S'il y a bien quelque chose qui a changé cette décennie aux yeux des spectateurs de tous poils, c'est la manière dont les séries télé se sont imposées comme un média à part entière, tout aussi digne qualitativement que le cinéma. La faute à l'arrivée d'une part de blockbusters télévisuels entêtants, friqués et diablement addictifs comme 24 heures chrono et son intrigue dynamite à rallonge, et d'autre aux séries câblées dont les ressorts dramatiques et la propension à un réalisme véritable nous ont touchés dans notre chair (Six feet under, pour ne citer qu'elle). Pour fêter dignement la fin de cette décennie télévisuelle, nous avons donc demandé aux membres de la rédaction de définir quelles séries, créées après l'an 2000, avaient d'après eux joué un rôle d'importance dans le façonnement du médium télévisuel tel que nous le concevons aujourd'hui. Avec une telle question, on ne s'étonnera donc pas de l'absence dans ce top de shows tels que Buffy contre les vampires (initiée en 1997) ou Sur écoute, l'extraordinaire série de David Simon ayant malheureusement gardé un caractère assez confidentiel en étant snobée par la majorité des cérémonies de récompenses, malgré ses qualités évidentes.
Sans plus attendre, voici notre classement général, avant le celui, individuel, de nos rédacteurs :
1) EX-ÆQUO : 24 HEURES CHRONO / LOST
(68 points/ citées 10 fois)
24 heures chrono - par Nicolas Lemale
Avec sa première saison, 24 heures chrono s'est imposée comme une véritable révolution télévisuelle, tant narrativement que visuellement. Le parti-pris, déjà casse-gueule au cinéma, d'une histoire racontée en temps réel, était très risqué. Stephen Hopkins et Joel Surnow ont malgré tout, et c'est là le génie de la série, décidé de pousser le concept jusqu'au bout, en truffant leur show d'artifices de réalisation censés donner à chaque épisode une "identité temporelle" que n'aurait pas renié Brian de Palma. Split-screens, chronomètre entêtant, caméra portée, zooms et recadrages intempestifs, jingles musicaux très martiaux : rarement une série télé aura été aussi facile à reconnaître. Addictif par essence, palpitant dans ses meilleures saisons, 24 heures chrono a aussi créé un personnage définitif, un espion hard-boiled increvable et tortionnaire à ses heures perdues, désormais aussi connu que James Bond : Jack Bauer, incarné par un Kiefer Sutherland qui trouve là, c'est une lapalissade, le rôle d'une vie. Au fil des années, la série est devenue plus conventionnelle, tantôt hypocritement politiquement correct, tantôt clairement réac. Mais lorsque les scénaristes tiennent une bonne histoire, correctement menée au bout de ses 24 épisodes (saisons 1, 2 et 5, surtout), 24 heures chrono, en tant que série d'action à gros budget, n'a pas d'égal.
Lost - par David Brami
Après avoir fait ses armes sur Felicity et touché du doigt la série fantastique avec Alias, entre errements sans fin et apprentissage à la dure, JJ Abrams arrivait avec plein de promesses en nous livrant son nouveau bébé : Lost. Mais à la grande surprise de beaucoup de ses premiers aficionados, y espérant une resucée de L'île mystérieuse de Jules Vernes, Lost est une série en trompe l'œil. A force de drames intimistes, de flash-backs à répétition et de questionnements réponses, la série a en effet perdu beaucoup de ses plus fervents rêveurs pour ne garder qu'un public avide d'une dramaturgie humaine béton. On ne saurait aujourd'hui trop conseiller à ce premier de remonter fissa sur le bateau, puisque rares furent les séries de grand network à autant tenir ses promesses sur la longueur. Dès le milieu de sa troisième saison, Lost a en effet pris un malin plaisir à enchaîner les concepts les plus fous (voyages dans le temps, double jeu des protagonistes), citer les auteurs de fantastique les plus réfléchis (de Kurt Vonnegut à Stephen King), et tout simplement nous offrir un spectacle de tous les instants. Désormais véritable référence à tous les niveaux (au point que les producteurs Carlton Cuse et Damon lindelof ont réussi à imposer leurs conditions au network, entre un fin arrêtée en saison 6 et l'impossibilité de diffuser une quelqconque image de cette dernière avant son arrivée à l'antenne), Lost a même réussi le pari, malgré des audiences en baisse ces dernières années, d'amener le grand public à se passionner pour le genre. Preuve en est l'incroyable fourmillement de nouveaux projets de fantastique et de SF se faisant la guerre pour s'en imposer l'héritière. Un formidable exploit.
