de faire revivre aux téléspectateurs le débarquement allié sur les plages normandes en Juin 1944. Band Of Brothers (Frères d'Armes) était né. Sans le savoir, HBO venait de lancer la nouvelle vague des séries historiques. Dotée d'un budget record, d'un casting cinq étoiles (Damian Lewis, Donnie Wahlberg, Kirk Acevedo, Michael Fassbender, Simon Pegg, David Schwimmer), la série impressionne et pose de nouvelles bases.
Le crédo de cette nouvelle vague pourrait se résumer en trois mots : pas de concession. Rien n'est refusé aux créatifs qui se permettent toutes les folies. Formellement, c'est soigné à l'extrême, on se croirait dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Jamais une série (minisérie en l'occurrence) n'avait été aussi proche du cinéma. L'autre virage important prit est une certaine démystification des héros qui étaient mis sur un pied d'estal. Ils ont visages humains, et surtout tous mis sur le même plan, ou presque (alors que le casting était conséquent).
Pourtant, on sent que le fantôme de l'ancienne génération n'est pas loin : Band Of Brothers n'est qu'une transition. Elle garde quelques réminiscences du passé, à savoir en premier lieu un manicheisme toujours très présent et un discours, qui au fil des épisodes fait quelque peu penser aux séries d'antan, entre patriotisme exacerbé et glorification, comme a pu le faire dans un même genre (ou presque) la romance guerrière Nord et Sud (vous noterez encore une fois la qualité de mes exemples) avec Patrick Swayze (Ghost) et David Carradine (Kill Bill).
Mais l'essentiel était là. La porte était enfin ouverte. Il faudra attendre 2004 pour voir le premier maitre étalon du genre : Deadwood de l'illustre David Milch (John From Cincinnati). Encore une fois c'est HBO qui s'y colle et c'est du pur plaisir, tout y est : une distribution parfaite (Timothy Olyphant, Ian McShane et Brad Dourif en tête), une réalisation digne des plus grands (Walter Hill à la réalisation du pilote) et un sous texte très osé. Deadwood opère une déconstruction du mythe du Western mais aussi de la série historique. C'est audacieux, impertinent, subtilement écrit (les dialogues sont exquis). Il garde pour seul base avec les séries de l'ancienne génération, le mélange de personnages et d'événements réels et fictifs.
A partir de là, c'est le feu d'artifice : Rome (par Bruno Heller créateur de Mentalist) qui révolutionne le péplum (et qui ruine les chaines productrices avec un budget pour la première saison s'élevant à 100 millions de Dollars). C'est démesuré, plein de bruit et de fureur, sans aucune concession.
The Tudors sur Showtime (Dexter) en 2006, avec Jonathan Rhys-Meyers est une vision très glamour de la période de règne de Henry VIII. Comme Sofia Coppola a pu le faire avec son Marie Antoinette, la série instaure d'emblée le roi comme une icône pop. C'est qualitativement bien en dessous des deux séries précédemment citées, mais les libertés prises et le traitement moderne en font un curieux objet.
Enfin il y a Mad Men, avec le toujours très classe Jon Hamm, qui rassemble tous les standards des séries citées plus haut en y ajoutant l'esprit des années 60, jouant avec la période classique, hollywoodienne ou sérielle. Ou comment être un fer de lance de la nouvelle vague avec un matériel rappelant l'ancienne génération.

C'est donc une période charnière pour la série historique, car de toutes les séries de la nouvelle vague, il ne reste plus que Mad Men encore diffusée (saison 4). La relève doit donc se mettre en route. The Borgias de Showtime avec Jeremy Irons est le successeur désigné de The Tudors tandis que Boardwalk Empire sur HBO (par Terence Winter et Martin Scorsese) prenant place dans l'Atlantic City des années 20, offrira une nouvelle série historique à la chaine. Le coup élevé de ces séries de nouvelle génération, les condamne à une plus faible durée de vie que celle de l'ancienne génération. C'est donc un genre, si il reste dans cette optique , qui peut avoir de nombreuses difficultés pour perdurer. Ces séries historiques ont finalement les défauts de ses qualités.

