L'objectif premier d'une série télé est de rassembler autant de téléspectateurs que possible devant le petit écran. Pour ce faire, les équipes en charge de ces productions télévisuelles ont recours à bon nombre d'outils comme un visuel soigné, un casting charismatique, une écriture des scénarios aux petits oignons, des cliff-hangers haletants... Pourtant, il existe une donnée qui pourrait diviser le public et qui est à présent banalisée : l'utilisation d'un vocabulaire scientifique.
En effet, l'emploi de ce type de langage pourrait décourager plusieurs tranches de la population de suivre les aventures de leurs héros. Le champ sémantique utilisé aurait pu devenir une barrière contre l'adhésion du public, en somme un potentiel obstacle à l'ambition fédératrice requise pour un feuilleton. Ainsi, dans la mesure où nous ne comprenons pas un traître mot de ce que disent les personnages, nous pourrions nous demander pourquoi regarder la fiction.
Pourtant, plusieurs succès nous prouvent que les concepts de langage de spécialiste et de succès populaire ne sont pas incompatibles. C'est ce qu'a prouvé en France Urgences, la série médicale créée par le défunt Michael Crichton. Mais l'analyse suivante est tout aussi valable pour Grey's Anatomy ou Dr. House.
En premier lieu, il faut d'abord considérer le milieu particulier dans lequel évoluent les personnages : la science, et plus particulièrement la médecine. Dès lors, il n'est pas étonnant de voir les protagonistes débiter un langage rempli de mots techniques que l'individu lambda ne peut comprendre. Un individu qui, pourtant, ne rechigne pas à visionner l'épisode suivant. Ici, il faut prendre en compte la compréhension du téléspectateur de la représentation de la réalité qui lui est offerte. Ce téléspectateur a conscience que l'un des buts de la fiction est de le plonger dans un environnement (en l'occurrence, les coulisses d'un hôpital), dont il n'arriverait pas à comprendre le sens des mots en situation réelle tels que les maladies rares, le nom des organes ou des instruments chirurgicaux. Le langage est donc bien là un outil pour les scénaristes afin de crédibiliser la situation, et l'utilisation d'un vocabulaire sophistiqué fait partie du contrat entre le public et la fiction. Pour assurer la véracité de la situation, et par extension l'adhésion du public, l'emploi de termes scientifiques est nécessaire
Cependant, parallèlement à la diffusion dans l'Hexagone de Urgences, nous avons pu voir une autre série d'un genre différent, le fantastique et la science-fiction, utiliser ce même type de langage dans un but similaire : The X-Files. Dans celle-ci, le personnage de l'agent Scully est une scientifique confrontée à des phénomènes paranormaux. L'utilisation d'un vocabulaire sophistiqué sert non seulement à donner une réalité à ces phénomènes censés se dérouler dans un monde semblable au nôtre (elle évoque des maladies réelles et des déformations d'ordre naturelle pour fournir des explications rationnelles), mais aussi à crédibiliser son statut de femme de science, ce qui la renvoie aux médecins de Urgences. Néanmoins, le personnage de Scully dénote un emploi abusif de ce statut, en raison de bon nombres d'erreurs, comme des vulgarisations trop approximatives ou des lapsus dans les termes techniques. En fait, avec elle, nous nous retrouvons dans un cas où la forme (elle apparaît en « savant ») prend le pas sur le fond (« l'exactitude des informations »).