2) SIX FEET UNDER (57 points/ citée 7 fois)
par Nicolas Houget
La grande force de cette série créée par Alan Ball est d'être centrée sur la mort, inaugurant les épisodes sous ses aspects les plus inattendus. Cette proximité permanente de la grande faucheuse rend l'existence de chacun plus intense. L'histoire est celle de la famille Fisher, dont le père meurt au premier épisode. Ses enfants et sa femme doivent reprendre l'entreprise familiale de pompes funèbres. La jeune Claire se cherche et va s'affirmer en tant qu'artiste, David va assumer son homosexualité, Nate va être contraint de prendre ses responsabilités, leur mère accumulera les liaisons improbables. On éprouve un attachement immense pour eux. Dans les vicissitudes de leurs existences, chacun peut se retrouver. Tous les personnages sont fascinants (Brenda, par exemple, à la fois sage et perturbée). La distribution est admirable. Au terme de la cinquième saison, on est émus comme rarement. Il nous faut quitter cette famille, devenue comme un reflet de nous-mêmes. On éprouve de l'émerveillement devant ce chef d'œuvre de justesse, maitrisé de bout en bout.
3) THE SHIELD (56 points/ citée 9 fois)
par David Brami
Au début des années 2000, la majorité des chaînes du câble américain font pâle figure en comparaison avec HBO. Entre programmes sportifs et rediffusions de séries des grands networks, il est en effet difficile de trouver des auto-productions dignes de rivaliser avec les Sex & the city et autres Soprano de la reine du câble. Seule Showtime arrive à tirer son épingle du jeu avec Rude awakening, Queer as folk et quelques séries de SF. Mais tout cela changera lorsque FX décidera de leur tenir tête et de s'imposer en véritable challenger. Avec The shield, le scénariste et producteur Shawn Ryan va ouvrir la voie en nous offrant la saga d'un véritable anti-heros évoluant dans les basfonds de Los Angeles. Vic Mackey (Michael Chicklis) mène en effet sa strike team comme bon lui semble éliminant ceux qui pourraient contrarier ses petites affaires. Le nouvel arrivant poussé dans ses filets par le chef de police David Aceveda finira à ce titre le pilote de la série avec une balle dans la tête. Une entrée en matière perturbante qui fonctionnera comme un électrochoc auprès des spectateurs et fera date dans l'histoire de la télévision. S'ouvre alors une des sagas les plus passionnantes du petit écran, travaillant tant ses personnages et sa toile de fond avec une une tonalité réaliste rare, jusqu'ici l'apanage de HBO. Et le câble américain tout entier d'entrer dans une nouvelle ère.
4) BATTLESTAR GALACTICA (44 points/ citée 8 fois)
par David Brami
A l'annonce d'un remake de ce grand classique science-fitcionnel de la fin des années 70, rares furent les spectateurs à croire à un projet capable de dépasser le statut kitch de son modèle. Autant dire que la surprise en fut d'autant plus grande. En ouvrant la série avec un traitement sincère et une belle galerie de concepts novateurs (les cyborgs Cylon ont, par exemple, une apparence humaine), Battlestar galactica s'est révélée être non seulement un space opéra d'un nouveau genre, mais également une parfaite série post-11 septembre, dépassant le trauma américain pour nous offrir un discours travaillé et complexe empli d'humanisme. Si les amateurs de science-fiction seront en partie déçus par les promesses non tenues de son final, rapport à une mythologie toujours remise en avant et finalement prétexte, le show remportera la bataille sur de nombreux autres tableaux. En témoigne le traitement de nombreuses thématiques abordées tout au cours du programme (racisme, syndicalisme, perte d'identité, de repères, nombreuses analyses politiques et leurs conséquences). Récompense suprême, Battlestar galactica fut la première (et à ce jour la seule) série à recevoir le privilège d'être invitée aux nations unies. Il se pourrait qu'on attende très longtemps qu'un tel exploit ne se reproduise.
5) LES EXPERTS (41 points/ citée 7 fois)
par Jerôme Tournadre
A proprement parler Les experts et ses spin-offs sont des shows aux formules parfaitement rodées et très populaires aux USA. Mais ils ne sont pas vraiment marquants ou révolutionnaires dans leur pays d'origine par rapport à d'autres séries de ce top. C'est une autre histoire chez nous. Ces séries phares de la plus grande chaîne privée d'Europe ont totalement et définitivement fait rentrer la fiction TV dans le quotidien des Français. Si X-files et 24 heures chrono avaient déjà entamé cette reconquête en touchant des publics niches, Grissom et ses hommes ont totalement fait exploser les préjugés et le mépris qui était encore de mise dans la presse et les critiques. Faut-il encore rappeler que leurs histoires ont détrôné chez nous le film du dimanche soir sur TF1 ? Pour ces simples raisons il apparaît évident que Les experts fait partie des séries les plus marquantes de cette décennie. Parce qu'elle a apporté la situation que les aficionados de la fiction attendaient depuis 15 ou 20 ans.
