Les faits mis de côté, qu'en est-il donc de cette saison ? C’est bien clair, elle est magistrale. Comme promis, Ryan nous livre une saison apocalyptique qui clôt magnifiquement l’épopée de personnages qu’on a apprit à aimer, comprendre ou détester tour à tour. Elle achève d’imposer Vic Mackey comme un personnage trou noir ayant au fil des épisodes absorbé toute possibilité d’échappatoire à ses collègues. Lors d’un avant-dernier épisode au final apocalyptique (à coup sur un des meilleurs moments de toute la série si ce n’est LE meilleur), Vic se devra de tout déballer au service des douanes et de l’immigration (ou ICE) afin de l’intégrer et de bénéficier d’une immunité totale. Sous les yeux d’agents éberlués et d’une Claudette débarquée au bon moment, Vic mettra sur le tapis 7 saisons de méfaits, 7 saisons d’actes innommables concentrées en quelques minutes, qui donnent aux fidèles un regard vertigineux du haut d’un gouffre morbide et malsain. On réalise d’autant plus qui est devenu le personnage au fil de toutes ses années, et la lourde addition tombe à pic afin de bien souligner le contraste entre ce parcours et le destin qui l’attend.

Comme le dira Shawn Ryan lors de ces dernières interview, The Shield aura pris le parti, contrairement à nombre d’autres programmes, de ne pas jouer sur la surenchère mais de se recentrer de plus en plus sur ses personnages. Il est donc naturel que cette dernière saison voit ses enjeux gagner en intensité tout en allant au plus simple. Rapidement, la série semble, lors des premiers épisodes de cette septième saison, avoir perdu en envergure : les rivalités de gangs sont passées au second plan, les crimes sont abordés de manière élusive, les chefs de gangs voient leur temps de présence à l’écran réduits telle une peau de chagrin et il semble que le tout perd en densité et en intensité. Mais tel un magicien, Ryan nous fait miroiter ces brillantes perles sans importance pour préparer la véritable lame de fond d’une saison qui nous prendra à revers avec une puissance et une intensité sans précédent : le sursaut de l’agonie de la Strike Team. La guerre intestine opposant Vic et Ronnie d’un coté, et Shane de l’autre aurait ainsi pu s’achever en milieu de saison grâce à un simple coup de fil. Mais celui-ci, destiné à sauver la vie de Shane, arrivera trop tard et les hostilités s’enclencheront de plus belle jusqu’à l’autodestruction des deux groupes. Le spectateur n’oubliera bien évidement pas de comparer les destins et les conséquences des actes de Shane et de Vic, l’un ayant décidé d’inclure sa famille dans son cercle de confiance, et l’autre de la préserver coute que coute au risque de la perdre.
Recentrant toute l’attention de son audience sur ses protagonistes principaux, puisqu’au final, c’est surtout leur destin qui nous intéresse, The Shield retrouvera alors la tension de ses meilleurs moments, mettant les nerfs de son audience à rude épreuve. Promesse d’un final trop beau pour être vrai et sans cesse contrarié, espoirs enivrants à portée de la main (Shane et sa famille vont-ils enfin s’échapper ? Ronnie et Vic mettront-ils enfin pied sur la terre bénie de l’immunité ?), la série arrive bien mieux que n’importe quel
Tueurs Nés ou The Devil’s Rejects pourtant réussis à nous faire espérer que les salops s’en tirent, tout en nous agitant l’addition salée sous les yeux. A l’heure actuelle, il nous est d’ailleurs toujours difficile de savoir si nous avons adoré les détester ou si nous avons détesté adorer ces personnages, malgré leurs décisions à l’encontre de la morale la plus élémentaire, de leurs meurtres “utiles” ou de préoccupations égoïstes. Car au delà de tout cela, Vic et sa bande étaient bien évidement des humains, pétris de sentiments souvent louables (réguler les gangs en utilisant leur fonctionnement, sortir des limites de la loi pour aider les démunis...) et d’intentions biaiseuses mais compréhensibles (se servir au passage d’un argent qui ne manquera qu’aux criminels). Mais au final, ces éléments les ont décrochés de la réalité et celle-ci leur reviendra en pleine figure, tous se retrouvent tels des animaux fuyant la forêt alors que le feu de la purification s’approche à grand pas. La preuve que la notion d’instinct, si elle passe avant la loi, mène forcement droit dans le mur ?

Si tout concourait déjà à faire une place de choix à la création de Shawn Ryan dans le coeur des amateurs de polar hard boiled du monde entier, ce baroud d'honneur scelle une bonne fois pour toutes ce constat. The Shield est et restera une oeuvre unique, imposant un personnage tout aussi unique comme seule les grandes séries peuvent en façonner. En ce mardi 25 novembre, au terme d'un final d'1h15, un géant de la télévision a tiré sa révérence l'arme au poing.
André Côte et David Brami