Autant le dénoncer tout de suite : celui qui a fini d'enterrer les génériques TV n'est autre que J.J. Abrams... Entre celui à durée variable d'Alias (qui, de surcroît, n'intervenait presque jamais au même moment d'un épisode à l'autre) et le désormais mythique carton animé de Lost, le créateur aura - certes sur un coup de génie - mis fin sans le vouloir à des décennies d'habitudes télévisuelles qui laissaient pourtant aux compositeurs une belle plage d'expression, tout en assurant à la série qu'ils servaient une signature indélébile et généralement fort appréciée des téléspectateurs. Pourtant, ce petit jeu sur Alias et cette incontournable marque de fabrique de Lost surprennent autant qu'elles séduisent immédiatement les téléphages les plus acharnés... Sans même s'en rendre compte, une nouvelle mode est lancée.
C'est à croire que toutes les chaînes et producteurs américains ont su voir en cette petite révolution l'essence même de la télévision de demain car, dès lors, presque toutes les nouvelles séries mises en œuvre à compter de 2004 choisissent de s'exposer le plus simplement du monde, à travers un banal affichage de titre, tout juste accompagné d'un son unique ou d'un motif musical si court qu'il en devient inconcevable d'imaginer l'incorporer à un futur album de bande originale ; Lost faisant une fois de plus figure d'exception. A première vue, tout cela n'a pas l'air très vendeur et pourtant... tout le monde s'y met, même les séries antérieures à cet excès de sobriété. Terminé, par exemple, la version désormais considérée comme "longue" du générique de Desperate Housewives... Seules quelques pommes ont dorénavant le temps de tomber de l'arbre... Comme quoi, même les plus célèbres musiciens comme Danny Elfman ne sont pas à l'abri d'être victimes d'une nouvelle tendance. Dans un tout autre registre, le superbe thème de Joel Goldsmith pour Stargate Atlantis se voit lui aussi amputer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'à peine quelques notes alors que la série en était à sa cinquième et ultime saison. Etait-il bien judicieux de se mettre à faire comme tout le monde à peine une quinzaine d'épisodes avant la fin ? Cela ne les a pas sauvés, en tout cas.
Une sacrée perte d'identité
Que ceux qui ne sont jamais défiés à un bon vieux blind-test de génériques TV lèvent la main... Mission impossible, Amicalement vôtre, Starsky et Hutch, La quatrième dimension, Star Trek (et tant d'autres !) ont amplement laissé leurs empreintes musicales dans les souvenirs et les cœurs des téléspectateurs qui, en ce temps là, avaient d'ailleurs presque l'impression que l'épisode ne pouvait pas réellement commencer tant que n'avait pas retenti ce rituel immuable. Où que vous puissiez être dans votre maison, pour peu - bien sûr - que votre téléviseur soit resté allumé, il vous suffisait d'entendre au loin les premières mesures d'Angelo Badalamenti sur Twin Peaks pour vous précipiter vers votre fauteuil... Mauvais exemple, certes... car quand l'heure de Twin Peaks arrivait, vous étiez forcément déjà prêts, crispés, tendus et en train de vous ronger les ongles sans avoir pu bouger de chez vous depuis l'épisode de la semaine précédente. D'ailleurs, voilà bien une musique qui aura su plaire à tout le monde... y compris à ceux qui ne regardaient même pas la série !