6) DEXTER (37 points/ citée 6 fois)
par David Brami
En digne enfant de The Shield et des Soprano (l'initiateur de la série James Manos Jr y a officié en tant que producteur exécutif), Dexter nous propose les aventures d'un nouvel anti-héros repoussant encore une fois les limites de ce qu'une chaîne de télévision peut montrer à l'écran. Si, tout comme Vic Mackey, Dexter Morgan (Michael C. Hall, à milles lieues de son personnage de Six feet under) fait partie des services de police, le monsieur est en réalité un sérial killer apathique, prédateur n'utilisant ses relations professionnelles et familiales que pour se fondre dans la masse et continuer à poursuivre ses sordides activités. Pourtant, et au delà de la polémique initiale sur la nature du monsieur, le public se passionnera pour ces aventures, métaphore de la recherche qui anime chacun à trouver sa place dans la société. Chaque saison de la série va alors s'imposer comme une étape de la vie du personnage (l'enfance, l'adolescence, le passage à l'âge adulte...) grâce à une voix off omniprésente qui créera un lien particulier et intime entre le héros et son public. Et puisqu'enfin, le monsieur met un point d'honneur à n'occire que des tueurs avérés étant passés entre les mailles du filet de la justice, le vigilante qui sommeille y trouve également son compte.
7) LES SOPRANO (34 points/ citée 5 fois)
par Nicolas Houget
Les gangsters... Le motif a été exploré par le cinéma et dans des œuvres souvent mythiques. Pourtant la série créée en 1999 par David Chase choisit toutefois un angle inhabituel qui la distinguera brillamment au fil de 6 saisons. On y rencontre Tony Soprano (excellent James Gandolfini), père de famille et chef mafieux. Il est sujet à des crises d'angoisse et doit se soumettre à une longue psychanalyse. La trouvaille de la série est de lier sans cesse les affaires et la sphère intime. Parallèlement à la violence des activités de Tony, on connait les difficultés de son quotidien: ses relations extra-conjugales, les problèmes de drogue de son neveu, sa vie de couple, ses enfants qu'il tente de préserver, ses amis dont il doit guetter la trahison. Le vrai sujet devient l'intimité du protagoniste principal. Son milieu est dépeint avec une authenticité rare. Ce récit en forme de démystification nous permet également de réaliser que ses aspirations ne sont pas si éloignées des nôtres.
8) DOCTOR WHO (2005) (33 points/ citée 4 fois)
Par Jérôme Tournadre
Nous ne sommes pas nés dans le bon pays. Tandis qu'en France, le samedi soir à la télévision rime parfois avec stupidité et indigence, les Anglais se réunissent en famille pour regarder ce qui est, chez eux, une institution : les aventures d'un extra-terrestre, le Docteur, qui voyage à travers le temps et l'espace et vit de folles aventures avec des compagnons rencontrés au fil de celles-ci. Doctor Who ou l'histoire de la renaissance d'une série vieille de quarante ans à qui il manquait un génie pour se transformer en chef d'œuvre. Depuis cinq ans, le bébé de Russell T. Davies est devenu la meilleure série de SF du monde. Incarné par un fantastique Christopher Eccleston puis sublimé par un David Tennant magistral, le nouveau Docteur nous a offert ce que tout amateur de SF peut demander : des histoires incroyables, terrifiantes et épiques. Quiconque regarde cette série tremble encore en pensant à l'épisode Les anges pleureurs, a des étoiles dans les yeux en se remémorant la lutte entre le Docteur et le Maitre et verse sa larme en se rappelant de Rose, Martha et Donna.
