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Spartacus : Blood and Sand, la thrace de l'Histoire

Spartacus reprend un personnage historique, mais doit aussi faire face à sa mythologie kubrickienne. Comment la série s'inscrit-elle dans cette double filiation ?

Par Victor LOPEZ - publié le 22 octobre 2010 à 00h00
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Rarement une série aura été plus immédiatement méprisée et haïe par la critique que Spartacus : Blood and Sand. Dès son pilote diffusé, les sarcasmes et moqueries pleuvent sur le manque de crédibilité historique de sa reconstitution numérique de la Rome antique ou sur son scénario minimaliste ne justifiant qu'une succession métronomique de scènes d'actions sanglantes et de sexe osées. Bref, la série flatte les pires instincts du spectateur et semble débile et putassière face à la noble idée que l'on peut se faire du genre historique. Mais les récents Gladiator, Agora ou Rome ont  fait oublié un peu vite aux défenseurs du bon goût que le péplum a toujours été un genre duel, permettant certes des chefs d'œuvres épiques et politiques, mais aussi et surtout de délicieuses séries Z fauchés et populaires mettant en avant la musculature de ses acteurs culturistes écervelés.

  

Spartacus - blood and sand


Les critiques trop rapides sur Spartacus : Blood and Sand reposent donc en grande partie sur un contresens face aux ambitions de la série, qui tend avant tout à s'inscrire dans le péplum comme mauvais genre assumé. Cela ne veut cependant pas dire qu'elle se soustrait à tout jugement critique, et est à regarder « en laissant son cerveau à l'entrée ». Bien sûr, le plaisir que l'on y prend est d'abord celui, presque coupable, que procure une série Z... Mais pas seulement ! Au contraire, le show  se complexifie et s'améliore aux fils des épisodes, mais joue de plus avec les figures attendues de son histoire.


Imprimez la légende
Tout le monde connait l'histoire de Spartacus. Thracien de naissance libre, le berger est vendu comme gladiateur après avoir servi dans une légion romaine dans le Ludus de Batiatus à Capoue. Là, il mène  la révolte des esclaves qui conduit à la troisième guerre servile d'Italie du Sud entre -73 et -71.

 

"les critiques trop rapides sur Spartacus reposent sur un contresens face aux ambitions de la série, qui tend avant tout à s'inscrire dans le péplum comme mauvais genre assumé"


Pas sûr cependant que les écrits de Florus, Apprien ou Eutrope, historiens antiques ayant conté son histoire dans leurs Abrégés d'Histoire romaine, aient autant participé à ériger la légende du personnage que le film de Kubrick dans l'imaginaire populaire du XXème siècle. Le scénariste Dalton Trumbo, adaptant le roman d'Howard Fast, y prenait déjà quelques libertés avec l'Histoire, en érigeant son héros en champion des libertés et symbole de la lutte contre l'oppression. Vraisemblablement très sanguinaire, le vrai Spartacus a fait se battre à mort 300 romains pour venger la mort de Crixus, alors que celui incarné par Kirk Douglas répugne à voir des hommes s'entretuer pour le jeu.

 

La série navigue entre ces deux visions, et pioche des éléments dans l'Histoire comme dans la légende de Kubrick pour construire son personnage. Parabole sur la lutte des classes, le Spartacus du film est par exemple dès les premières images vues comme un esclave qui se bat pour sa liberté. Plus belliqueuse et s'encombrant moins de discours politique, la série en fait un guerrier trompé par la fourberie romaine. En réalité, le personnage a certainement été vendu après avoir déserté alors qu'il avait été enrôlé de force comme auxiliaire. Ces variations soulignent la différence des deux visions : d'un côté les ambitions engagées priment sur l'Histoire, de l'autre, c'est l'efficacité narrative qui l'emporte. La vision de Kubrick est ainsi une condamnation sans équivoque du monde décrit, qui déshumanise les esclaves, alors que celle de la série est beaucoup plus ambigüe. Elle critique de manière discursive la privation de liberté, mais fait aussi preuve d'une certaine fascination pour la virilité guerrière du monde des gladiateurs.

 

Spartacus : Blood and Sand - Saison 1, épisode 9. Série créee par Steven S. DeKnight en 2010. Avec Andy Whitfield, Lucy Lawless et Viva Bianca.


Le film et la série se rencontrent alors dans leur description d'un univers rude, où dominent le sexe et la violence, mais s'opposent dans leur traitement de ceux-ci. Etrangement, la série se montre même  plus kubrikienne que le film dans son traitement du sexe. Mécanique du pouvoir, le sexe est dans Blood and Sand un jeu sadique visant la manipulation des personnages. Ainsi, le bien nommé épisode « Pute » (S01E09) voit Lucretia organiser une étrange cérémonie masquée, afin de mettre sous sa coupe Ilithya en la faisant coucher avec notre héros. A l'inverse, si l'on retrouve cette idée lors d'une scène du film de 1960, dans laquelle la belle esclave Varinia est offerte au gladiateur sous le regard  de Batiatus afin de l'humilier, l'impression laissée est beaucoup plus sensuelle que la cruauté de la série.  Il n'y a guère que dans Spartacus que Kubrick, génial cinéaste cartésien, se laisse aller à filmer les effets des sentiments plutôt qu'à montrer leurs mécaniques.


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