Par - publié le 14 novembre 2008 à 11h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h35 - 0 commentaire(s)
Au même titre que les jeux vidéo, la télévision et le cinéma sont souvent accusés par les autorités bien pensantes de pervertir une jeunesse décervelée en dépassant les bornes de la bienséance ; à longueur d’année, ne cessent ainsi de pleuvoir les études et les incitations aux débats prônant cet état de fait et substituant à l’autorité parentale alors dédouanée, une tripotée d’accusassions impérieuses. Ainsi, une récente étude opérée par la Rand corporation, pour ne pas la nommer, s’est il y a peu évertuée à prouver que les adolescents étant exposés à la télévision, et plus particulièrement aux scènes de sexe y figurant, sont deux fois plus susceptibles de se retrouver liés à une grossesse adolescente que les adolescents « normaux ». Un constat pour le moins extraordinaire qui ne manquera bien évidemment pas d’être une nouvelle fois détourné afin d’alimenter le moulin d’institutions et d’organisations parentales portant à bout de bras la haine d’un divertissement qu’il faudrait brûler en place publique, faute de sorcières. Partant de là, nous nous sommes demandés si nous vivions sur une autre planète que certains, une planète où d’après eux, la télévision était non pas une machine à rêve, mais une machine à lavage de cerveau, destinant aux plus jeunes et aux plus malléables de ses téléspectateurs des programmes diaboliques destinés à les pousser à la faute. Voici donc un petit tour d’horizon de séries destinées à pousser l’identification des adolescents, histoire de voir si d’une part, ces derniers sont généralement (ou non) perçus comme de véritables moutons par les producteurs, et si d’autre part, hormis les éternels et balisés Beverly Hills et autres Gossip Girl, ce divertissement à foncièrement pour vocation des les hypnotiser au point de provoquer l’apocalypse sur Terre.

Arrested Development



Sans doute une des plus intelligentes sitcoms ayant jamais figuré sur le petit écran, la série déjantée et inventive de Mitchell Hurwitz met en scène une bande d’adultes totalement allumés et irresponsables, dans laquelle les adolescents sont souvent les personnages les plus sensés. Arrested Development met ainsi en scène les Bluth, une famille déjantée et dont le bonheur repose sur l’existence d’un pactole familial généré par une entreprise de construction qui va bientôt avoir du plomb dans l’aile quand le patriarche et big boss de la boîte va se retrouver en prison pour malversation. Seul adulte un tant soit peu normal, Michael, veuf et père du jeune George Michael, tente d’élever son rejeton du mieux possible mais le pousse cependant à partir dans une quête insensée de la reconnaissance parentale. A l’inverse, sa cousine Maeby a pour sa part rapidement compris qu’il fallait saisir toutes les opportunités de faire ce qui lui chante quand ça lui chante. Fille d’un ancien thérapeute gay refoulé poursuivant une carrière d’acteur raté et d’une mère gâtée pourrie et ancienne hippie par rébellion qui ne crache jamais sur les chèques qui tombent du ciel tous les mois, elle use et abuse du laxisme parental pour sécher les cours et travailler le moins possible. Un instinct qui la mènera d’ailleurs tout droit à Hollywood, confiant un de ses devoirs à un sous-fifre avant de se faire passer pour productrice. Restant des adolescents avant tout (Maeby craque pour le premier abruti à belle gueule qu’elle croise, George Michael tombe amoureux de sa cousine et cherche continuellement à savoir s’il prend le bon chemin), ces deux personnages arrivent malgré tout à échapper à la folie ambiante, protégés par une certaine insouciance qui résume bien leur position au sein de ce manège délirant. La reconnaissance parentale ou l’indépendance inventive, voilà un choix que chacun a fait au moins une fois dans sa vie.

Mariés deux Enfants



Tirant son succès d’un ton irrévérencieux que ses personnages portent à bout de bras à longueur d’épisodes, Mariés deux Enfants nous présente deux clichés populaires absolument fameux de l’adolescent américain (et par extension de l’adolescent occidental tout court). D’un côté la belle blonde décervelée Kelly Bundy (Christina Applegate) s’habillant en cuir et jupes courtes n’a pas un sou de bon sens, se laisse porter par le vent et ne doit sa survie qu’à la protection d’un père bougon, violent et protecteur, version rangée des mauvaises graines de motards et autres sportifs hargneux qu’elle se borne à séduire. De l’autre, le petit Bud, contre-pied parfait de la belle, vaguement intelligent mais timide et boutonneux, lutte pour s’imposer dans un monde où tous le considèrent presque comme un moins que rien. Chamailleries colorées à grands coups de chantages honteux (l’une menace de révéler au monde la collection de magazines porno de son frère tandis que l’autre brandit toujours celle de révéler l‘immense liste de fugues et de petits amis déviants à l’autorité parentale), les rixes qui opposent les deux personnages font rapidement figure d’exercice de style tandis que tout le monde s’évertue constamment à appliquer la loi du plus fort lorsqu’un des membres de la petite communauté (voisins inclus) fait montre de faiblesse. Mais cette opposition permanente a toujours lieu dans un climat bon enfant, et les deux diables n’hésiteront jamais à s’associer pour le bien commun quand l’occasion de faire la fête pointera le bout de son nez (le groupe de métal Anthrax viendra même squatter un temps leur canapé). En lieu et place d’une imaginaire incitation à la débauche et aux mauvais coups, Mariés Deux Enfants s’impose surtout comme un exutoire pour le public, amusé de voir dans le poste des personnages auxquels il s’identifie, versions exacerbées d’eux mêmes, à la fois reconnaissables mais tellement tournés en dérision qu’ils dissuadent bien plus qu’ils ne poussent aux délires tout azimut.


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