9) KAAMELOTT (27 points/ citée 5 fois)
par Jérôme Tournadre
Je suis une série créée, écrite, réalisée et interprétée par un autodidacte nourri à Star Wars, Warhammer et Indiana Jones. Je suis composée de près de 420 épisodes répartis sur six saisons. Je réunis lors de ma diffusion une moyenne de cinq millions de téléspectateurs et leur raconte une histoire fantastique où je revisite le mythe Arthurien, ancrant mon style dans un langage moderne hérité d'Audiard et de Gosciny. J'aborde des thèmes universels comme l'amour, la fraternité, l'amitié, la foi et questionne l'art, la religion, la vie de couple et l'avancée sociale via des histoires humoristiques et dramatiques. Prenant mon sujet à bras le corps je n'hésite pas à exploiter toute la richesse que le passage d'une époque à une autre (et notamment de l'arrivée du christianisme) peut offrir en matière de dramaturgie. Je parsème au sein de mes histoires de multiples références à La guerre des étoiles, à Aristote, à Stargate, aux jeux vidéo, au frères Coen, à Michael Mann, à Rambo 3, aux Skavens, à X-files et bien d'autres choses encore. J'ai évolué au fur et à mesure de mes saisons au niveau de ma réalisation et offre aujourd'hui des épisodes d'une qualité visuelle rare pour un show de ma catégorie. Enfin pour finir je suis une série française. Je suis, je suis......
10) MAD MEN (25 points/ citée 5 fois)
par Laurène Guillaume
S'attaquer à l'Amérique des années 60 est un pari fortement osé ! Peu de gens s'y sont frottés. Et pour cause. Évoquer deux mythes : Kennedy et Martin Luther King, tout en les liant avec l'univers de la publicité new-yorkaise. Une agence qui se montrera par ailleurs pro-Nixon. Dès le pilote, les personnages nous séduisent, nous captivent puis nous bouleversent. Derrière cette société confinée, si parfaite voire idyllique (le bureau au centre-ville, la maison en banlieue, la femme au foyer) on y découvre un Don Draper coureur de jupons et en quête d'identité, Betty (clone de Grace Kelly) en femme au foyer parfaite n'arrivant pas à s'épanouir, Salvatore n'assumant pas son homosexualité... Ajoutez à cela une société de consommation qui se développe de plus en plus (avec l'apparition de la télé, les pubs Lucky Strike, Coca Cola...). Bref, les gens ne font que se cacher. Tout du moins jusqu'à la saison 3. En pleine guerre froide, le discours de Martin Luther King, et surtout le meurtre de JFK, déclenchent une explosion libérale. Un électrochoc. L'Amérique et le rêve américain se montrent alors vulnérables, instables. Authentique. Réaliste. Mad Men est un regard fascinant sur les prémices de la révolution sexuelle et familiale. La révolution sixties est en marche. Un pari osé mais fortement réussi !
Ont également été nommées :
Rome (21 points, citée 4 fois)
La caravane de l'étrange (18 points, citée 5 fois)
Arrested development (18 points, citée 5 fois)
Breaking bad (18 points, citée 3 fois)
Frères d'armes (15 points, citée 3 fois)
Sur écoute (14 points, citée 3 fois)
Desperate housewives (14 points, citée 2 fois)
The Office (12 points, citée 2 fois)
Futurama (12 points, citée 2 fois)
Avatar, le dernier maître de l'air (10 points, citée 1 fois)
Dr House (10 points, citée 2 fois)
Masters of Horror (9 points, citée 1 fois)
En analyse (8 points, citée 2 fois)
Californication (8 points, citée 1 fois)
Alias (8 points, citée 2 fois)
True Blood (7 points, citée 2 fois)
Samuraï Champloo (7 points, citée 1 fois)
Larry et son nombril (7 points, citée 1 fois)
Supernatural (6 points, citée 1 fois)
Mafiosa (5 points, citée 1 fois)
The IT Crowd (4 points, citée 1 fois)
Les Griffin (4 points, citée 1 fois)
Legend of the seeker (4 points, citée 1 fois)
Engrenages (4 points, citée 1 fois)
Deadwood (4 points, citée 1 fois)
Angels in america (4 points, citée 1 fois)
Torchwood (3 points, citée 1 fois)
Rescue Me (3 points, citée 1 fois)
Oban Star-Racers (3 points, citée 1 fois)
Braquo (2 points, citée 1 fois)
Friday Night Lights (2 points, citée 2 fois)
Firefly (2 points, citée 1 fois)
NCIS : enquêtes spéciales (2 points, citée 1 fois)
The Big Bang Theory (1 point, citée 1 fois)
Sons of Anarchy (1 point, citée 1 fois)
Prison Break (1 point, citée 1 fois)
MI-5 (1 point, citée 1 fois)
Generation Kill (1 point, citée 1 fois)
Skins (1 point, citée 1 fois)
Veronica Mars (1 point, citée 1 fois)

