Il y a huit ans,
24 Heures Chrono chamboulait la façon de faire de la télévision mais également de la regarder. Le Tv show mettant en scène un Kiefer Sutherland sur le retour a lancé une vague de diffusion sur les chaînes françaises, initiée courageusement par France 2 en prime-time avec
Urgences dès 1996. Alors que les séries américaines envahissent quotidiennement le paysage audiovisuel français, qu'en est-il de la production française ?
Si certaines tentatives –
Reporters,
Engrenages,
La Commune - ont permis à la télévision hexagonale de sortir des sentiers battus et de proposer autre chose que des programmes pour les ménagères, les échecs relatifs en termes d'audience alliés à la frilosité des diffuseurs n'a pour l'instant pas combler l'énorme marge qui existe avec nos voisins américains ou anglais. Les chaînes françaises se bornent pour la plupart à proposer des resucées de séries telles que
FBI Portés Disparues (
Adresse Inconnue),
CSI Las Vegas (
R.I.S) ou encore
New-York Police Criminelle (
Paris Enquêtes Criminelles). Les diffuseurs français qui règnent en maître sur le PAF pourront-ils nous offrir une révolution ?
24 Heures ChronoIl faut déjà se mettre d’accord sur le type de révolution que l’on attend. La production française fonctionne et s’exporte très bien dans énormément de pays soit par l’achat de la série originale, soit par la cession de la franchise. A ce niveau là, elle n’a nul besoin de révolution. Qualitativement c’est bien sur autre chose. Il y a plus de vingt ans on se délectaient des histoires de
Belphégor, des
rois maudits, de
Rocambole, des
Cinq dernière minutes, des
Brigades du tigre ou bien, pour aller dans l’animation, des séries de Jean Chalopin (
Ulysse 31 et
Les mystérieuses cités d’or) ou d’Albert Barillé (les
Il était une fois…). Aujourd’hui on espère sortir d’une période moribonde causée par la privatisation de TF1 et une uniformisation de ses productions maison tant sur le fond (héros récurrent redresseur de tord et message sociale) que sur la forme (des histoires de 90 minutes). Cette durée est d’ailleurs symptomatique d’une télévision qui se voit comme un support de diffusion de fiction cinématographique au rabais. La durée, le réalisateur roi, ce désir de vouloir faire un œuvre qui a du sens. On retrouve les mêmes erreurs que dans le cinéma français et on oublie qu’ailleurs le scénariste est le vrai maître à bord d’une série télé. Bien que le service public suivait docilement son concurrent, c’est pourtant chez elle qu’on put voir les premiers soubresauts qualitatifs
P.J. adopter le format 52 minutes plus proche d’une vrai série tandis qu’
Un gars une fille montrait que les français savaient utiliser au mieux un format ultra court.
La révolution est t-elle en marche ? Il semblerait que les succès des productions américaines ont agi comme un catalyseur au sein de la production française touché dans sa fierté de ne pas pouvoir faire mieux que ces amerloques qui font que du commercial. Mais pour arriver à atteindre une qualité artistique née de cinquante années de production il faudra remettre en question beaucoup de chose. Penser à raconter une histoire avant de vouloir faire passer un message, diversifié les genres au delà du policier qui reste le chouchou, comprendre que la fidélisation est la clé du succès et qu’il vaut mieux cibler une catégorie plutôt que toutes. C’est surtout au niveau de la production que le tour de force devra se faire. Notre système ne peut offrir 22 épisodes de 52 minutes en une année. C’est impossible aujourd’hui. Peut-être faut-il avant tous cesser de vouloir faire comme les américains et aller voir d’abord de l’autre coté de la manche. Les anglais n’ont pas les même moyens et pourtant ils nous offrent des séries grandioses :
Le prisonnier,
Chapeau melon et bottes de cuir il y a des années et aujourd’hui
Life on mars,
Spaced,
Sherlock Holmes,
The office,
Spooks,
Jekyll et bien sur la plus grande d’entres toutes
Doctor Who. Diversifiées, rythmées, drôles, innovantes sans avoir le budget d’une série américaine, les productions anglaises devraient être le modèle à suivre ici. Pour ma part il y a aujourd’hui une seule personne qui a vraiment compris la puissance de la fiction télé en tant que support d’histoire, un seul qui a su jouer des contraintes pour peu à peu fidéliser le public à sa vision, un seul qui a compris qu’on pouvait (re)faire une série populaire et bien faîte. Cet homme, c’est Alexandre Astier et son œuvre s’appelle
Kaamelott. Si dans les années à venir d’autre continue dans cette voie alors oui la révolution sera en marche.
Jêrome Tournadre