Par André Côte - publié le 28 mars 2008 à 13h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h17 - 0 commentaire(s)
"On peut juger du degré d'une civilisation en entrant dans ses prisons." disait Dostoevski. Les encyclopédies définissent le milieu carcéral de la manière suivante "lieu de détention ou peine d'incarcération infligée aux individus qui ne respectent pas les normes de la société". La prison est donc l'endroit où on expie ses péchés au regard de la loi. Cependant, si nous avons tendance à assimiler le milieu pénitencier avec une cellule et des barreaux, ces deux extraits prouvent que ses éléments ne sont pas inhérents à la prison. Les êtres peuvent expier leur faute dans d'autres lieux, payer le prix de leur acte par d'autres moyens. Véritable miroir sur notre société au même titre que la littérature et le cinéma, les séries télés nous ont offert bon nombre de représentations de ce milieu expiatoire.


Tout d'abord, comment ne pas parler de Oz, série fondamentale en l'occurrence. Non seulement, elle matérialise le milieu carcéral en mettant en scène des prisonniers de longue durée et leur gardien, mais en plus, la série s'offre le luxe de plusieurs niveaux de lectures. Oz est à ce titre la représentation parfaite de la citation de Dostoevski puisqu'elle ne parle que de l'évolution d'une civilisation. Civilisation qui est la nôtre et qui est jugée à travers les sentences de son narrateur qui se trouve être, ironie suprême, un détenu. On pourra remarqué l'absence des barreaux aux cellules, ses éléments sont remplacés par des vitres en plexiglas. Les prisonniers deviennent alors concrètement des êtres soumis à l'observation non seulement de leur voisin de cellule et des gardiens, mais aussi, et surtout, du téléspectateur. Le barreau est une fenêtre, la vision n'est plus coupée. La télévision devient alors la métaphore ultime de la boite d'enfermement dans laquelle les prisonniers sont confinés. Cet aspect est d'autant plus flagrant lors des plans d'ensemble où le cadre contient toutes les cellules de ce niveau de haute sécurité. En clair, vous ne regardez pas la série Oz mais la prison Oz. Celle-ci pousse même le bouchon en devenant une mise en abyme télévisuelle par excellence lorsque l'on voit ses personnages regarder la télévision, seul lien avec le monde extérieur.


Cette oeuvre prend le risque incroyable de comparer ses personnages à son propre téléspectateur "Vous êtes prisonniers de votre société, de vos propres règles au même titre que les personnages que vous observez" Le téléspectateur de Oz regardent les personnages qui regardent la télé. Dès lors, la série ne se sert plus du procédé, mais devient LE procédé. Son créateur, Tom Fontana, nous offre la vision de plusieurs communautés vivant dans la même société, mais celles-ci ne s'évertuent en aucune façon à cohabiter ensemble. Au contraire, les coups bas pleuvent de partout. Aujourd'hui, on peut retrouver cet aspect communautaire dans bon nombre de séries mais rarement carcéral. Cependant, la série anglaise et méconnue Les Condamnées (diffusée sur RTL9) a abordé spécialement la section féminine de ces prisons. Celle-ci se concentre avant tout sur les relations des détenus et les gardiens en prenant la forme d'une série dramatique plus classique. Le sujet des femmes en prisons forme d'ailleurs un sous-genre en soi, les "women in prison". Dans Prison Break, cet esprit de communauté se retrouvera dans le décor dans lequel réside les deux personnages principaux et à travers la diversité (évidemment source de conflit) du groupe de fugitif.


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