C'est en réponse à une certaine forme de frustration qu'est né The Walking Dead. Quelle que soit la qualité d'un film de zombies, la forme cinématographique oblige le récit de se clore au bout de deux heures, et de laisser ses personnages à l'abandon dans le monde apocalyptique décrit. Lorsque Robert Kirkman envisage son comic-book de zombies en 2003, il promet de ne jamais lâcher ses protagonistes et de les accompagner jusqu'au bout de l'aventure. Sept ans et 78 numéros plus tard, le scénariste continue de tenir son engagement. Une adaptation sur le grand écran paraissait pour cette raison inenvisageable, et seule une série pouvait actualiser cette ambition sur la durée. Et joie, les premiers épisodes de The Walking Dead font preuve d'une juste fidélité par rapport au matériel de base, et apportent une réponse satisfaisante de ce point de vu !
Image Zombies
Robert Kirkman aime les zombies. Si le scénariste indépendant apparait sur la scène de la bande-dessinée U.S. en s'amusant avec les codes du super-héros avec Battle Pope en 2000, qui met en scène Super-Patriot, un personnage de l'iconoclaste Savage Dragon d'Erik Larsen, puis Invincible, variation autour d'une histoire adolescente de grands pouvoirs qui impliquent de grandes responsabilité bien connues des fans de Spider-Man, les choses sérieuses commencent en 2003 avec le premier numéros de The Walking Dead.
"Le respect de l'œuvre est le maître mot de cette adaptation, mais sa fidélité implique un développement bienvenu, qui permet de transformer une vingtaine de pages en presque une heure de show"
Publié par Image, la série régulière et mensuelle est d'abord dessinée par Tony Moore, dont la ligne claire très classique et vite remplacée par les dessins plus sombres de Charlie Adlard. On suit dans un noir et blanc épuré les aventures de Rick, policier qui se réveille d'un coma dans un monde post-apocalyptique, où les morts déambulent en se nourrissant des quelques humains rescapés, et les transforment à leur tour en zombies. Le choc de la découverte passé, notre héros part à Atlanta à la recherche de sa femme et son fils, pour découvrir une ville ravagée par l'épidémie. Par chance, il retrouve sa famille ayant échappée au massacre avec un petit groupe de survivants. Le comic raconte leur tentative de survie dans ce monde cauchemardesque où la loi n'existe pas.
Toujours en cours de publication, la bande-dessinée figure parmi les meilleures réappropriations récentes du mythe du zombie, en se présentant comme un efficace survival, où les vivants se montrent souvent bien plus dangereux que les morts. L'œuvre est couronnée de succès et reçoit le prestigieux Will Eisner Award de la Meilleure série à suivre en 2010. Entre temps, Kirkman, définitivement couronné spécialiste des morts-vivants, est appelé par Marvel pour donner une amusante version en mode zombies des supers-héros de la Maison des Idées avec Marvel Zombies.
High Fidelity
En cette période où Hollywood perçoit les comics comme le nouvel Eldorado cinématographique, ce n'était qu'une question de temps avant qu'un studio ne s'empare de la BD. C'est Frank Darabont, spécialiste des adaptations de Stephen King des Evadés (1994) au sublime The Mist (2007), qui acquiert les droits de l'œuvre dès qu'il la découvre. Le cinéaste est le candidat idéal : il est non seulement familier avec le genre horrifique (il a commencé sa carrière comme scénariste de Freddy 3 et de La Mouche 2), mais est aussi familier avec le monde du petit écran grâce à ses participations aux Aventures du jeune Indiana Jones, aux Contes de la crypte, et a même signé un épisode de The Shield. Il comprend donc immédiatement que le format qui convient à The Walking Dead est celui d'une série plutôt que d'un simple film.
Avec l'aide de la productrice Gale Anne Hurd, que l'on retrouve aux génériques des meilleurs films de James Cameron (Terminator, Abyss), mais aussi à quelques adaptations de comics (Punisher, Hulk), il n'a aucun mal à convaincre la chaîne AMC de lancer la production en janvier 2010. Une première saison de six épisodes, reprenant fidèlement la trame du premier story arc de la BD, aussi composé de six numéros, est rapidement green-lightée. Le pilote, diffusé le soir d'Halloween, développe l'intrigue du premier épisode de la bande-dessinée, alors que le second se termine presque là où se clôt le deuxième chapitre du comic. Le respect de l'œuvre est donc le maître mot de cette adaptation, mais sa fidélité implique un développement bienvenu, qui permet de transformer une vingtaine de pages en presque une heure de show.

