Par - publié le 01 décembre 2008 à 10h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h03 - 0 commentaire(s)
New York Police Blues
Classique des années 90, la série de Steven Bochco et de David Milch narre la rédemption de Andy Sipowicz (excellent Dennis Franz), policier raciste et alcoolique qui réapprend à vivre et aimer autrui. Loin d'être un modèle à suivre à ses débuts (on essaye de le tuer alors qu'il est saoul dans les bras d'une prostituée), cet inspecteur se verra pourtant consacré en véritable héros des douze saisons du feuilleton où nous assisterons à ses multiples essais pour se reconstruire une structure familiale (endeuillé d'un fils et d'une femme). Dans un style documentaire (tremblement permanent de la caméra, zooms approximatifs), les enquêtes (qui ressemblent à de réels fait-divers) traitent de l'homosexualité (le secrétaire de la brigade est gay), d'inégalités sociales et de guerres des gangs dans le quotidien new-yorkais sans une quelconque iconisation de l'image du policier. Ici, derrière l'insigne, ce sont des hommes et des femmes avec leurs qualités et leurs failles, tout simplement. Cette vision “humaine” ne sera pas sans remous puisque, dans le contrat des acteurs, est stipulée une scène de nu intégral, ceci dans le souci de produire un sentiment d'intimité entre le personnage et les téléspectateurs. Un détail qui fera de NYPD Blues une des séries les moins bien vues de la Ligue Parentale Américaine qui oublie que le feuilleton ne faisait que montrer la vie avec ses hauts et ses bas, et non l'idéaliser.



Homicide
Adaptation télévisée du livre Homicide, A Year In The Street du journaliste David Simon, cette série mainte fois primée aux Emmy Award raconte le quotidien sans fioritures des inspecteurs de la police de Baltimore. Adieu l'iconisation de “l'inspecteur de police” propre sur lui et moralisateur, le feuilleton parle de la vie, de la vraie d'où une lumière crue et une caméra à l'épaule. L'aspect documentaire prend ici un sens tout particulier puisque l'oeuvre littéraire d'origine n'est autre que le témoignage d'un journaliste ayant accompagné un an durant les brigades de police. Oeuvre plus cinématographique que télévisuelle, Homicide explore les failles des représentants de la Loi : excellent inspecteur mais obstiné par son labeur, Franck Pembleton (Andre Baugher, récompensé de l'Emmy) perdra sa famille ; son coéquipier Tim Bellis voit son innocence détruite ; la brigade verra disparaître certains membres ne pouvant plus supporter les horreurs de leur besogne avec une vie de famille difficile... Plus proche du film de Dogme que de Les Experts, Homicide est une expérience qui fait prendre à l'expression “fenêtre sur la réalité” tout son sens.

Faisons avant de conclure une petite parenthèse vers la comédie dramatique puisque celle-ci s’évertue à décrire le quotidien de citoyens moyens, et donc de (presque) tout un chacun. A priori, rien de bien méchant à narrer les histoires d’amour de jeunes lycéens ou autres étudiants. Des comédies parentales, nous en avons mangé des tas étant plus jeunes, et quoi de plus fédérateur que l’acceptation de l’autre quand l’autre est un enfant ? Faire des choix, comprendre, apprendre, voici les mamelles d’une éducation que tout être devrait idéalement recevoir. Et pourtant, en baissant notre garde et en avalant tout et n’importe quoi, on risque d’avoir des surprises. Jugez plutôt :



Le cas Brenda Hampton
Nous l’avons déjà mentionné sur ce site à plusieurs reprises, mais l’on ne peut décemment pas parler de séries "engagées" sans citer le travail de Brenda Hampton, créatrice des désormais « mythiques » 7 à la maison, et Secret Life of the American Teenager. On ne présente plus la famille Camden, composée du Révérend, de sa femme Annie, et de leurs sept enfants (au rang desquels on pouvait trouver Jessica Biel) : pur produit d’une vision conservatrice du monde, la série impose au cours de ses 11 saisons (sur la WB/CW) sa morale-de-la-semaine, bien souvent réactionnaire, et fortement imprégnée du protestantisme de sa créatrice. Malgré – ou plutôt grâce à – cela, 7th Heaven devient un phénomène télévisé, rendez-vous incontournable pour un public majoritairement républicain, frustré par un paysage audiovisuel plutôt libéral. Le même phénomène se reproduit (sur ABC Family, cette fois-ci) avec The Secret Life of The American Teenager, chronique improbable et totalement irréaliste d’une grossesse adolescente. Ici aussi, la morale est sauve : le sexe est unanimement présenté comme un péché, et quiconque s’y adonne avant le mariage ne peut être qu’un déviant déséquilibré ; les hommes (tous faibles, infidèles et antipathiques) restent pourtant montrés comme dominant leurs épouses respectives ; et lorsque Hampton cherche à présenter des modèles à suivre, elle crée une famille parfaite, blonde, forcément de confession protestante, toujours là pour incarner le concept de la famille américaine idéale… À nouveau, le succès est au rendez-vous pour Brenda Hampton. Preuve s’il en est qu’il existe bien une part importante du public américain avide de programmes proposant une vision rétrograde et traditionaliste de la société… mais en doutait-on vraiment ?


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