Par David Brami - publié le 20 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 20 octobre 2009 à 15h25 - 0 commentaire(s)
Adaptation libre de la pièce La Mégère Apprivoisée de William Shakespeare, le long-métrage 10 Bonnes Raisons de te larguer s'était imposé en 1999 comme une amusante comédie adolescente, passablement classique mais somme toute efficace. Un exercice de style qui a apparemment inspiré le scénariste Carter Covington, habitué au genre depuis les élucubrations universitaires des campus de Greek, et bien décidé cette fois à taper dans la comédie collégiale, entre amourettes contrariées, interdictions parentales à braver et concours de popularité plus ou moins édulcorés. Adaptation télévisuelle de l'œuvre suscitée, la série 10 Things I Hate About You a ainsi débarqué le 7 juillet dernier sur la chaîne américaine ABC Family, calquant dans les grandes lignes le postulat de son modèle, avec toutefois quelques ajustements nécessaires.

Reprenant grossièrement le pitch de la fameuse pièce, le film voyait Bianca Stratford, une jeune fille désespérée de sortir enfin avec des garçons, se faire interdire la chose tant que sa grande sœur, Kat, une rebelle féministe, solitaire, instruite et rock'n'roll ne fera pas de même. Cette dernière étant considérée comme le violent mouton noir du lycée, il y avait peu de chances que la jeune Bianca puisse un jour se balader dans les bras d'un des beaux gosses de l'établissement. Heureusement pour elle, le petit nouveau Cameron, qu'un père militaire trimbale de lycée en lycée pour suivre sa carrière, va rapidement flasher sur elle, et va tout faire pour que Kat se trouve un beau parti, et pour le coup assouvir ses désirs de romance acidulée avec la belle. Enchaînant les passages obligés non sans dégager un certain charme, 10 Bonnes Raisons de te larguer jouissait d'un bel équilibre, d'une distribution aux petits oignons (Julia Styles, Joseph Gordon-Levitt et Larisa Oleynik entre autres) et de quelques moments mémorables. On se rappellera par exemple une séquence musicale dans laquelle feu Heath Ledger (qui trouvait ici son premier grand rôle avant d'exploser dans Chevalier) reprenait avec panache le Can't Take My Eyes Off You de Frakie Vallli, son personnage de bad boy présumé Patrick déclarant ainsi sa flamme à une Kat sous le charme. Et le couple de voler la vedette et de se révéler comme la véritable attraction du film.

De retour derrière la caméra après avoir mis en scène le long-métrage, le réalisateur Gil Junger retrouve ici des personnages ayant sensiblement changé, d'autant que l'approche est elle aussi un tantinet différente. Si les protagonistes généralement gardent des fonctions identiques (l'acteur Larry Miller retrouve d'ailleurs son rôle de médecin/paternel un peu trop protecteur), ce sera cette fois au tour des deux sœurs Stratford de débarquer au lycée en tant que petites nouvelles, devenant pour le coup les véritables protagonistes principales de l'histoire. Mais tandis que Lindsey Shaw (Aliens in America), pourtant physiquement très éloignée de Julia Styles, campe très bien la rebelle cultivée Kat, Meaghan Jette Martin joue une Bianca plus énergique et caricaturale que celle de Larisa Oleynik, focalisée non plus sur son envie d'émancipation, mais sur son besoin de s'imposer comme une nouvelle membre à part entière de la crème populaire du lycée. Un point de départ qui lui permettra d'évoluer et de gagner en profondeur par la suite, et ouvre la voie à une longue liste de mutations nécessaires à l'adaptation en série du matériau d'origine.


Nombre d'ajustements vont donc faire leur apparition afin de travailler le côté sérialisé de cette nouvelle adaptation. Histoire de dynamiter son entrée, plusieurs éléments sont imposés d'emblée (comme le fait que Bianca ne peut sortir avec un garçon tant que Kat ne le fait pas, un point découlant d'une longue discussion dans le film), certains semblant on ne peut plus forcés (le coup de foudre de Cameron pour Bianca, mal amené), ou plus logiques : Kat se monte par exemple très vite un petit cercle d'amis (artistes et/ou parias) et surtout, attire l'œil de quelques mâles typés, dont l'énigmatique et très joueur Patrick (Ethan Peck, petit-fils de Gregory Peck loin d'égaler l'impérial Heath Ledger, mais possédant une voix grave qui lui donne tout de même une bonne épaisseur). Si l'univers de Kat continue d'être haut en couleurs et en énergie, celui de sa sœur Bianca se retrouve pour le coup lui aussi assez varié, ses aspirations se déclinant enfin sur de nombreux domaines. De quoi bien mieux équilibrer les intrigues puisque chaque épisode sera construit sur l'opposition des mondes de ces demoiselles. Au rayon des victimes de ces ajustements, seul Cameron perdra au change, se retrouvant non plus comme un adolescent amoureux et réaliste, mais comme une timide chiffe molle, cliché de protagoniste fonction destiné à servir de rouage à une série qui met un point d'honneur à installer sa formule au plus vite pour mieux travailler ses intrigues de la semaine.

Heureusement pour le show, il est finalement le seul à avoir si peu d'épaisseur (un point que l'on espère voir évoluer par la suite), et si quelques musiques sonnent comme un accompagnement sonore jingle au début de certaines séquences, la recette fonctionne plutôt bien. Bianca tentera de se conformer au système alors que Kat fera tout pour le bouleverser quand quelque chose lui semblera idiot ou injuste, mais n'oubliera pas que faire partie du système est également la meilleure manière de le contrôler. Elle décrochera pour le coup le poste convoité de photographe officielle du livre de fin d'année, une position qui permettra par exemple d'aider sa sœur, victime de divers quiproquos, ou de ramener sur terre certaines fortes têtes décidées à jouer de chantages ou d'influences parentales. Un gimmick à double emploi puisque indéniablement hilarant quand les réactions outrées ou désespérées de petites filles tombées de leur piédestal seront immortalisées.

Loin de proposer un portait réaliste de la vie de lycée avec la sensibilité qui caractérisait par exemple un Freaks and Geeks ou un Angela 15 Ans, 10 Things I Hate About You se retrouve à mi-chemin entre le soap et la comédie franche, et s'élève donc assez au-dessus du lot pour se poser en alternative agréable à tout un tas de sitcoms et autres dramas adolescents (on pense bien sûr à la populaire mais trop bien-pensante La Vie Secrète d'une Ado Ordinaire). Considérée comme un succès pour la chaîne avec 1,6 millions de téléspectateurs pour son pilote, la série a donc de beaux jours devant elle pour l'instant. Espérons que cela dure.
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