Par - publié le 01 décembre 2008 à 10h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h03 - 0 commentaire(s)
Battlestar Galactica
En partie scénarisée par un Ronald D. Moore sevré à Star Trek et ayant depuis traîné ses guêtres dans le fin fond de l’Amérique des années 30 (La Caravane de l’Étrange), Battlestar Galactica va permettre à ses auteurs de retrouver toute la mythologie de la fameuse licence des années soixante-dix initiée par Glen A. Larson, en lui apposant la vision progressiste d’un affrontement qui a pourtant tout pour traumatiser son monde. Vivant paisiblement sur la planète Caprica (ainsi que sur 11 autres colonies parfois moins glorieuses), l’humanité va subir l’attaque massive d’un de ses anciens enfants, les cylons, êtres artificiels dotés de raison l’ayant mauvaise contre leurs créateurs. Ne survivront à cette attaque qu’un groupe réduit de rescapés (dans les 45 000 âmes et en baisse), devant tout faire pour organiser leur survie face à un adversaire impitoyable. Seulement voilà, au manichéisme des années disco se substitue ici une vision bien plus trouble des choses tandis que certains membres clés de l’équipage se révèleront être des cylons à leur tour, inconscients au départ de cet état de fait. Voilà une donnée qui va secouer les têtes pensantes de la petite flotte tandis que virtuellement, tout le monde pourrait se révéler être un cyborg à apparence humaine. Et même si les affrontements continueront d’être nombreux, la frontière entre humains polythéistes et cylons monothéistes deviendra de plus en plus floue à mesure que certains cylons rejoindront les rangs humains. A ce sujet, la rencontre avec un autre vaisseau amiral originaire de Caprica est lourde de sens, l’équipage de ce dernier n’ayant pour sa part pas évolué depuis l’attaque initiale, privilégiant pour le coup le conflit destructeur à la fuite emplie d’espérance. Moore et son associé David Eick en profiteront de plus pour traiter d’importants sujets de fond, comme cet épisode où une partie de l’équipage du Galactica verra l’arrivée à son bord de Sagittarons (une peuplade pour qui la religion prime avant tout), ou quand la masse ouvrière travaillant dans des conditions périlleuses afin de produire un carburant vital à la flotte se révoltera, ouvrant le discours sur la lutte des classes. Deux exemples de sujets forts qui trouvent parfaitement leur place dans une œuvre qui s’impose comme un plaidoyer au dialogue, sous peine de générer une autodestruction inévitable.



Charlie Jade
Coproduction Canado-Sud Africaine, Charlie Jade met en scène le détective éponyme vivant dans un monde à la Blade Runner (Jeffrey Pierce) jusqu’à ce qu’une enquête ne le mène à débarquer dans un monde parallèle : le nôtre. Fable écologique engagée, Charlie Jade est pourtant une des séries les plus inventives et les plus denses jamais produites sur le petit écran. Chris Roland et Robert Wertheimer mènent ainsi leur personnage dans une quête initiatique qui a tout pour plaire aux plus réticents des fans de science fiction : visuels hyper léchés, corporation tentaculaire aux intentions peu recommandables, gadgets hi-tech dernier cri et un ennemi apparemment fou, Némésis immensément charismatique, incontrôlable et imprévisible de notre héros. Mais au delà de ses concepts excitants et de ses arcs scénaristiques débordant d’imagination, Charlie Jade traite également de sujets forts puisque l’enjeu principal de l’aventure est le pillage des ressources d’un monde à l’autre et la possible annihilation de notre dimension dans l’entreprise. La préservation de l’ordre naturel des choses sera donc au centre de toutes les préoccupations de Karl Lubinsky (Tyrone Benskin, Sophie), un détective privé ayant pris sous son aile le Charlie déboussolé, celui-ci ne comprenant ni où il se trouve, ni pourquoi l’avatar présent de sa fiancée ne le reconnaît plus. Tout d’abord préoccupé par son envie de rentrer dans son monde au mépris des graves évènements qui se déroulent autour de lui, Charlie va peu à peu réaliser l’ampleur des dégâts colossaux provoqués par la Vexcor. Le fait que le show se situe à Cape Town en Afrique du Sud permettra également aux auteurs d’aborder de nombreuses thématiques en les appliquant à la culture locale, entre retombées de l’Apartheid, endoctrinement des jeunes populations et cellules terroristes, tout y passe. Une série idéale qui n’a malheureusement jamais connu le succès qu’elle mérite, et qui devrait servir d’exemple à nombre de ses consoeurs.



Journeyman
À première vue, pas vraiment d’agenda politique dans la série de Kevin Falls (Shark, A La Maison Blanche) : juste de simples sauts temporels à la Code Quantum, durant lesquels Dan Vasser (Kevin McKidd, Rome) s’efforce de changer le passé, guidé par la main invisible d’une entité mystérieuse. Pourtant, la découverte des intentions de l’auteur, dans une interview donnée après la fin de la série, apporte un éclairage très différent sur celle-ci : en excluant d’office la Science et le gouvernement (voire l’Homme) de l’équation, Falls empiète un peu plus encore sur les plates-bandes de Quantum Leap, et laisse entendre qu’à l’instar de Sam Beckett avant lui, Dan Vasser pourrait être guidé par Dieu en personne. Difficile alors de ne pas revoir une partie des 13 épisodes de la série avec à l’esprit cette nouvelle approche. Et l’expérience de laisser alors un goût étrange, tant l’on s’aperçoit que les valeurs défendues (bien malgré lui) par Dan sont étrangement traditionnelles : ici, il s’agit de réconcilier un père adultère et sa fille illégitime, là, de détourner un avocat du pêché du jeu ; ici encore, aider un militaire bon samaritain, ou bien remettre dans le droit chemin une adolescente droguée, criminelle et fuyant un foyer perturbé par des parents échangistes. Alors : Dan Vasser, boyscout représentant d’une certaine morale conservatrice ? Étonnant de la part d’un démocrate affirmé comme Falls (compère habituel d’Aaron Sorkin sur bon nombre de ses projets), mais pas forcément impossible…


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