Weeds occupe une place particulièrement intéressante dans le paysage télévisuel américain. Le sujet et les personnages étant tout bonnement déglingués, ils en feraient presque oublier l'audace purement scénaristique de sa créatrice, Jenji Kohan, qui ne recule devant rien pour narrer les aventures rocambolesques de Nancy Botwin dans une série qui déclinait à ses débuts la formule de Desperate Housewives ; en seulement cinq saisons, soit deux de moins que celle de Marc Cherry, Weeds aura été nettement plus loin. Tout comme les scénaristes de Lost et Battlestar Galactica, elle aura pris des directions pour le moins étonnantes, au risque de perdre sur la route un certain nombre de spectateurs.
Dans les derniers instants de la troisième saison, Nancy observait son quartier résidentiel disparaître dans les flammes après avoir intentionnellement incendié sa maison. Depuis lancée sur un nouveau terrain de jeu, la mère de famille la plus irresponsable du petit écran s'était attiré un certain nombre de problèmes en fricotant avec Esteban Reyes, le Maire de Tijuana - forcément pourri jusqu'à la moelle puisqu'à la tête du trafic de drogue - jusqu'à se retrouver à nouveau mère, enchaînée dans la vie de son mari tout en étant discrètement menacée par Pilar, sa chargée de relations publiques. Tout au long de la cinquième saison, celle-ci s'était lentement imposée comme un barrage dangereux, insensible aux charmes de l'héroïne. Deux femmes fortes qui s'affrontaient ponctuellement jusqu'au dernier épisode, qui laissait imaginer une guerre sans pitié entre elles. C'est à ce moment précis qu'un maillet de croquet, surgi de nulle part, est venu mettre un terme définitif à toute cette affaire. Ce Deus Ex Machina démentiel donne un nouveau coup de poing inespéré à Weeds, qui tendait comme son héroïne à s'assagir - un bien grand mot vu la personnalité de Nancy, mais osons-le. L'arrivée d'un bébé, le mariage, l'amour, la maison semblaient promettre un ralentissement inenvisageable pour une série qui carbure plus vite que n'importe quelle autre. Aussi, quelle meilleure manière de remonter l'adrénaline d'une poignée de personnages qu'en les forçant à tout quitter dans la hâte pour leur propre survie ?
C'est donc en toute logique que ce premier épisode ennuie par sa lenteur. Les dés sont jetés, le corps est noyé, les preuves sont momentanément camouflées, et tout le monde se prépare à quitter les lieux. Nancy dirige à nouveau un spectacle au sein duquel chacun reprend son rôle pour la suite, et dans la hâte, un certain nombre de détails sont réglés. Le meurtre en lui-même, plus symbolique dans son utilité dramatique que narrative, est rapidement assimilé, et peu de place est laissée à la réflexion. Victime de sa propre lâcheté, Andy est quitté par Audra, et retourne bien sagement vers sa belle-sœur pour la suite des évènements. Aux abonnés absents : Celia et Doug. Elizabeth Perkins, désormais lancée dans une carrière ciné et sa propre sitcom en développement, avait souhaité quitter une série dans laquelle, de toute manière, elle n'occupait qu'une place superflue depuis quelques temps. Le second n'est pas évoqué non plus, mais reviendra apparemment par la suite pour assumer les conséquences de choses qu'il ignore. Supposons donc que ces deux arguments purement comiques sauront trouver leurs remplaçants dans le courant de la saison.

